Le cueilleur, emblème de Biblissima : récolte des grenades douces, Tacuinum sanitatis d'Ibn Buṭlān, Rhénanie, XVe siècle. Paris, BnF, Département des manuscrits, Latin 9333, f. 4 (source : BnF, via le portail Biblissima)

Biblissima : observatoire des cultures écrites anciennes

L’équipement d’excellence Biblissima+ fédère et structure des millions de données sur les textes anciens et les images qui les accompagnent, produites par ses partenaires français et internationaux. En 2026, il devient une fédération de recherche élargie et ouvre de nouveaux fronts. Retour sur une infrastructure de recherche en pleine mutation.

Dépasser l’hétérogénéité des bases de données, des bibliothèques numériques, des catalogues, des éditions numériques pour donner à l’internaute un accès unique aux données sur les textes anciens et leurs images : c’est ce que réalise progressivement l’ÉquipEx Biblissima, devenu Biblissima+ en 2021, pour les quelque 150 projets qu’il soutient depuis 2012, dont certains portés par l’EPHE – PSL. Depuis 2021, Biblissima+ s’ouvre à toutes les langues anciennes, sur tous supports, de toutes époques et aires géographiques. C’est ainsi que Biblissima accueille des langues comme le chinois ou le catalan médiéval et de nouveaux supports de textes tels que les rouleaux, les dalles funéraires et même la tapisserie de Bayeux. Ce faisant, il répond aux besoins de nouvelles communautés d’utilisateurs.

 

Biblissima+ encourage l’adoption de standards internationaux et le développement de nouvelles technologies, favorise le dialogue et la production d’outils nés de la recherche ainsi que la formation et l’accompagnement, au sein de sept clusters qui structurent ses travaux et ses communautés.

 

Une infrastructure de recherche pour toutes les langues anciennes

Le projet est engagé dans un processus de pérennisation sous la forme d’une fédération de recherche, en cours de labellisation comme infrastructure de recherche nationale, qui ouvrira sur le Campus Condorcet à l’horizon 2027.

 

Cette fédération associe 22 équipes réparties sur le territoire hexagonal, dont le département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, les Archives nationales et le Service interministériel des Archives de France, l’Humathèque Condorcet et Persée. Son comité de pilotage, en cours de constitution, devrait être composé du Campus Condorcet, du CNRS, d’Inria, et de cinq universités : Caen, Lyon 3, Paris 1, PSL, Sorbonne Université, Tours. Il est ainsi prévu que l’infrastructure Biblissima maintienne pour l’ensemble des usagers, de façon pérenne et ouverte, au moins deux plateformes : le portail Biblissima, comptant 900 000 pages, et le portail Biblissima-Textes, appelé à se développer rapidement. Ce dernier est en cours de création, avec et grâce à Inria, pour mettre à la disposition de tous de grands corpus textuels structurés en TEI et interopérables ; d’abord en grec, latin, ancien français, castillan médiéval, puis potentiellement dans toutes les langues anciennes.

 

Le portail Biblissima-Textes est articulé, grâce au partage des identifiants et à l’intégration d’un protocole de citation de textes, avec les bases de données et les bibliothèques numériques mises en interopérabilité sur le portail Biblissima. Ainsi, ces corpus permettront des recherches inédites, en particulier grâce à l’alignement de textes multilingues.

 

Un lieu de médiation scientifique et de réflexion collective

C’est l’un des grands enjeux contemporains que de démontrer l’importance des textes anciens, dans toutes les aires culturelles, pour la recherche et la réflexion sur des sujets majeurs tels que la géopolitique, l’histoire de l’environnement et de la biodiversité, la conception de la guerre et de la paix ou la conception du temps... mais aussi de sensibiliser à ces questions les nouvelles générations, en donnant aux enseignants les moyens de le faire. Pour mener à bien cette mission, l’infrastructure Biblissima développe donc avec le ministère de l’éducation nationale et l’ENS-PSL un site-expert de partage des savoirs sur les langues et cultures anciennes, Odysseum, qui ouvrira au public en septembre 2026. À partir de ce socle, Biblissima développera le partage des savoirs dans deux directions : la formation continue et des partenariats avec la presse, afin de permettre à tous les publics de comprendre l’impact de l’étude des cultures écrites anciennes sur le monde contemporain.

 

Biblissima a aussi un rôle à jouer, dans ses domaines, sur la question de l’IA et de l’avenir de nos disciplines d’érudition. L’infrastructure doit faciliter l’intégration de l’IA dans des processus métiers et des chaînes de traitement des données, contribuer à la formation des communautés, au développement de la recherche en IA sur des corpus très spécialisés. Cependant, écosystème où s’exerce avant tout la critique scientifique, l’infrastructure sera aussi un lieu de concertation et de débat sur l’opportunité et la traçabilité des résultats obtenus par l’IA. La soutenabilité financière et environnementale – et donc l’IA frugale – et l’éthique sont au cœur de ses préoccupations et de son action.

 

 

Biblissima a été construit grâce aux Investissements d’avenir intégrés dans France 2030 (ÉquipEx+ réf. ANR-21-ESRE-0005). Porté par le Campus Condorcet, il est coordonné depuis 2012 par Anne-Marie Turcan-Verkerk, directrice d’études à l’EPHE – PSL, section des sciences historiques et philologiques.

 

Plusieurs projets de l’EPHE – PSL ont été financés ou co-financés par Biblissima depuis 2012 :

• Anciens possesseurs de manuscrits grecs (Brigitte Mondrain, SAPRAT) 

• Archetype (Peter Stokes, AOROC) 

• Armarium (Matteo Ferrari, SAPRAT) 

• Books within Books (Judith Schlanger, SAPRAT) 

• E-Scriptorium : développement de Kraken et de l’interface eScriptorium, maintenance du supercalculateur (Daniel Stoekl, Peter Stokes, AOROC) 

• E-Signa : module héraldique et module Sigiscript (Laurent Hablot, SAPRAT) 

• Edit_Dunhuang (Marc Bui, AOROC) 

• Les dessins de sceaux de la collection Gaignières (Anne Ritz-Guilbert, avec SAPRAT) 

• Manuscripta medica (Danielle Jacquart, SAPRAT) 

• Multipal (Judith Schlanger, SAPRAT) 

• REK : Reverse Engineering Kennicott (Daniel Stoekl, AOROC) 

• Transcrire la légende du sceau médiéval (Délia Préteux, avec SAPRAT)

 

L’EPHE – PSL est l’employeur des trois ingénieurs-clés de l’équipe portail Biblissima.

 

Le projet : https://projet.biblissima.fr/

Le portail Biblissima : https://portail.biblissima.fr/

 

Anne-Marie Turcan-Verkerk