Portrait d'étudiant : Thomas Cocano

mardi 15 décembre 2020 - 14:00

Entretien avec Thomas Cocano : La médaille est une archive historique indépendante.

Thomas Cocano a soutenu sa thèse de doctorat préparée sous la direction Marc Bompaire, le 4 septembre 2020.

En quelques mots, quel est le sujet de votre thèse ?

Thomas COCANO, docteur de l'EPHE. © Claire Cocano.Je pense qu’il faut d’abord évoquer la borne chronologique de mon sujet de thèse qui portait sur la production des médailles anglaises à l’atelier monétaire de Londres au cours du long dix-huitième siècle anglais, et plus spécifiquement sur la période de la Glorieuse Révolution de 1688 en Angleterre jusqu’à 1741-1742, qui correspond à la période du décès du graveur de l’atelier monétaire de Londres en 1741 et de la fin du ministère Walpole, principal ministre de George II, en 1742.

J’ai donc abordé dans ce travail de thèse la question des médailles en Angleterre avec un regard, une approche et une méthodologie numismatiques. Les enjeux de ma recherche étaient donc multiples. Faire de la médaille un objet prenant totalement sa place dans cette discipline considérée comme une « science annexe de l’Histoire », à savoir la numismatique, mais aussi étudier les médailles comme une archive indépendante, et non pas simplement comme une simple illustration au propos historique. Il s’agissait aussi d’avoir une approche réellement historique, afin de comprendre et de percevoir les évolutions et les fluctuations concernant sa production et sa distribution.
Thomas COCANO. © Claire Cocano.

Enfin, l’un des aspects importants de mes recherches était de comprendre et d’analyser l’impact politique d’une propagande royale qui pouvait s’établir grâce au support que représente la médaille.

Véritables objets de propagande et archives indépendantes, pourquoi avoir choisi d'étudier précisément les médailles d'Angleterre ?

Au cours de mon Master Recherche à l’Université Paris IV, j’avais travaillé sous la direction de François-Joseph Ruggiu sur le ministère Pelham en Grande-Bretagne entre 1742/3 et 1753. Au cours de ce travail, j’avais développé plusieurs thématiques de recherche, dont les succès économiques et financiers de ce ministre, ainsi que l’emploi de la presse comme un outil de propagande dans l’héritage de Robert Walpole. Ces axes de recherche ont été complétés au cours de mon Master 2 à Paris IV par un questionnement sur la production des monnaies d’or à l’effigie de George II au cours de ce ministère. A cette période, j’avais effectué un stage de recherche au Cabinet des médailles de la BnF sur les monnaies d’or de George II, sous la supervision de Michel Amandry, alors conservateur général du Cabinet des médailles et Directeur d’études à l’EPHE.

Lorsque j’ai décidé de poursuivre mes recherches dans un travail de thèse, les échanges avec Marc Bompaire ainsi que les divers axes que j’avais pu développer en Master ont orienté le choix de mon sujet sur le traitement des médailles en Angleterre comme un support de commémoration et propagande politique pour la monarchie anglaise. Ce champ de recherche n’avait pas été spécifiquement étudié, me laissant donc pleinement un matériel d’archive à analyser et d’anciennes études numismatiques à employer afin de proposer une thèse originale et technique sur la production des médailles en Angleterre. La formation et l’acquisition de compétences de numismate auprès de Marc Bompaire ont été essentielles pour mon travail de recherche.

Numismate professionnel, docteur ?

J’ai acquis une compétence et un savoir technique très poussé sur la production des médailles. J'ai été amené à m’intéresser à des questions telles que les poids et les mesures, mais aussi à la finesse des métaux employés. J'ai aussi acquis un vocabulaire propre à l’histoire monétaire de la numismatique, parfois obscur, mais qui permet de mieux comprendre l’origine et l’histoire des monnaies et des médailles. Au-delà de cette expertise de numismate, j’ai aiguisé mon œil sur une production bien particulière, sur une région géographique précise. Cela me permet de pouvoir reconnaître des modifications, des évolutions ou des incohérences par rapport à la production des médailles en Angleterre. Même s’il s’agissait, au départ, d’une sorte de jeu, mon œil perçoit aujourd’hui les médailles produites par le graveur de l’atelier monétaire de Londres et les copies effectuées sur le continent, par la reconnaissance de certaines particularités de gravure des bustes.

En dehors de mon travail sur les médailles, je me suis aussi intéressé à la question épigraphique et paléographique. J’ai pu ainsi reconnaître une divergence dans l’utilisation des outillages pour la gravure des lettres sur les monnaies et les médailles, mais aussi sur l’évolution de l’écriture manuscrite au tournant des années 1700/1702 et du changement de règne en Angleterre entre Guillaume et Anne, puisque nous pouvons constater des évolutions paléographiques dans les archives. Par le biais de la plateforme Multipal, j’ai pu intégrer certains éléments de ma thèse afin que tous puissent expérimenter et exercer leurs yeux sur ces modifications constatables et constatées, à la fois sur les objets monétiformes mais aussi sur les documents manuscrits.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs doctorants à l’EPHE ?

Le parcours de la thèse n’est pas toujours facile, mais l’encadrement à l'EPHE est exceptionnel, tant sur le plan scientifique que sur le plan personnel. Le conseil le plus important que je pourrais donner aux étudiants est de croire en eux et de persévérer. Toujours ! Ils en sortiront grandis et meilleurs.