Fond rouge

Décès de Jean-François Foncin

L’École Pratique des Hautes Études - PSL a le regret de vous faire part du décès de Jean-François Foncin.

 

Jean-François Foncin
Jean-François Foncin (1928-2026)

 

Jean-François Foncin nous a quittés le 23 mai 2026 dans sa 99ème année.

 

Psychiatre de formation, il s’orienta à la fin des années 1950 vers la neuropathologie dans le Laboratoire EPHE de Neuro-anatomie et de Neuropathologie d’Ivan Bertrand à l’hôpital de la Salpêtrière.

 

Directeur d’études en 1966, il créa en 1970 le Laboratoire de Neurohistologie qu’il dirigea jusqu’à son départ à la retraite en 1996, tout en étant responsable du Laboratoire de Neuropathologie du Service de Neurochirurgie.

 

Pionnier de la neuropathologie ultrastructurale, il décrivit le premier l’aspect en microscopie électronique des plaques séniles de la maladie d’Alzheimer (quelques mois avant la publication classique de R.D. Terry en 1964) et les lésions de la maladie de Creutzfeld-Jakob. Il a également contribué à la compréhension des tumeurs cérébrales, de l’encéphalite herpétique et de l’œdème cérébral.

 

Il est surtout mondialement connu pour son apport essentiel à la neurogénétique de la maladie d’Alzheimer. C’est en 1972 qu’il suspecte une origine héréditaire chez une patiente calabraise de 42 ans originaire de Nicastro (aujourd’hui quartier de Lamezia Terme) atteinte de démence précoce. Intrigué par son jeune âge et l'histoire familiale, il décide de remonter la piste jusqu'en Italie où il va nouer une collaboration étroite avec Amalia Bruni, alors jeune neurologue.

 

Ensemble, ils dépouillent pendant plus de 10 ans des milliers d’actes dans les registres paroissiaux et d'état civil de la commune ainsi qu’aux archives de l'hôpital psychiatrique de Girifalco pour reconstituer l'arbre généalogique de la plus grande famille mondiale atteinte par la maladie d’Alzheimer.

 

Ils vont ainsi identifier 43 patients sur un total de 1435 personnes descendant d’un ancêtre commun né en 1743, dont plusieurs branches ont émigré aux USA, en France et en Australie.

 

Ce travail monumental, poursuivi encore 10 ans, jouera un rôle décisif dans l'identification du gène de la préséniline-1 (PSEN1, Nature 1995) par l’équipe de Peter St-Georges Hyslop, gène le plus fréquemment muté dans les formes familiales d’Alzheimer, ainsi que dans la création d’un pôle mondial de recherches sur les maladies neurodégénératives à Lamezia Terme, dirigé par Amalia Bruni.

 

En 1990, Jean-François Foncin recevra le Prix international de la Fondation IPSEN pour la recherche thérapeutique sur la maladie d’Alzheimer et les démences séniles, destiné à récompenser des avancées majeures en neurobiologie et en neuropsychologie.

 

Nous n’oublierons pas son érudition encyclopédique, son sens clinique exceptionnel, sa rigueur scientifique et son humour, et lui sommes infiniment reconnaissants de tout ce qu’il nous a transmis.

 

Stéphane Richard et Khalid Hamid El Hachimi