Alexis Pellegrini : reporter de l’histoire eurasiatique
Nous avons rencontré un jeune étudiant de l’EPHE - PSL (Master études asiatiques), germaniste, cultivant depuis le plus jeune âge le goût de l’enquête et de l’érudition pour les langues et les religions au Vietnam. Tous les chemins mèneraient-ils à l’EPHE ?
Comment en êtes-vous arrivé à choisir votre Master ?
Je suis arrivé à Paris en Prépa littéraire avec comme spécialité la géographie. Les sciences humaines et sociales m’intéressaient tout particulièrement avec l’aspect littéraire et linguistique. Je suivais d’ailleurs, en parallèle, des cours d'Allemand et de Grec. Au bout de trois années de classe prépa (niveau L3), il me fallait trouver un projet à poursuivre. Dans ma classe, les élèves étaient davantage tournés vers l'EHESS. Et il faut dire, aussi, que je ne connaissais pas non plus l’EPHE.
Si je me suis mis très tôt à établir un projet de recherche en sciences de religions, ce n’est que très tardivement, et par hasard, que Google m’a fait connaître le Master Sciences des religions. Après quoi, le site Internet de l’EPHE m’a fait découvrir le Master Études asiatiques. J’y ai découvert quelque chose avec une personnalité singulière par rapport à un cursus universitaire classique.
Une des spécificités de l’EPHE qu’il me semble importante de souligner tient du lien scientifique entre le tuteur et l’étudiant dès le Master. Cela permet de structurer un projet cohérent qui noue à la fois l’expertise de l’enseignant chercheur et l’intérêt de l’élève. J’ai eu la chance d’être mis en lien avec Pascal Bourdeaux, mon tuteur cette année. Dans le cadre de sa chaire Modernismes bouddhiques, j’ai l’occasion d’étudier les évolutions historiques du bouddhisme, notamment vietnamien, et de ses pratiques, ce qui nourrit ma réflexion et la constitution de mon projet d’études.
N'avez-vous pas eu de prescripteur ?
Pas du tout, car j'étais en géographie. Ce sont en réalité les enseignants de mes camarades en Histoire qui recommandent la recherche historique de l’école pratique. Cela est bien dommage car les sciences des religions et les études asiatiques n’ont pas été mentionnées. Elles pourraient ouvrir des perspectives aux élèves tels que moi – non-historiens – et qui s’interrogent : Que faire ?
Il faut dire qu’en troisième année de prépa on est livré à soi-même par rapport à ceux inscrits en cumulatif ou en L3 à l’université. Il faut par conséquent fournir un effort supplémentaire pour avoir conscience de tout ce à quoi on peut avoir accès. Les échanges avec mes camarades, notamment au sujet de leurs projets, m’ont naturellement beaucoup aidé. Et c’est finalement le dernier de mes projets – j’en avais trois assez disparates – qui m’a permis de postuler au Master études asiatiques et d’être accepté. C’est heureux car c’est vraiment celui qui me correspondait le mieux parmi tous ceux auxquels j’avais réfléchi. Je peux vous dire que, désormais, je ne manque pas une occasion de recommander l’école auprès de mes amis.
Expliquez-nous votre passion pour l’Asie ?
À l'origine, c'était la religion du caodaïsme qui m'intéressait avant d’embrasser l’ensemble des religions vietnamiennes (bouddhisme, culte des ancêtres, bouddhisme Hòa Hảo...). Je cherchais aussi à comprendre le rapport du Vietnam au catholicisme et dans une moindre mesure au protestantisme.
Comment s’est passée votre arrivée à l’EPHE ?
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre. La dispersion des séminaires sur différents campus et leur offre pléthorique m’ont quelque peu déboussolé au début. À cela s’ajoutent quelques enseignements de vietnamien à l’INALCO. En tous cas, j’ai l’occasion de voir Paris comme jamais auparavant.
Finalement, j’ai eu deux rentrées académiques : celle du Master au Campus Condorcet avec les étudiants de l’EHESS, puis celle de l’EPHE - PSL à l’INHA le 7 octobre dernier. C’est la première fois que je m’y rendais. J’ai pu y retrouver l’ensemble des étudiants de l’EPHE. C’était plaisant de voir autant de gens, d’échanger avec les étudiants de la mention Histoire de l’art ou en biologie, notamment. J'aurais d’ailleurs adoré faire de la SVT.
Comment appréhendez-vous votre projet de recherche ?
La question de la recherche est restée très longtemps dans ma tête. Je trouvais bien dommage de ne connaître que des langues indo-européennes et de me restreindre à cette aire géographique. J’aime être confronté aux altérités et appréhender le monde dans toute sa largeur, notamment via des sources et des récits peu eurocentrés. C’est naturellement ce qui m’a poussé vers ce Master, notamment pour maîtriser les outils de l’histoire mais aussi m’ouvrir aux notions ethnographiques, anthropologiques, géographiques, etc.
Très jeune, j'avais envie d'être journaliste. Cet appel de l'enquête avec l’appui des outils scientifiques a été un moteur important. Toutefois, l’information accessible aujourd’hui est traitée de façon aberrante. La religion est pourtant un aspect essentiel à l'expérience humaine, selon moi, et présente dans la vie sociale de la plupart des sociétés. Je souhaite donc lui rendre justice avec sérieux, c’est-à-dire en comparant les différentes disciplines, leurs points de vue sur une même question, et in fine en la débarrassant de tous ces biais. À cet égard, l'enseignement de la recherche par la pratique de la recherche devrait s’avérer une formation idéale. C’est formidable d’être confronté à cette pensée en mouvement, la recherche y est en ce sens beaucoup plus actuelle.
Mon projet de recherche est lui-même encore mouvant. Il devrait s’intéresser à une association de jeunes bouddhistes vietnamiens en Allemagne pendant la guerre froide. Elle entretenait des liens avec une association parallèle en France dont mon tuteur, Pascal Bourdeaux, a déjà numérisé la revue. Par le biais des liens qu’il a noué avec les membres de cette organisation française, j’aurai l’occasion de rentrer en contact avec leurs pendants d’outre-Rhin.
Comment vous voyez-vous plus tard ?
En ce moment, je concentre mes efforts sur la langue vietnamienne. Je fréquente assidûment la Bibliothèque de la maison de l'Asie (EFEO) et la Bulac. Mais je prévois une mobilité au Vietnam, pour vivre cette expérience formatrice du voyage, et de retourner au Département des cartes de la BnF pour y découvrir la cartographie indochinoise. Par la suite, j’aimerais poursuivre mes recherches, idéalement au sein de l'EPHE, point de friction en sciences des religions. Pour autant, je n’ai pas oublié ma démarche journalistique. Je ne sais pas encore comment les deux dialogueront d’ici-là. Ce qui est certain, c’est que je me vois moins enseigner que travailler sur le terrain grâce à la rigueur et la profondeur que m’auront permis d’acquérir la recherche et la méthode scientifique.
Un point d'équilibre s’établira !
La preuve par 3
3 mots pour décrire votre recherche ?
• « Guerre froide »
• « Urbaine »
• « Presse »
3 livres à conseiller
• Locus Solus de Raymond Roussel
• The Tempest de William Shakespeare
• Bouddhisme Hòa Hảo, d’un royaume l’autre de Pascal Bourdeaux
3 autres inspirations à partager ?
• Hunter S. Thompson (journaliste américain)
• René Dumont (agronome, sociologue et homme politique)
• Oskar Kokoschka (artiste « dégénéré » en exil face au nazisme)