Elayne Neirynck : tête chercheuse contre le cancer du sein
Nous avons rencontré Elayne Neirynck, doctorante au sein de l’équipe EPHE - PSL du Centre de recherche Translationnelle en Médecine moléculaire de Dijon (UMR 1231 CTM), dont la passion pour la recherche biomédicale est née au lycée. Retour sur un parcours international et pluridisciplinaire qui l’a conduite à rejoindre l’EPHE - PSL.
À quel moment vous êtes-vous décidée à faire de la recherche ?
J’avais 17 ans, à l’occasion d’un travail de recherche bibliographique. En Belgique, c’est un moment important à la fin du lycée. Je suis tombée sur un résumé des travaux du Professeur Shinya Yamanaka, prix Nobel de médecine en 2012, aux conséquences multiples sur l’ingénierie tissulaire. C’est le genre de carburant qui m'a clairement poussée sur la voie de la recherche, notamment en Licence biomédicale à l’université Catholique de Louvain (UCLouvain), puis en Doctorat en Sciences de la Vie et de la Terre (spécialité Cancérologie).
Comment ce parcours s’est-il déroulé ?
L’université m’a offert l’opportunité de découvrir la recherche au sein du laboratoire de gastroentérologie (GAEN) de l’Institut de recherche expérimentale et clinique (IREC | UCLouvain). Ce stage portait sur la régénération hépatique en cas d’atteinte chronique du foie. Je me suis donc familiarisée avec les modèles in vivo, des souris. Par la suite, j’ai passé 4 mois en Erasmus à Stanford (USA) au sein du laboratoire du Pr. Mike Angelo (the Angelo Lab, Stanford University | Department of Pathology). J’y ai recherché de nouveaux biomarqueurs de l'endométriose grâce à des techniques avant-gardistes de multiplexage immunohistochimique. Il s’agit de révéler non pas une mais des dizaines de protéines d’intérêt sur des coupes de tissus. Le sujet de l’endométriose m’ayant donné un aperçu du milieu, j’ai alors su que je voulais faire de la recherche et plus singulièrement sur des thématiques aidant les femmes.
Comment êtes-vous passée de Stanford à l’EPHE - PSL ?
Stanford est l’une des meilleures universités au monde. En cherchant à retrouver cette excellence en Europe, l’Université PSL s’imposa comme un choix logique. Les travaux de recherche du Pr. Plenchette (EPHE - PSL) ont tout de suite attiré mon attention. Elle étudie l’impact du monoxyde d’azote (NO) comme thérapie anticancéreuse, notamment sur le cancer du sein. Forte de cette expérience et de mon adaptabilité à de nouveaux sujets, j’ai tenté ma chance. Ma formation extérieure à la cancérologie a été déterminante pour développer une vision nouvelle et finalement être choisie par l’école.
La recherche pour aider les femmes est donc le fil conducteur ?
Effectivement, cela a été vraiment un « switch ». Étudier l’endométriose m’a confortée dans l’idée que je voulais construire ma carrière dans de nouveaux domaines, notamment ceux touchant aux problématiques propres aux femmes. Bien qu’il ne soit pas exclusivement féminin, le cancer du sein était une belle opportunité. Mon projet de recherche porte donc sur l’utilisation du NO dans les traitements du cancer du sein triple négatif, qui reste le plus agressif et avec l’un des plus mauvais pronostics vitaux. Le NO est une molécule naturellement produite par le corps humain et par ailleurs déjà administrée contre les angines de poitrine depuis 1870. Dans le cas d’un cancer, elle peut tout aussi bien contribuer au développement d’une tumeur qu’à son élimination. L’objectif de nos recherches est donc de mieux comprendre son action.
Comment s’est passée votre arrivée à l’EPHE - PSL ?
Mon arrivée dans l’équipe de Dijon s’est très bien passée. Ma participation à la Journée transversale de l’ED 472 m’a permis d’échanger avec des personnes provenant des 3 mentions, « Systèmes intégrés, environnement et biodiversité », « Histoire, textes, documents » et « Religions et systèmes de pensée » et d’horizons variés. Échanger avec des doctorants travaillant sur des thématiques très éloignées de la mienne était une excellente occasion de rassembler des idées pour la suite de ma thèse. J’ai également la chance d’appartenir à un réseau doctoral Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA), où je pourrai poursuivre cet enrichissement.
Quel est votre quotidien de recherche ?
J’évolue au sein du consortium NO-Cancer-Net, un regroupement de plusieurs laboratoires à travers l’Europe. Dans ce groupe, nous travaillons tous sur le traitement du cancer du sein triple négatif par NO. Nous y partageons nos expertises respectives. NO-Cancer-Net me permet également de me former à des techniques spécifiques au plus près des experts internationaux ; par exemple la bio-informatique au Luxembourg ou encore de nouvelles techniques de microscopie au Danemark.
Quelle inspiration offrir à celles et ceux qui vous suivent ?
Je mets beaucoup en avant la pluridisciplinarité. Au sein du NO-Cancer-Net, il y a énormément de doctorants qui ont des doubles diplômes ou des expériences de recherche sur des sujets variés. À mon sens, la polyvalence est essentielle à tout chercheur pour devenir expert dans son domaine. Mais si je ne devais donner qu’un seul conseil, ce serait de cultiver leur curiosité. Pour ma part, j’aimerais aussi pouvoir explorer, en post-doctorat, la gamétogenèse in vitro (cellules souches). Au Japon, par exemple, deux souris mâles ont pu engendrer une descendance. Enfin, je souhaite ajouter que, bien que les résultats directs de la recherche biomédicale puissent être parfois discrets, l’impact de notre travail n’en demeure pas moins important.
La preuve par 3
3 mots pour décrire votre recherche ?
- « Nécessaire »
- « Passionnante »
- « Innovante »
3 inspirations
- « Pr. Shinya Yamanaka »
- « Pr. Emmanuelle Charpentier et Pr. Jennifer A. Doudna »
- « Jamy Gourmaud »