Mathieu Castelain

Mathieu Castelain, un historien dans son jardin

Saviez-vous que le jardin est un motif central dans les cultures méditerranéenne et orientale ? Nous avons rencontré Mathieu Castelain, étudiant du Master CCS (parcours « Histoire de l’Islam »). Il nous parle de son projet de recherche ainsi que de son engagement au sein de l’EPHESE au cours de ces deux dernières années.

 

Mathieu Castelain
Mathieu Castelain

 

Quel est votre parcours avant de rejoindre l’EPHE - PSL ?

J’ai grandi dans le Lot. Très tôt, j’ai su que je voulais devenir historien et enseigner. C’est ce qui m’a conduit à faire une classe préparatoire littéraire à Toulouse. Malgré les longues heures de grec ancien, cela a été très formateur. J’ai ensuite validé ma licence d’histoire au Mirail (Université Toulouse II), et ce n’est que sur MonMaster que j’ai découvert l’« École Pratique ». Sa philosophie m’a tout de suite plu. On peut dire que j’ai un profil très « EPHE ».

 

Comment est né votre intérêt pour les jardins orientaux ?

C'est un pur hasard. Ma grande sœur vivait à Paris et m’a proposé de visiter la Grande Mosquée. Il faut dire que dans le Lot, le culte musulman se pratique dans des locaux assez discrets, rien de comparable à ce que j’ai découvert ce jour-là. La mosquée m’a marqué au point de consacrer ma question du grand oral du baccalauréat à l’Islam. J’ai ensuite feuilleté le Coran, puis quelques auteurs comme Saadi, dont son recueil de poèmes appelé Le jardin des fruits. J’ai été très étonné de constater que le jardin était partout : en tant que motif littéraire, dans l’iconographie… Tout a commencé ainsi.

 

Comment est né alors votre projet de recherche ?

À Toulouse, il y a un très beau jardin japonais où j’aimais me promener pendant ma licence. Un jour, je me suis mis à penser ce jardin. Il m’apparut alors évident que c’était un espace très réfléchi. Je cherchais un sujet de recherche, et il m’a alors semblé que les questionnements que j’appliquais aux jardins japonais seraient très intéressants à transposer sur les jardins islamiques. Le seul problème était que je n’avais pas de terrain précis en tête. Mon directeur de recherche m’a proposé de travailler sur la ville de Damas et sur la plaine fertile qui l’entoure : la « Ġūṭa ». On y trouve d’innombrables vergers et jardins. Mais, après seulement deux mois de master, j’ai découvert que Mathieu Eychenne (Université Paris Cité) allait soutenir son HDR sur un sujet similaire. Après l’avoir rencontré, j’ai entrepris d’élargir mon terrain d’étude. Je travaille désormais sur toute la Syrie-Palestine médiévale, que les Arabes appellent « Bīlād al-Šām ».

 

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans ce thème ?

Les jardins coraniques probablement. J’ai passé presque toute ma première année à essayer de comprendre pourquoi le prophète Muhammad leur avait accordé une place aussi centrale dans sa prédication. C’est un outil parfait pour illustrer les grands principes du monothéisme musulman auprès des citadins et des nomades de la région. Il faut dire que le jardin est essentiel à la vie citadine, tout comme l’oasis est essentiel aux caravanes.

 

Comment la rencontre avec l’EPHE - PSL s’est-elle passée ?

J’ai postulé aux quelques masters spécialisés sur l’Islam médiéval en France. Il n’y en a pas plus de 5 ou 6. Parmi eux, j’ai sollicité Jean-Michel Mouton, directeur d'études à l’ « École ». J’aurais pu aller ailleurs mais M. Mouton s’est montré très disponible. Il m’a fait comprendre le potentiel de mon projet appliqué à son terrain de recherche : la Syrie-Palestine. Cela s’est fait assez naturellement.

 

Quelle est la particularité de l’EPHE - PSL selon vous ?

Je pense que l’EPHE - PSL est une des rares institutions où le mastérant est considéré comme un chercheur en puissance. Aussi, bien plus facilement qu’ailleurs, on peut avoir l’opportunité d’aller sur son terrain de recherche. J’ai moi-même eu l’occasion de parcourir toute la côte libanaise avec mon directeur (avant la guerre). La liberté dans le choix des cours est aussi incroyable. La structure du master laisse la possibilité de découvrir des enseignements dans d’autres universités : INALCO, EHESS, Sorbonne... La vie étudiante ne fait pas vraiment partie des traditions en revanche.

 

Pouvez-vous en dire plus ?

La communauté de l’EPHE - PSL est dispersée sur tout le territoire national. L’hyper-spécialisation des chercheurs ne facilite pas la tâche non plus. L’EPHE - PSL avait pourtant bien un bureau des étudiants (BDE), mais le Covid avait fragilisé la dynamique portée par le master PPI. Il m’a semblé que l’EPHESE – le BDE de l'« École » – avait tout de même beaucoup de potentiel. Je me suis donc présenté au poste de président lors de l’assemblée générale de rentrée. J’ai finalement été élu.

La première année a été très enrichissante car nous sommes presque partis de zéro ! Il nous fallait alors créer une organisation solide et nous avons beaucoup appris sur le tas. L’année 2025-2026 a consacré nos efforts. Nous sommes aujourd’hui beaucoup plus ambitieux et je suis ravi de m’être engagé. Je considère que cela fait partie intégrante de ma formation.

 

Que voulez-vous dire ?

Un chercheur est vraiment utile à la société s’il mène des projets avec elle. Son rôle est d’apporter de l’information sourcée et claire dans le débat public. Son regard sur le long terme et sa capacité à nouer des contacts avec d’autres acteurs peuvent être très utiles. J’ai commencé à m’engager dans cette voie à l’EPHESE et je compte bien m’engager dans d’autres associations à l’avenir. J’ai essayé de mettre en place des procédures en interne afin que cet élan ne s’essouffle pas. C’est dans l’intérêt de toute la communauté !

 

Quel conseil donner à votre successeur ?

Je dirais qu'il faut oser aller parler aux gens, aux bénévoles comme à tous nos potentiels partenaires. Il faut aussi responsabiliser les gens, c’est ce qui donne envie de s’investir ! C’est la raison pour laquelle je préfère me consacrer aux questions d’organisation et à la pérennité de notre action à moyen et à long terme, plutôt qu’aux projets en eux-mêmes.

 

De quoi êtes-vous le plus fier alors ?

Je pense que c'est la création du pôle « recherche ». Les articles et les manifestations à caractère scientifique organisés par le pôle ont eu une très belle réception. Le pôle réunit des étudiants des trois sections de l’« École » et qui travaillent sur des sujets très différents. Cela contribue à notre objectif de créer un esprit de groupe plus fort.

 

Vers quelle direction s’oriente désormais votre projet de recherche ?

Je vais continuer à approfondir ma connaissance de la culture arabe et du terrain. Avant de postuler à des contrats doctoraux, et même avant de passer l’agrégation, je souhaite apprendre la langue et voyager. L’an prochain, je serai donc soit à l’Institut français du Caire, soit à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Nous verrons. J’espère que la guerre au Liban se terminera bientôt, les populations et le patrimoine sont en péril. Et les jardins font partie des cibles… Cela étant, je souhaite continuer à accumuler les expériences de terrain, en archéobotanique notamment. J’espère avoir le temps d’explorer davantage de sources iconographiques. Je saisirai toutes les opportunités qui se présentent à moi. Ma recherche sera le résultat d'une expérience de terrain et d’une solide connaissance des sources !

 

La preuve par trois

3 livres
- Le Coran (traduit par D. Masson)
- Maria E. Subtelny : Le monde est un jardin
- Mircea Eliade : Le mythe de l'éternel retour

 

3 mots
- "terrain"
- "utilité"
- "rigueur"

 

3 inspirations
- La grande mosquée de Paris
- Le jardin japonais de Toulouse
- La côte libanaise