Les changements de l'ensoleillement ont réorganisé les vents de l'Atlantique Nord et transformé le rythme des périodes glaciaires. Crédit : Maria F. Sanchez Goñi

Les changements de l'ensoleillement ont réorganisé les vents de l'Atlantique Nord et transformé le rythme des périodes glaciaires

Pourquoi les périodes glaciaires de la Terre sont-elles devenues plus longues et plus intenses il y a un million d'années ? Cette question est l'une des grandes énigmes de l'histoire du climat.

Une nouvelle étude internationale, menée par des chercheurs du laboratoire Environnements et paléoenvironnements océaniques et continentaux (Bordeaux INP/CNRS/EPHE – PSL/Université de Bordeaux) et publiée le 30 juin 2026 dans Nature Communications, apporte un élément de réponse : de faibles variations de l'énergie solaire reçue par la Terre auraient déplacé les grands vents de l'Atlantique Nord. Ce phénomène aurait ainsi transporté de fortes précipitations hivernales vers le nord, contribuant à installer le rythme des cycles glaciaires de 100 000 ans caractérisant encore notre climat.

 

Un tournant majeur

Au-delà de cette découverte, l'étude met en lumière les liens étroits unissant les différentes composantes du système climatique. Les déplacements des vents de l'Atlantique Nord ont influencé les précipitations en Europe mais aussi la circulation océanique, les concentrations de CO₂ dans l'atmosphère et le transport des poussières provenant d'Amérique du Nord, d'Afrique et d'Asie. Ensemble, ces mécanismes ont contribué à façonner l'un des tournants majeurs de l'histoire climatique de la planète.

 

Une transition climatique restée longtemps inexpliquée

Entre 1,2 million et 650 000 ans avant notre ère, la planète a connu une profonde réorganisation climatique lors de la Transition du Pléistocène moyen, période clé de l’histoire de la Terre. Avant elle, les glaciations se succédaient tous les 40 000 ans (100 000 ans par la suite). Malgré plusieurs décennies de recherche, l'origine de cette transformation restait largement inexpliquée.

 

Analyser des pollens pour reconstituer le climat ancien

Pour reconstituer ces climats, des pollens fossiles, conservés dans des sédiments marins et prélevés au large du Portugal, ont été analysés. En les combinant avec des simulations climatiques et des données d'autres régions, ils ont obtenu l'une des reconstitutions les plus détaillées jamais réalisées des précipitations hivernales et de la circulation atmosphérique de l'Atlantique Nord. 

 

Leurs résultats révèlent trois grandes étapes. Dans un premier temps, les fortes variations saisonnières de l'ensoleillement maintiennent les vents d'ouest plus au nord, assurant des hivers relativement humides dans le sud de l'Europe. Entre 930 000 et 790 000 ans, ces variations s'atténuent : les vents migrent vers le sud, provoquant des sécheresses (Europe, Asie et Amérique du Nord). Ces conditions favorisent la croissance de calottes glaciaires plus épaisses et plus stables au Nord. Après 790 000 ans, les variations de l'insolation s'intensifient, les vents remontent et occasionnent des hivers plus humides en Europe alimentant encore plus les calottes glaciaires. Le climat terrestre s'installe alors peu à peu dans le régime des cycles glaciaires de 100 000 ans.

 

Une évolution progressive liée à l’orbite terrestre

Selon les auteurs, cette transition ne correspond donc pas à un basculement brutal, mais à une évolution progressive pilotée par les variations de l'orbite terrestre. Ces changements ont modifié l'intensité de l'ensoleillement saisonnier, entraînant un déplacement des vents d'ouest. Les modifications des précipitations, de l'extension des calottes glaciaires, des poussières atmosphériques et du dioxyde de carbone se sont ensuite combinées pour transformer durablement le système climatique mondial.

 

Les simulations climatiques confirment ces observations. Elles montrent que les vents d'ouest sont particulièrement sensibles aux minima d'insolation estivale dans les hautes latitudes de l'hémisphère Nord et qu'ils ont probablement joué un rôle bien plus important qu'on ne le pensait dans la croissance et la disparition des grandes calottes glaciaires.

 

Référence

Quan, X., Sánchez Goñi, M. F., Yin, Q., Kaboth-Bahr, S., Moal-Darrigade, P., Polanco-Martinez, J. M., Wu, Z., Bahr, A., Ducassou, E., & Lourens, L. J. (2026). Insolation-driven northern westerly wind patterns shaped the Mid-Pleistocene Transition in three phases. Nature Communications.

 

DOI : 10.1038/s41467-026-74759-6

 

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31 août 2026