Avis de soutenance - doctorat - Eloïse FESLI

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Ecole doctorale 472
En Sorbonne
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France
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Soutenue par Eloïse FESLI

L'Art nouveau à Istanbul (1890-1930) : entre Orient et Occident

L'Art nouveau à Istanbul (1890-1930) : entre Orient et Occident constitue la première étude d'ensemble sur la réception, la diffusion et les adaptations locales de l'Art nouveau dans la capitale ottomane. Né en Europe occidentale dans un contexte d'industrialisation et de modernisation urbaine, ce style y trouve un terrain singulier où les influences européennes rencontrent les traditions artisanales locales. Loin d'une simple imitation, le Yeni Sanat (« Art nouveau » en turc moderne), connu dans la presse ottomane sous le nom de Tarz-ı Cedid (« nouveau style » en turc ottoman), apparaît comme un langage d'acculturation à la fois international et enraciné, révélateur d'une modernité proprement stambouliote. La recherche s'appuie sur un vaste corpus et adopte une approche élargie de la diffusion du style, depuis la gare de l'Orient-Express, nœud de circulation des formes et des savoirs, en passant par les réseaux d'antiquaires et la presse ottomane (Servet-i Fünûn, Şehbal), jusqu'aux arts décoratifs et graphiques. Elle prend également appui sur l'étude d'édifices choisis pour leur diversité typologique et leur représentativité : hans commerciaux, immeubles de rapport, monuments funéraires, résidences impériales et maisons en bois, tant sur le Bosphore que dans les périphéries comme Bakırköy et sur les îles de la mer de Marmara. Ce panorama met en relation les grandes réalisations et les exemples plus modestes, illustrant la diffusion du style dans toutes les strates sociales et urbaines. Des architectes tels que Raimondo D'Aronco, Antonio Lasciac, Giulio Mongeri, Konstantinos Kyriakides, Alexandre D. Yenidünya (Neocosmos), Alfredo Psalty, les frères Caracach et Mimar Kemaleddin, aux côtés d'artisans grecs, arméniens, juifs et turcs, forgent un style où technique, ornement et modernité s'articulent. Deux phases se distinguent : l'une monumentale (1890-1915) et l'autre domestique (1922-1930). Au-delà de l'esthétique, cet héritage fragile incarne le cosmopolitisme d'Istanbul et un dialogue créatif entre tradition et modernité. L'étude met également en lumière deux temporalités, relevées par Afife Batur : une première phase monumentale (1890-1915), marquée par les commandes impériales et aristocratiques, et une seconde phase domestique (1922-1930), au cours de laquelle l'Art nouveau s'infuse dans le bâti ordinaire, notamment dans les maisons en bois. Cette continuité révèle la plasticité du style et son enracinement durable dans la culture visuelle d'Istanbul. En replaçant le Yeni Sanat dans la géographie mondiale de la modernité, la thèse met en évidence la capacité d'Istanbul à transformer les langages venus d'Europe en un vocabulaire original, accordé à sa lumière, à ses matériaux et à la diversité de ses habitants. L'Art nouveau y devient un art de la surface et du seuil, un manifeste discret d'une modernité située, où la ligne courbe traduit un monde en transition. Enfin, le travail engage une réflexion patrimoniale. Longtemps négligé, ce patrimoine fragile, constitué de façades en bois, de vitraux colorés et de ferronneries sinueuses, mérite aujourd'hui une attention renouvelée. Sa conservation ne relève pas d'un simple souci esthétique ; elle participe d'une mémoire du cosmopolitisme et d'une reconnaissance des savoir-faire locaux, et témoigne de la capacité d'Istanbul à faire dialoguer héritage et création dans la continuité d'une modernité partagée.

L'Art nouveau à Istanbul (1890-1930) : entre Orient et Occident

Art Nouveau in Istanbul (1890–1930): Between East and West presents the first comprehensive study of the reception, dissemination, and local adaptations of Art Nouveau in the Ottoman capital. Emerging in Western Europe amid industrialization and urban modernization, the style found a distinctive milieu in Istanbul, where European influences encountered enduring artisanal traditions. Far from a mere imitation, Yeni Sanat (“Art Nouveau” in modern Turkish), referred to in the Ottoman press as Tarz-ı Cedid (“new style” in Ottoman Turkish), emerges as a language of acculturation that is both international and locally rooted, revealing a distinctly Istanbulite modernity. The study draws on an extensive corpus and adopts a broadened approach to the diffusion of the style, encompassing contexts ranging from the Orient Express station, an important hub for the circulation of forms and knowledge, through antiquarian networks and the Ottoman press (Servet-i Fünûn, Şehbal), to the decorative and graphic arts. It also relies on the analysis of buildings selected for their typological diversity and representativeness, including commercial hans, apartment houses, funerary monuments, imperial residences, and timber dwellings, located both along the Bosphorus and in peripheral districts such as Bakırköy and the Princes' Islands. This panorama encompasses major landmarks as well as more modest examples, illustrating how the style permeated all social and urban strata. At the heart of this dynamic were architects such as Raimondo D'Aronco, Antonio Lasciac, Giulio Mongeri, Konstantinos Kyriakides, Alexandre D. Yenidünya (Neocosmos), Alfredo Psalty, the Caracach brothers, and Mimar Kemaleddin, who acted as key mediators between European academic traditions and local practices. They collaborated closely with a dense network of Greek, Armenian, Jewish, and Turkish artisans whose expertise in ironwork, stained glass, carpentry, and stuccowork helped shape the distinctive character of the style. Through these exchanges, ornament became the privileged locus where technique, material, and modernity converged. The study also underscores two chronological phases identified by Afife Batur: an initial monumental phase (1890–1915), characterized by imperial and aristocratic commissions, and a subsequent domestic phase (1922–1930), during which Art Nouveau permeated vernacular architecture, particularly timber houses. This continuity underscores both the adaptability of the style and its enduring integration into Istanbul's visual culture. By repositioning Yeni Sanat within the global geography of modernity, the dissertation underscores Istanbul's capacity to transform imported European vocabularies into an original idiom attuned to its light, materials, and human diversity. Art Nouveau thus emerges as an art of surfaces and thresholds, a discreet manifesto of situated modernity in which the sinuous line reflects a world in transition. Finally, the study initiates a heritage-oriented reflection. Long neglected, this fragile legacy, comprising wooden façades, stained glass windows, and sinuous ironwork, warrants renewed attention. Its preservation is not merely an aesthetic concern but also a broader act of remembrance of cosmopolitanism and an acknowledgment of local craftsmanship, bearing witness to Istanbul's enduring capacity to foster dialogue between heritage and creation within a shared modernity.
Directeur de thèse :
Jean-Michel LENIAUD
Unité de recherche :
Histoire de l'art, des représentations et de l'administration en Europe
Membres du jury :
  • Directeur de thèse : Jean-Michel LENIAUD , Directeur d'études émérite (École Pratique des Hautes Études (EPHE))
  • Examinateur : Isabelle SAINT-MARTIN
  • Examinateur : Sabine FROMMEL , Directeur d'études (École Pratique des Hautes Études (EPHE))
  • Président : PHILIPPE PLAGNIEUX , Directeur d'études (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Rapporteur : VESILE GUL CEPHANECIGIL , Maître de conférences (Université technique d'Istanbul)
Diplôme :
Doctorat Histoire, textes, documents
Spécialité de soutenance :
Histoire de l'art