Erim Asa : vers une anthropologie de la métapsychique
Nous avons rencontré Erim Asa, étudiant en seconde année du master Sciences des religions et sociétés (SRS), dont les travaux relèvent de l’anthropologie de la magie.
Sous la direction de Grégory Delaplace, directeur d’études à l’EPHE – PSL, son mémoire traite de l’histoire de la métapsychique durant l’entre-deux-guerres. À partir de fonds d’archives, il y reconstitue les trajectoires, jusqu’ici peu étudiées, de trois médiums, Jean Guzik, Jeanne Laplace et Marjan Gruzewski, dont chacun relève d’une forme différente de médiumnité.
D’où venez-vous ?
Originaire de Liège, j’ai obtenu une licence en études européennes à l’université de Maastricht. Cette formation interdisciplinaire et interculturelle, basée sur le « Problem-Based Learning » (PBL), encourage l’autonomie et initie à la découverte des dimensions légales, politiques, économiques, historiques, sociologiques et philosophiques de l'Europe. Fort de cet apprentissage universitaire en sciences humaines et d’une curiosité plus ancienne pour l’illusionnisme (ayant même été formé en la matière par Christian Chelman à Bruxelles et Dani DaOrtiz à Málaga), j’ai décidé de poursuivre à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE).
Pourquoi avoir rejoint l'EPHE ?
Conscient de la qualité des sciences humaines et sociales françaises, je souhaitais continuer mes études à Paris. Mon choix s’est donc porté sur l'EPHE, en grande partie pour sa formation à la recherche par la recherche, puis surtout pour l’approche singulière de l’anthropologue Grégory Delaplace que je découvre alors par la lecture de ses Intelligences particulières. Son enquête s’intéresse en effet moins au quoi qu’au comment des maisons hantées britanniques que documentent les archives de la Society for Psychical Research (SPR). Je lui ai donc soumis mon projet qu’il a, après discussion, accepté de diriger.
Comment s'est passée votre rentrée ?
En fait, nous avons eu deux rentrées. La première était celle du master Sciences des religions et sociétés, partagée avec les étudiants inscrits à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) au Campus Condorcet. La deuxième, quant à elle, était la rentrée de l’EPHE, avec les étudiants des autres masters à la Galerie Colbert. C’étaient des moments forts, une rencontre avec de futurs camarades de recherche. Ensuite, se sont tenus les premiers cours, notamment au boulevard Raspail ainsi que dans les locaux historiques de l’EPHE en Sorbonne.
Sur quoi porte votre recherche ?
Mon mémoire interroge, dans une perspective anthropologique, la possibilité d’une magie scientifique, c’est-à-dire les qualifications par la science de pratiques dites, par ailleurs, magiques. Pour ce travail, mon terrain est constitué des documents d’archives, livres, articles, comptes rendus de séances, lettres et photographies, relatifs aux activités de l’Institut Métapsychique International (IMI). Cette institution parisienne, créée en 1919 à l’initiative de scientifiques, médecins, ingénieurs et physiciens, entend soumettre à l’expérimentation des médiums, réputés communiquer avec les esprits. L’Institut métapsychique, écartant ainsi l’hypothèse de revenants d’outre-tombe, reconnaît néanmoins auxdits médiums des capacités paranormales. Pour mes recherches je reconstitue, notamment à partir des archives nombreuses et relativement inédites de l’institution parisienne, le parcours de trois médiums significatifs : Jean Guzik pour ses effets télékinésiques, Jeanne Laplace pour sa clairvoyance et Marjan Gruzewski pour son art médiumnique.
Quelles sont vos autres sources ?
La métapsychique des années 1920 et 1930 ayant une forte dimension internationale, je m’intéresse également, outre les sources françaises donc, aux sources britanniques dont certaines concernent directement les cas que j’étudie. De nombreux médiums étaient effectivement invités dans les laboratoires de divers pays européens et les chercheurs eux-mêmes entretenaient d’importantes correspondances sur ces questions de magie. Grâce aux bourses portées par l’EPHE et le programme gradué Sciences des religions de l’université Paris Sciences et Lettres (PSL), j’ai ainsi pu effectuer deux séjours de recherche au Royaume-Uni, pour un total de deux semaines, entre la Cambridge University Library pour les archives de la Society for Psychical Research (SPR) et la Senate House Library de l’université de Londres pour le fonds de l'illusionniste et chercheur psychique Harry Price.
En quoi consistait votre stage ?
Durant l’été, j’ai effectué un stage à l’Institut Métapsychique International (IMI) à Paris. J’y ai mené un travail archivistique d’identification et de classement des collections photographiques que j’ai ensuite pu mettre en valeur dans une exposition dont j’ai assuré le commissariat. Ainsi le weekend des 19 et 20 septembre 2026, l’IMI a ouvert ses portes au public à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine qui célébraient cette année le bicentenaire de la photographie. Ce fut l’occasion pour le public de découvrir différentes manières d’envisager la photographie du paranormal, notamment au travers de la photographie spirite, de la photographie psychique et de la photographie de l’ectoplasme, que j’ai pu présenter lors de visites guidées.
Quel est votre engagement à l'EPHE ?
Je suis élu représentant des étudiants au sénat académique de l’université Paris Sciences et Lettres (PSL) ainsi qu’au conseil d'administration de l’EPHE où je défends les intérêts des mastérants, jusqu’alors peu représentés, mais aussi des auditeurs, des doctorants et des étudiants préparant le diplôme d’établissement. Au-delà de la représentation des étudiants, je poursuis mon travail de recherche et de médiation au travers des opportunités qu’offre l’établissement, dont certaines journées d’études auxquelles j’ai déjà pu participer. En outre, je souhaiterais poursuivre sur cette lancée en doctorat avec une thèse sur un autre cas de magie en Europe.
Trois mots pour décrire votre recherche
Mana
Catharsis
Fétiche
Trois inspirations
Le séminaire Arsmagica — Magie et sciences humaines
Le Camion théâtre de l'illusionniste Yann Frisch
Le Surnateum, musée d'histoire surnaturelle à Bruxelles
Trois livres
David Hume, A Treatise of Human Nature (1739, John Noon)
Michel de Certeau, La Possession de Loudun (1970, Julliard)
André Breton, L'Art magique (1957, Club français du livre)