Avis de soutenance - doctorat - Marlène BEGHIN
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Ecole doctorale 472
EPHE_ SORBONNE au 18 rue Sorbonne 75005 Paris
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Soutenue par
Marlène BEGHIN
Le savoir qui vient des rêves: théories et images des rêves dans les manuscrits français (1300-1425)
On ne « rêve » pas au Moyen Âge, mais on « songe » ou on a des « visions ». Ces expériences sont ambivalentes : certaines sont des révélations de la vérité divine sur le modèle du rêve prophétique biblique ; d'autres sont des illusions envoyées par le diable ; d'autres encore sont considérées comme des signes de l'état corporel ou psychologique du dormeur.
Cette étude montre comment l'ambivalence du rêve est appréhendée au Moyen Age comme une forme de connaissance différente de celle de la veille : à la fois ouverte sur des vérités inaccessibles aux éveillés et profondément faillible du fait des altérations anthropologiques, cognitives et morales provoquées par le sommeil. J'y retrace les particularités de cette connaissance dans les formes d'un savoir lui-même pensé comme alternatif à une certaine norme : les manuscrits français dans les territoires de la langue d'oïl en France au XIVe et au début du XVe siècles. Produits pour des rois, des nobles et des amateurs fortunés, ils témoignent du développement d'un savoir en français destiné à des laïcs, différent du savoir en latin auquel se forment les clercs de l'université. Mon corpus a pour noyau la librairie du Louvre, plus grande collection en langue vernaculaire de l'époque constituée à partir de 1369 à la demande du roi Charles V (1338-1380). Ses manuscrits sont enrichis de multiples enluminures qui participent elles aussi à la transmission du savoir.
Entre histoire de la philosophie et anthropologie des images, cette étude montre comment le savoir laïc, dans la particularité de son fonctionnement entre textes et enluminures, impulse l'exploration des aspects les plus ambivalents du rêve. Ces connaissances faillibles contribuent à l'expérimentation par les lecteurs de marges du rapport à Dieu, au corps et à l'âme qui ouvrent aussi sur celle de la subjectivité.
Knowledge from Dreams: Theories and Images of Dreams in French Manuscripts (1300-1425)
Medieval dreams are inherently ambiguous. Some are regarded as revelations of divine truth, following the biblical model of prophetic dreams; others are dismissed as deceptions wrought by the devil; still others are interpreted as signs of the dreamer's physical or psychological state.
This study examines how the ambiguity of dreams was understood in the Middle Ages as a form of knowledge distinct from waking cognition: granting access to truths inaccessible to the waking mind on the one hand, profoundly fallible on the other hand because of the anthropological, cognitive, and moral changes induced by sleep. I discuss the characteristics of dreaming cognition in the fonts of a knowledge that was itself considered an alternative to a certain norm: French manuscripts produced in the langue d'oïl regions of France during the fourteenth and early fifteenth centuries. Produced for kings, nobles, and affluent urban elite, they bear witness to the emergence of a body of knowledge in the vernacular, intended for lay readers and distinct from Latin learning of university-trained clerics. My corpus focuses on the Librairie du Louvre, the largest collection of vernacular manuscripts of its time, assembled from 1369 onwards at the behest of King Charles V (1338–1380). Its manuscripts are adorned with numerous illuminations, which also contributed to the transmission of knowledge.
At the intersection of History of Philosophy and Art History, this study shows how lay knowledge, through its distinctive interplay of text and image, fostered an exploration of the most ambivalent dimensions of the dream. Such fallible forms of knowledge invite readers to probe the margins of the relationship between God, the body, and the soul, thereby also opening up an exploration of subjectivity.
Directeur de thèse :
Christophe GRELLARD
Unité de recherche :
Laboratoire d'études sur les monothéismes (LEM) - UMR 8584
Membres du jury :
- Directeur de thèse : Christophe GRELLARD
- Rapporteur : Giulia PUMA , Maître de conférences (Université Côte-d'Azur)
- Examinateur : Sylvain PIRON , Directeur d'études (EHESS Paris)
- Co-encadrant de thèse : Pierre-Olivier DITTMAR , Maître de conférences (EHESS)
- Rapporteur : Mishtooni BOSE , Professeur des universités (Christ Church)
- Examinateur : Laurence MOULINIER , Directeur d'études (Université Lyon 2)
Diplôme :
Doctorat Religions et systèmes de pensée
Spécialité de soutenance :
Histoire de l'art