Les Brusques

Quand les villes gagnent la mer : l'ADN environnemental révèle des communautés de poissons qui s'uniformisent en Méditerranée

L’artificialisation des littoraux, souvent perçue comme une simple destruction d’habitats, a un impact bien plus insidieux qu’il n’y parait sur la biodiversité marine.

Une équipe française de l’EPHE – PSL et de l’Université de Montpellier, impliquant des laboratoires de recherche sous tutelle du CNRS et les entreprises SPYGEN et Andromède Océanologie, révèle, grâce à l’ADN environnemental, un paradoxe écologique : si les ports de plaisance le long de la côte méditerranéenne française abritent chacun près de deux fois plus d'espèces de poissons que les sites naturels adjacents, ils révèlent une uniformisation des communautés de poissons à l'échelle régionale.

Ces travaux, éclairant la menace pesant sur la résilience des écosystèmes marins, sont publiés dans Global Change Biology le 24 juin 2026.

 

Nouveaux défis

Limiter l’urbanisation du littoral et préserver des espaces connectés et peu impactés (aires marines protégées etc.), pour maintenir des communautés distinctes est un défi à relever. Recréer des habitats naturels en zone urbanisée pourrait aider, mais reste à manier avec prudence pour ne pas favoriser d’autres espèces urbanophiles ou invasives. L’ADNe se pose donc comme une solution centrale de suivi à long terme. Un défi d’autant plus pressant que le réchauffement et l’acidification des océans s’accentuent, et avec eux la venue de nouvelles espèces depuis la mer Rouge.

 

Un phénomène bien connu à terre et peu documenté en mer

Ce phénomène, uniformisant l’ensemble des espèces d’un espace donné (communauté) et connu sous le nom d'« homogénéisation biotique » est bien documenté dans les villes, mais rarement étudié en mer. Or, les littoraux du monde entier sont aujourd’hui très peuplés et massivement artificialisés par des ports, digues et autres infrastructures, associées à diverses pollutions.

 

Un instantané de la biodiversité via l’ADN environnemental

Dans le cadre du projet BioDivMed (financé par l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse), les chercheurs ont prélevé l’ADN environnemental (ADNe) — traces génétiques libérées dans l’eau — pour observer les poissons. Durant l’été 2023, 222 échantillons d’eau ont été filtrés sur 111 sites côtiers (dont 20 ports de plaisance), du continent à la Corse. L’analyse révèle 160 espèces et reconstitue la composition des communautés le long d’un gradient de pression urbaine, intégrant densité de population, tourisme, eaux usées et constructions artificielles.

 

Des ports localement riches mais pauvres régionalement

Localement, chaque port abrite davantage d’espèces qu’un site naturel, agissant comme un « point chaud » de biodiversité. Mais d’un port à l’autre, le même cortège d’espèces se retrouve, si bien qu’à l’échelle régionale, on observe moins d’espèces différentes que dans les sites naturels. Cette homogénéisation est aussi phylogénétique : les espèces portuaires sont apparentées, réduisant d’autant la diversité évolutive des communautés. Par ailleurs aucune espèce invasive exotique n’a été détectée. Certaines espèces natives sont en fait « urbanophiles » (sar, gobie, mulet, athérine, bar commun), c’est à dire tolérantes aux perturbations. D’autres, en revanche, désertent le milieu (labre, murène). C’est l’intensité de la pression urbaine, plus que la distance géographique ou la nature des fonds, qui explique le mieux la ressemblance entre communautés.

 

Contact scientifique

Stéphanie Manel
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Macé B., Delrieu-Trottin E., Mouillot D., Valentini A., Bruno M., Velez L., Avouac A., Deter J., Bockel T., Orblin M., Boissery P., Le Roux G., Manel S. (2026). Cities at Sea: Coastal Urbanization Generates Local Biodiversity Hotspots but Homogenizes Marine Fish Communities Regionally. Global Change Biology. DOI : 10.1111/gcb.70965.

 

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