Lucie Randoin

Lucie Randoin (1885-1960) : la « muse des vitamines »

Lucie Randoin est l’une des 72 scientifiques françaises dont le nom a été proposé par l’association « Femmes & Sciences » aux Académies des Sciences, des Technologies et de Médecine pour figurer prochainement sur la tour Eiffel. Déjà célébrée en 2025, elle pourrait rejoindre un cercle très fermé de femmes et d’hommes de sciences qui ont fait rayonner la France dans le monde. Retour sur un parcours hors-norme entre l’ISA-SSHA et l’EPHE, puis le CNRS, l’INRAE et l’Académie de Médecine.

Surnommée la « muse des Vitamines », Lucie Randoin a été une pionnière et l’une des plus grandes spécialistes françaises des questions de nutrition.

 

Lucie Randoin, est accueillie en 1909 par Albert Dastre, directeur du laboratoire de Physiologie de l’EPHE à la Sorbonne. Elle y enseigne la physiologie, en tant que remplaçante des appelés aux armées, puis obtient son doctorat sur « Le sucre libre et le sucre protéidique du sang » en 1918. Ses travaux s’inscrivent dans la filiation de ceux de Claude Bernard sur la fonction glycogénique du foie. En 1929, elle est à l’origine de la création du laboratoire EPHE de Physiologie de la nutrition, situé dans les locaux de la Société scientifique d’Hygiène alimentaire (SSHA), rue de l’Estrapade à Paris. Elle est nommée directrice d’études appointée à l’EPHE en 1930 et dirige le laboratoire jusqu’en 1953.

 

La découverte des vitamines

Son apport dans la découverte et l’étude des vitamines, avec la démonstration de leur apport indispensable par l’alimentation quotidienne, est majeur. Dès 1919, elle publie son premier article sur les risques d’avitaminoses (carence en vitamines thermolabiles) après stérilisation de la nourriture. Contrairement au mode de pensée habituel établissant une relation de cause à effet, les effets biologiques des vitamines ne pouvaient être mis en évidence que lorsqu’elles étaient absentes de l’alimentation !

 

Au cours de sa carrière, Lucie Randoin étudie avec ses collaborateurs les vitamines (A, B, C, D) d’un point de vue tant chimique et physique que biologique.

 

En 1932, elle publie, avec Henri Simonnet, un ouvrage d’une importance majeure intitulé « Les Vitamines », plusieurs fois réédité et mis à jour. En 1937, elle publia la première Table de composition des aliments qui donne les teneurs moyennes en nutriments, minéraux et vitamines (7e édition en 2000). Lucie Randoin a appliqué ses découvertes à la vie pratique en conduisant des enquêtes nutritionnelles avec André Mayer, directeur d’études à l’EPHE. Celles-ci ont permis de déterminer ration calorique moyenne par individu selon différents critères en vue de ravitailler les populations pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Lucie Randoin a marqué le quotidien des Français. Ses travaux ont contribué à faire entrer la science dans l’alimentation domestique, éclairant les choix nutritionnels de toute une génération en préfaçant de nombreux ouvrages, notamment des livres de cuisine destinés aux mères de famille.

 

Un travail encore contemporain

Les travaux et l’enseignement de Lucie Randoin restent pertinents à une époque où réapparaissent des pathologies disparues telles que le scorbut (carence en Vitamine C), notamment avec le développement des aliments ultra transformés, pauvres en fibres et micronutriments (vitamines, minéraux, oligoéléments…). L’EPHE poursuit le travail de ses illustres collègues et étudie par exemple les dysbioses du microbiote intestinal, leurs facteurs d’induction endogènes et exogènes, leurs conséquences sur le système immunitaire, l’état inflammatoire, les troubles de l’humeur ou sur la susceptibilité aux pathogènes opportunistes ou aux thérapies anticancéreuses.

 

Aujourd’hui, l’équipe "Microbiote, Intestin et Inflammation" de l’hôpital Saint-Antoine (Paris), où travaille le Dr. Diego Garcia-Weber (maître de conférences à l’EPHE - PSL), explore le lien entre nutrition et santé en étudiant le microbiote intestinal humain : « Celui-ci est composé de bactéries capables de fabriquer, entre autres, plusieurs vitamines essentielles (B et K notamment) et cette production est spécifique à chaque individu. Les scientifiques cartographient de mieux en mieux ce réservoir de vitamines intestinal, ce qui ouvre la voie à des régimes, prébiotiques ou probiotiques conçus pour stimuler naturellement la production de vitamines par nos microbes, notamment dans le cadre de carences associées à certaines maladies ».

 

En 2026, alors que nous célébrons les femmes de sciences, la communauté de l’EPHE - PSL se réjouit de pouvoir se rappeler le rôle pionnier de Lucie non seulement dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée, mais aussi pour ce qui est de l’accès des femmes à un microcosme alors exclusivement masculin. Elle fut en effet la deuxième femme à obtenir l’agrégation de sciences naturelles (1911), la première femme à enseigner à la Faculté de médecine de Paris, l’une des deux directrices de laboratoire du CNRS en 1945 (qui en comptait alors une quarantaine) et la deuxième femme à être élue à l’Académie de Médecine il y aura 80 ans, le 21 mai 2026 (deuxième femme à ce titre après Marie Curie).

 

Article rédigé par Sylvie Demignot et Michèle Chabert

 

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Lucie Randoin Timbre

Timbre émis en 2025 à la demande de SSHA-ISA

 

 

En savoir plus :

Lucie Randoin | Dictionnaire prosopographique de l'EPHE 

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