Lézard vivipare

Une étude multigénérationnelle novatrice éclaire la sélection naturelle chez un lézard menacé par le changement climatique

L’utilité de la mobilité pour la survie des espèces est souvent débattue, mais l’étude de cette dispersion et des mécanismes évolutifs associés reste complexe en milieu naturel. Une équipe de l’École Pratique des Hautes Études – PSL (ISYEB/EPHE – PSL), menée par Pierre de Villemereuil, a démontré que la variabilité de la dispersion est maintenue par des pressions de sélection contraires s’équilibrant à long terme dans une population naturelle de lézard vivipare (Zootoca vivipara), une espèce menacée dans le Sud de la France. L’article est paru dans la revue Proceedings of the Royal Society B ce 27 mai 2026.

Nouveaux défis

Si un élargissement du cadre théorique est nécessaire pour prendre en compte les conséquences de la dispersion sur la descendance, ces travaux ouvrent la voie à d'autres études portant sur la compréhension de la sélection en population naturelle. L’analyse de sélection multi-génération pourrait ainsi contribuer à résoudre certains "paradoxes de la stase" dans lesquels un caractère soumis à de la sélection ne semble pourtant pas y répondre évolutivement.

 

Une validation empirique d’hypothèses théoriques complexe

Comprendre l’évolution des comportements de dispersion et de résidence des espèces est un défi rémanent pour la biologie évolutive. Choisir de quitter son milieu est coûteux en énergie et expose l’espèce aux prédateurs, notamment ; cette pression aboutissant à des mécanismes évolutifs bénéfiques. Or des individus résidents en populations naturelles continuent d’être observés. De nombreux modèles théoriques ont donc exploré de potentiels moteurs évolutifs de la dispersion, des fluctuations de l'environnement à la compétition entre apparentés. Néanmoins, leur validation empirique reste limitée et complexe en milieu sauvage.

 

Une étude depuis 40 ans dans les Cévennes

L’étude du comportement de dispersion en population naturelle nécessite de suivre, individuellement et dans le temps, des individus d’une même population. L’espèce Zootoca vivipara est un modèle d’étude adéquat avec une dispersion contenue (entre 20m et 100m) à un même lieu pour les résidents et les dispersants. Le suivi se poursuit depuis 1986 au cœur du Parc National des Cévennes. Ce suivi, individuel et annuel de long-terme, permet de recenser les animaux, de les mesurer tout au long de leur vie, ainsi que de décrire leur comportement de dispersion.

 

Une analyse novatrice de la sélection

Depuis 1999, un échantillonnage génétique permet à l’équipe de déterminer l’apparentement entre individus en reconstruisant un « pédigrée ». Des analyses de génétique quantitative ont ainsi pu démontrer que la variabilité de la dispersion est partiellement héréditaire. Autrement dit, la dispersion peut évoluer sous la pression de sélections naturelles; leur présence sur plusieurs générations a pu être testée avec une méthode novatrice multigénérationnelle, inspirée du “gene-dropping”, et comparée aux mesures de sélection classiques (à l'échelle de la vie de l'individu). L’équipe a ainsi montré que la variabilité de la dispersion est maintenue par des pressions de sélection contraires : la sélection à court terme favorisant les résidents tandis que celle à long-terme, calculée sur plusieurs générations, favorise la descendance des dispersants (compensant tous les coûts). À terme les processus s'équilibrent et résidents et dispersants sont égaux en termes de succès évolutif, caractérisé par le nombre de descendants. Ces résultats montrent que notre compréhension des pressions s'exerçant sur un caractère comme la dispersion reste à approfondir. Il s’agit d’un caractère clé pour la réponse des espèces aux défis environnementaux.

 

 

Koch L, Rutschmann A, Richard M, Massot M, Clobert J, de Villemereuil P. 2026 Short- and long-term antagonistic selection explains dispersal polymorphism in the common lizard. Proc. R. Soc. B 293: 20260107. https://doi.org/10.1098/rspb.2026.0107

 

Contacts scientifiques

Léa Koch
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Pierre de Villemereuil
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