Avis de soutenance - doctorat - Nicola MILANESI
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Soutenue par
Nicola MILANESI
La substance singulière dans la métaphysique de Francisco Suárez
Le fait que le monde soit peuplé d'objets matériels composés d'une multiplicité de parties distinctes appartient peut-être à cette classe restreinte d'évidences que peu de philosophes seraient disposés à nier, ou même simplement à remettre en question. Un arbre, par exemple, est composé de racines, de branches, d'un tronc, de feuilles ; de même, un être humain est composé de sa tête, de son cou, de ses mains, de ses pieds, de ses organes internes, etc. Mais quel est le fondement de l'unité de tels objets ? Pourquoi leurs parties constituent-elles un seul objet individuel, plutôt qu'une multiplicité d'individus ? Dans le présent travail de thèse, nous explorons la réponse à ces questions, ainsi qu'à d'autres qui leur sont liées, proposée par celui que beaucoup considèrent comme le plus grand métaphysicien du XVIe siècle, à savoir Francisco Suárez (1548-1617). Notre travail a donc pour objet l'analyse de la doctrine suarézienne de la substance singulière, dans le but d'examiner l'ensemble des niveaux de composition substantielle admis par Suárez, ainsi que les raisons qui en fondent l'unité. Pour ce faire, nous suivrons un parcours conceptuel bien déterminé. Tout d'abord, nous nous concentrerons sur le concept suarézien d'unité et sur le problème du principe d'individuation, que Suárez résout en soutenant la thèse nominaliste selon laquelle tout étant est individuel du seul fait d'être ou d'exister. Il s'ensuit que chaque partie du composé, précisément en tant qu'elle existe en lui, est en quelque manière individuelle. Une conception aussi exigeante du statut ontologique des parties nécessitera, à titre préliminaire, une analyse approfondie de la méréologie suarézienne — c'est-à-dire des notions de partie et de tout, des formes de composition, ainsi que de la distinction et des relations entre les parties — d'où ressortira la centralité de la doctrine du mode pour l'ensemble du système philosophique de Suárez et, en particulier, pour la théorie de la composition substantielle. Dans un second temps, nous nous concentrerons sur la notion de substance, que Suárez conçoit comme le résultat de la composition entre la nature (res) et la subsistance (modus), ainsi que sur la composition entre substance et accidents, commune à tout type de substance, qu'elle soit spirituelle ou matérielle. Cela étant clarifié, nous passerons à l'analyse du composé hylémorphique. La matière première et la forme substantielle sont conçues par Suárez comme deux res qui, en tant que telles, sont réelles, indépendantes, mutuellement séparables et dotées d'une structure méréologique propre. Après en avoir mis en lumière la complexité intrinsèque, nous examinerons la nature de leur lien, qu'il caractérise comme un mode d'union. Enfin, nous analyserons le dernier niveau de composition substantielle, à savoir la composition entre les parties étendues de la substance. Cela permettra de clarifier la structure de la substance étendue comme constituée de parties continues et indivisibles — point, ligne et surface — considérées comme des réalités.
The Singular Substance in Francisco Suárez's Metaphysics
The fact that the world consists of material objects made up of a multiplicity of distinct parts may well belong to that limited class of self-evident truths that few philosophers would be willing to deny, or even to question. A tree, for example, has roots, branches, a trunk, and leaves; similarly, a human being has a head, a neck, hands, feet, internal organs, and so on.
But what grounds the unity of such objects? Why do their parts make up a single individual object, rather than a plurality of individuals? In this thesis, I examine the answers to these, and related questions offered by what many regard as the greatest metaphysician of the sixteenth century, namely Francisco Suárez (1548–1617). The aim of this study, therefore, is to analyze Suárez's doctrine of the individual substance, with a view to examining all the levels of substantial composition he recognizes, together with the principles that account for their unity. To do so, I follow a clearly defined conceptual path. I begin by focusing on Suárez's notion of unity and on the problem of the principle of individuation, which he resolves by endorsing a nominalist thesis according to which every being is individual simply in virtue of existing. It follows that each part of a composite, precisely insofar as it exists within it, is in some sense individual. Such a robust account of the ontological status of parts calls, as a preliminary step, for a careful analysis of Suárezian mereology—that is, the notions of part and whole, the forms of composition, as well as the distinctions and relations among parts. This analysis brings out the central role of the doctrine of modes within Suárez's philosophical system as a whole, and in particular within his theory of substantial composition. I then turn to the notion of substance, which Suárez understands as the result of the composition of nature (res) and subsistence (modus), as well as to the composition of substance and accidents, which is common to every kind of substance, whether spiritual or material. With this in place, I proceed to an analysis of the hylomorphic composite. Prime matter and substantial form are conceived by Suárez as two res which, as such, are real, independent, mutually separable, and endowed with their own mereological structure. After bringing out their intrinsic complexity, I examine the nature of their bond, which he characterizes as a mode of union. Finally, I analyze the last level of substantial composition, namely the composition of the extended parts of substance. This makes it possible to clarify the structure of extended substance as constituted by continuous and indivisible parts – point, line, and surface – conceived as real entities.
Directeur de thèse :
Olivier BOULNOIS
Cotutelle :
Université de Salerne (ITALIE)
Unité de recherche :
Laboratoire d'études sur les monothéismes
Membres du jury :
- Directeur de thèse : Olivier BOULNOIS
- Examinateur : Jacob SCHMUTZ , Professeur (UCLouvain)
- Examinateur : Jean-Pascal ANFRAY , Maître de conférences (École normale supérieure)
- Directeur de thèse : Onorato GRASSI , Professeur émérite (Università LUMSA)
- CoDirecteur de thèse : Renato DE FILIPPIS , Associate professor (Università degli Studi di Salerno)
- Examinateur : Pietro BASSIANO ROSSI , Professeur émérite (Università degli Studi di Torino)
- Rapporteur : Han Thomas ADRIAENSSEN , Associate professor (University of Groningen)
- Rapporteur : Stefano DI BELLA , Full professor (Università degli Studi di Milano Statale)
- Rapporteur : Igor AGOSTINI , Associate professor (Università del Salento)
Diplôme :
Doctorat Religions et systèmes de pensée
Spécialité de soutenance :
Philosophie, textes et savoirs