La littérature tokharienne et le bouddhisme sur la Route de la Soie

mercredi 20 mars 2019 - 11:00

Conférence de M. Georges-Jean PINAULT
Directeur d’études, École Pratique des Hautes Études
dans le cadre du séminaire pluridisciplinaire de l’UMR Mondes iranien et indien

Le séminaire Mondes indiens, organisé par l’UMR Mondes iranien et indien, se propose de présenter les recherches en cours ou récemment publiées sur les mondes indiens et indianisés — correspondant essentiellement aux pays actuels d’Asie du Sud et d’Asie du Sud-Est —, réalisées par des enseignants-chercheurs, chercheurs confirmés et doctorants de l’UMR ou par des intervenants invités. Ce séminaire pluridisciplinaire est ouvert à tous les chercheurs travaillant sur le monde indien, aux étudiants de master, aux doctorants, et pourra constituer un lieu de débats et d’échanges avec des spécialistes d’autres aires culturelles.

Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, Centre Censier
13 rue de Santeuil, 75005 Paris, salle 123 (1er étage), de 11h à 12h30

La littérature tokharienne et le bouddhisme sur la Route de la Soie

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Les deux langues tokhariennes (A et B) sont connues par des manuscrits découverts dans des oasis, et principalement dans les ruines de monastères bouddhiques, réparties sur une branche de la « Route de la Soie », au nord du désert du Taklamakan, dans le Xinjiang, à l’ouest de la Chine. La quasi-totalité des manuscrits, sur papier et au format de pustaka, sont de contenu bouddhique ; il existe en outre un nombre significatif de documents de formats divers, sur papier et sur bois, de contenu économique et administratif, et des inscriptions. Les témoignages écrits des « Tokhariens » peuvent être situés entre la fin du IVe siècle et le début du XIe siècle de notre ère. Les 10.000 environ fragments de manuscrits et documents sont conservés dans plusieurs bibliothèques ; 25% seulement ont été édités de manière scientifique. Les textes bouddhiques déjà édités et traduits, malgré leur caractère fragmentaire sur le plan matériel, permettent de dessiner les grands traits du bouddhisme tokharien : rattachement à l’école Sarvāstivādin, principalement ; textes traduits du sanskrit, mais le plus souvent adaptés de façon plus ou moins libre par rapport à l’original ; prédominance relative des textes narratifs et dramatiques sur la littérature doctrinale et philosophique. Les littérateurs tokhariens étaient imprégnés de culture indo-bouddhique et ont repris des procédés de la poétique sanskrite. La floraison du bouddhisme tokharien est contemporaine du développement de la peinture bouddhique dans cette région. Les « Tokhariens » ont servi de passeurs du bouddhisme lors de la première phase du bouddhisme en ouïgour (turc ancien) dans la région de Turfan, à l’est du Xinjiang.

Ancien élève de l’École Normale Supérieure, agrégé de grammaire (1977), Georges-Jean Pinault a étudié la philologie classique et la linguistique historique et comparative à l’université Paris-Sorbonne et à l’EPHE ; il s’est formé à la philologie sanskrite à l’université de la Sorbonne Nouvelle. Pensionnaire à la Bibliothèque nationale de France (1981-1984), il a commencé ensuite une carrière universitaire en langues anciennes tout en étant chargé de cours à la Sorbonne Nouvelle. Après avoir obtenu l’HDR (1994), il est devenu professeur à l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, puis directeur d’études à l’EPHE (cumulant à partir de 1995, non cumulant à partir de 1999) sur la chaire de « Philologie des textes bouddhiques d’Asie Centrale ». Ses recherches portent sur deux axes principaux : 1) la linguistique historique de l’indo-aryen ancien, et plus spécialement des textes védiques ; 2) l’étude des deux langues tokhariennes, approchées dans tous leurs aspects, depuis l’édition des manuscrits jusqu’à l’interprétation des textes et les contacts de ces langues avec les autres langues du bouddhisme en Asie Centrale, dont le sanskrit. Ouvrages récents : Chrestomathie tokharienne. Textes et grammaire (2008) ; introduction et édition, avec Chloé Laplantine, de Langues, cultures, religions, par Émile Benveniste (2015). Il est coéditeur du périodique international Tocharian and Indo-European Studies. Depuis octobre 2018, il est le porteur principal d’un programme de recherche majeur financé par l’ERC pour cinq ans : HisTochText (History of the Tocharian Texts of the Pelliot Collection).