Une statue javanaise en bronze de la divinité Puṣpā restituée à l'Indonésie
Quand la recherche universitaire permet la restitution de biens culturels. En juillet 2025, le Metropolitan Museum de New York (le Met) a officiellement restitué au gouvernement indonésien une statue bouddhiste en bronze représentant la divinité de mandala Puṣpā.
Ces retrouvailles sont le fruit de recherches sur les bronzes tantriques javanais qui formaient à l’origine des mandalas tridimensionnels, sous l’égide du projet ERC-MANTRATANTRAM. Un mandala (terme Sanskrit signifiant « cercle ») est une représentation géométrique d’un univers spirituel, structuré sous la forme d’un palais céleste centré sur une divinité principale et habité par des divinités d’entourage. Les mandalas sont utilisés comme supports rituels lors d’initiations ou de rituels de protection.
restituée par le Met (Photo : BRIN-KEMENKEBUD, 2025)
La déesse Puṣpā faisait partie d’un ensemble de 19 statues en bronze mises au jour en 1976 dans le village de Surocolo, à Bantul, dans la région spéciale de Yogyakarta, à Java, en Indonésie. Elle a été séparée du reste du groupe conservé au bureau archéologique local (BPK X Bogem) il y a plus de 40 ans dans des circonstances qui restent floues. Grâce à une photo d’archive, cette pièce importante du patrimoine culturel javanais a été identifiée dans la collection du Met par le bouddhologue Iain Sinclair, alors qu’il préparait une publication pour l’ERC-MANTRATANTRAM. Cette déesse vient compléter notre connaissance de ce mandala originellement centré sur Vajrasattva suivant le système tantrique du Sarvabuddhasamāyoga.
Malgré cette restitution, le mandala de Surocolo reste incomplet, puisqu’une autre statue qui n’a jamais été photographiée est également manquante. Aujourd’hui encore, les statues en bronze de ce type continuent de pâtir de pratiques de collecte initiées pendant la période coloniale néerlandaise. À cette époque, ces icônes sacrées commencent à être considérées par les collectionneurs privés comme des antiquités dignes d’être collectionnées pour leurs qualités esthétiques et leur valeur économique. Un nouvel engouement pour ces objets « d’art » donne lieu à des actes d’appropriation et de déplacement, effaçant à jamais des informations cruciales pour la recherche.
La demande pour de tels objets persiste, ce qui pose un défi pour la protection du patrimoine culturel conservé dans les institutions publiques, ainsi que pour la recherche universitaire. Mathilde Mechling collabore actuellement avec Eko Bastiawan et Ashar Murdihastomo sur l’histoire fragmentée d’un autre groupe célèbre de bronzes javanais, mis au jour à Nganjuk (Java Est) en 1913. Leurs recherches montrent qu’alors même que des bronzes de Nganjuk avaient été inscrits à l’inventaire du Musée de Batavia (l’ancêtre du Musée National à Jakarta) en 1913 et 1914, au moins cinq d’entre eux ont été retirés de la collection à une date inconnue, et ont manifestement circulé dans des collections privées avant d’être offerts au Met. Il faut espérer que la restitution de la statue de Puṣpā de Surocolo par le Met constituera une étape importante pour le retour des bronzes de Nganjuk conservés dans cette même institution.
Les travaux universitaires sur ces mandalas javanais en bronze sont essentiels pour clarifier l’histoire de ces objets religieux, qui ne sont ni des marchandises ni de simples objets d’art. Ils demeurent des icônes sacrées qui enrichissent notre connaissance historique du rôle de Java dans l’Asie Maritime du début du Xe siècle, à une époque où les enseignements bouddhistes tantriques et les techniques rituelles circulaient le long des routes maritimes.
Mathilde Mechling, chercheuse post-doctorante à l’EPHE - PSL, projet ERC-MANTRATANTRAM
Andrea Acri, Maître de conférences à l’EPHE - PSL, directeur du projet ERC-MANTRATANTRAM
Pour en savoir plus : Mathilde Mechling, Eko Bastiawan, Ashar Murdihastomo, Andrea Acri (May 21, 2026). The Surocolo Bronze Statue of the Mandala Deity Puṣpā Restituted to Indonesia. ERC MANTRATANTRAM; et Mathilde Mechling (February 18, 2025). ERC MANTRATANTRAM team examines the bronze statues from Candirejo, Nganjuk, East Java at the National Museum of Indonesia, Jakarta. ERC MANTRATANTRAM.
Financé par l'Union européenne (ERC MANTRATANTRAM, projet n° 101124214). Les points de vue et opinions exprimés n'engagent toutefois que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de l'Union européenne ou de l'Agence exécutive du Conseil européen de la recherche. Ni l'Union européenne ni l'autorité de financement ne peuvent en être tenues pour responsables.