Léa Blanc

Léa Blanc : La cuisine, un pont vivant vers l'héritage berbère

Saviez-vous que la culture berbère se transmettait par les arts de la table ? Nous avons rencontré Léa Blanc, 21 ans, étudiante du Master 1 Civilisations, Cultures et Sociétés de l’EPHE - PSL. Elle nous livre dans cet entretien la façon dont elle construit son projet de recherche inspirée par ses grands-parents tout autant que par la soif, partagée par une génération entière, de redécouvrir la culture « berbère ».

 

Léa Blanc
Léa Blanc

 

Quel est votre parcours ?

Je suis le parcours de linguistique historique et de typologie des langues après avoir accompli une double licence Anglais - Histoire à l’Université de Nanterre. Avant cela, j’avais réalisé ma scolarité en Franche-Comté, jusqu’au Bac à Besançon, où je suis née.

 

Pourquoi avoir choisi ce Master ?

Pour être très sincère, j'ai toujours voulu étudier la culture berbère. Je n’ai malheureusement pas eu le temps - ni la maturité - nécessaire pour assimiler la culture de mes grands-parents. J’ai toujours eu cette envie d'explorer ma culture sans pour autant imaginer le faire dans le cadre universitaire. Un jour, en recherchant sur le Web, j’ai trouvé le « Master Civilisations, Cultures et Sociétés » de l’EPHE. Je ne connaissais pas l’école, et c’est inespéré d’avoir pu échanger par la suite avec Amina Mettouchi. Je l’ai contactée à la fin de ma 3e année de licence. En à peine une semaine, elle a su m’aiguiller vers un projet de recherche sur l'étude des langues rurales berbères.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur la culture de vos grands-parents ?

C’est une culture très fluctuante et vivante, unie par une tradition orale, familiale et religieuse. Si les parlers berbères partagent beaucoup de mots en communs, elles présentent des variations en fonction des régions, des villages et des populations, et une très forte dispersion. La communauté berbère est en effet très étendue dans le monde nord-africain et au-delà, au Sénégal et même en Égypte.

J’ambitionne de travailler dans le sud du Maroc, région d’où sont originaires mes grands-parents. Il n’y a pas de culture écrite, alors je leur dois cette transmission lors des déjeuners en famille. Des moments rares où nous étions ensemble autour du thé, d’un plat… Depuis cela a toujours été, là, en moi, avec le souvenir des chants de ma grand-mère et des gestes de mon grand-père. Et, aujourd’hui, je cherche à expliquer comment l'alimentation transmet cette culture ; que cela soit les techniques traditionnelles, la récolte, la préparation des aliments ou même la signification d’un plat.

 

Comment parvenez-vous à prendre du recul par rapport à tout cela ?

Près de 6 mois ont passé et je me rends compte que cela n’était pas si inaccessible que cela ; il fallait juste avoir un peu d'audace pour candidater à ce Master et beaucoup d’adaptabilité. L’essentiel est de rester attachée à son projet et de tenir le cap malgré les difficultés pour financer les voyages. Je ne m’en fais pas car avancer dans un projet de recherche reste long et puis j’ai même fini par obtenir la bourse de l’EPHE !

 

Comment s’est passée votre arrivée à l’EPHE ?

La rentrée s’est bien passée grâce à l’accompagnement d’Amina Mettouchi depuis l’été ; elle m’aide à grandir et me guide. Et puis j’ai eu le temps de m’habituer aux cours. C’était difficile, au début, de naviguer entre la Maison des sciences de l’homme, la Sorbonne et l’INHA. Je dois dire que, depuis, les interactions, ne serait-ce que dans le séminaire de ma tutrice et plus largement à l’échelle de l’EPHE, sont vivifiantes. Le contact est très bien passé avec les autres étudiants, tous différents et aussi passionnés. Nous communiquons beaucoup et, chaque jour, on apprend les uns des autres.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

Nous sommes encore assez peu à travailler sur ce sujet, faute de sources écrites. Celles existantes sont des retranscriptions de dialogues audiovisuels. Or je m’intéresse à deux villages - Doussawn et Tleta Tagmoute - qui n'ont jamais été documentés ; le plus gros de mon travail est de récolter mon matériau primaire sur le terrain. J’espère pouvoir contribuer à montrer à quel point l'alimentation est un domaine structurant de l'étude sociale voire d'une culture entière. À mon sens, c’est un élément qui définit l’histoire. J’espère aussi contribuer au mouvement de diversification des études berbères en m’intéressant plus particulièrement à la transmission par les liens matrimoniaux.

 

Quelles difficultés anticipez-vous ?

J’envisage de me rendre sur place, une dizaine de jours voire trois semaines durant les périodes clefs du calendrier berbère, afin d’observer la préparation des plats traditionnels mais aussi assister aux réunions du village. Cela ne va pas être facile de tourner avec une caméra et des micros en laissant les femmes travailler de leur côté. La langue est aussi un défi car je commence tout juste à l’apprendre mais je garde confiance.

 

Comment voyez-vous votre travail évoluer plus tard ?

C’est une question que je pose déjà bien sûr. Il serait logique de poursuive mon travail de recherche sous la direction d’Amina Mettouchi à l’EPHE. Le cadre y est exceptionnel et plein d’opportunités. Et je pourrai explorer le sujet de la diaspora qui était à l’origine dans mon projet de recherche. Toutefois, j’envisage également un versant plus créatif, en évoluant vers la gestion de production documentaire ou la direction de projets culturels. J’espère en tous les cas que le matériel rassemblé servira à de futures recherches sur le sujet.

 

La preuve par trois

3 mots

• Famille
• Partage
• Permanence

 

3 livres

• Gabriel Camps - Les Berbères : mémoire et identité
• R.F Kuang - The Poppy War (La Guerre du Pavot) 
• Kazuo Ishiguro - Never let me go (Auprès de moi toujours)

 

3 inspirations

• Nayra (rappeuse Amazigh) : https://www.instagram.com/nayra932/
• La chaîne Youtube Amazigh Languages : https://www.youtube.com/@AmazighLanguages
• La chaîne Youtube Tabroudart life : https://www.youtube.com/@Taboudrart_life.