Avis de soutenance - doctorat - Laura BUSETTO
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Ecole doctorale 472
Fondazione San Carlo Modena : Via S. Carlo, 5, 41121 Modena MO, Italia
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Soutenue par
Laura BUSETTO
Dialectique et arts du langage dans le Haut Moyen Âge. Le cas de Jean Scot Érigène
La thèse vise à mettre en lumière l'existence d'un courant de spéculation sur le langage au Haut Moyen Âge, en particulier dans le contexte carolingien. Le thème du langage durant cette période a souvent été sous-estimé dans la littérature secondaire qui d'un côté s'est concentré sur l'analyse des disciplines, chacune dans son propre domaine de compétence, tandis que de l'autre elle n'a examiné les théories du langage qu'à partir du XI siècle. Cette étude se concentre sur la dialectique et les arts du langage à l'époque carolingienne et surtout entre le IX et le X siècle, en considérant les œuvres de Jean Scot comme un cas emblématique. En analysant le thème du langage et son rapport aux arts du trivium dans les œuvres de cet auteur il sera possible de mettre en évidence l'émergence d'une réflexion sur ce que nous proposons de considérer comme une véritable spéculation sur le langage au début du Moyen Âge. Les objectifs de cette recherche sont donc les suivants : montrer l'existence d'une spéculation sur le langage au Haut Moyen Âge qui mérite d'être mise en lumière pour sa pertinence ; mettre en évidence la complexité de la théorie du langage proposée par Érigène, en évaluant les liens entre sa spéculation linguistique, la tradition antique tardive et son impact aux X et XI siècles ; contribuer à une compréhension renouvelée du Haut Moyen Âge en affirmant l'importance de cette période dans la tradition de la spéculation médiévale du langage. La thèse est divisée en deux parties, chacune contenant trois chapitres, suivies par une annexe. La première partie concerne la théorie du langage durant le Haut Moyen Âge, en partant de la relation entre les trois arts du trivium (dialectique, grammaire et rhétorique) dans lesquels s'ancrent les théories du langage. Le premier chapitre relève qu'aucune école carolingienne n'enseignait les sept arts libéraux dans leur intégralité et que les disciplines du trivium étaient souvent traitées ensemble, établissant ainsi un terrain favorable pour les théories du langage. Le deuxième chapitre explore, d'un point de vue théorique, comment les penseurs du Haut Moyen Âge ont adapté les doctrines tardo-antiques sur dialectique, grammaire et rhétorique. L'interaction entre ces trois disciplines est également examinée en relation avec les théories du langage et de la communication, sujet du dernier chapitre de cette partie qui analyse l'héritage aristotélicien et platonicien des théories du langage véhiculées dans la tradition occidentale dominée par Augustin et celle orientale des Pères cappadociens, sources de la pensée érigénienne. Le premier chapitre de la deuxième partie, consacrée spécifiquement à Érigène, est focalisé sur la vérité des propositions telle qu'elle se présente dans le De Praedestinatione liber, ainsi que sur la fonction créative du langage, héritière de la tradition Patristique grecque, examinée dans les écrits exégétiques c'est-à-dire Homilia et Prologus in Evangelium Ioannis, Expositiones in Hierarchia Coelestem et les poèmes. Le deuxième chapitre porte sur la doctrine du langage humain dans le Periphyseon. Le dernier chapitre se concentre sur le langage figuré, point central de la théorie d'Érigène, où la grammaire et la rhétorique se substituent à la dialectique. Le langage devient un outil clé pour naviguer entre l'affirmation et la négation, offrant une compréhension limitée mais significative du mystère divin, où chaque mot est à la fois insuffisant et puissant. Enfin, l'annexe avec la transcription et le commentaire des gloses au De dialectica d'Augustin présentes dans le Ms. lat. Paris, Bibliothèque Nationale de France 12949, provenant d'Auxerre et daté entre le IXe siècle et le Xe siècle, montre concrètement comment dans un manuscrit d'école les trois arts du trivium et leur lien avec le langage sont explicités, en véhiculant en plus de manière tout-à-fait évidente l'enseignement érigénien sur ce thème.
Dialectic and the Arts of Language in the Early Middle Ages. The Case of John Scotus Eriugena
This thesis seeks to demonstrate the existence of a current of linguistic speculation in the Early Middle Ages, particularly within the Carolingian context. The study of language in this period has often been underestimated in secondary literature. Scholars have either treated each discipline in isolation or considered theories of language only from the eleventh century onwards. This research focuses on dialectic and the arts of language during the Carolingian era, especially between the ninth and tenth centuries, analysing the works of John Scotus as a representative case. By examining the theme of language and its relation to the trivium in his writings, the thesis reveals the emergence of a complex and original form of linguistic speculation at the dawn of the Middle Ages. The aims of this research are threefold. First, to establish the presence of linguistic speculation in the Early Middle Ages and to highlight its significance. Second, to clarify the complexity of John Scotus's theory of language by exploring its links with the late antique tradition and its influence in the tenth century. Third, to contribute to a renewed understanding of the Early Middle Ages by arguing that this period deserves greater attention within the history of medieval linguistic thought. The thesis is divided into [in] two parts, each containing three chapters, followed by an appendix. The first part addresses theories of language in the Early Middle Ages. It begins with the relationship between the three arts of the trivium (dialectic, grammar, and rhetoric) within which the study of language was rooted. The opening chapter shows that no Carolingian school taught all seven liberal arts in their entirety. The disciplines of the trivium were often studied together, creating favourable conditions for linguistic reflection. The second chapter examines how early medieval thinkers adapted late antique doctrines of dialectic, grammar, and rhetoric. Their interaction is further explored in relation to theories of language and communication. The final chapter of this part analyses the Aristotelian and Platonic legacy in the language theories transmitted through two main traditions: the Western, shaped by Augustine, and the Eastern, represented by the Cappadocian Fathers. Both influenced John Scotus's thought. The second part of the thesis is devoted specifically to John Scotus. Its first chapter investigates the notion of the truth of propositions in the De Praedestinatione liber and the creative function of language, inherited from the Greek Patristic tradition. These themes are examined in his exegetical writings, Homilia and Prologus in Evangelium Ioannis, Expositiones in Hierarchiam Coelestem, and in his poetry. The second chapter focuses on the doctrine of human language in the Periphyseon. The final chapter discusses figurative language, a key aspect of John Scotus's theory, in which grammar and rhetoric take precedence over dialectic. Language here becomes a central instrument for moving between affirmation and negation. It offers a limited yet meaningful grasp of the divine mystery, where every word is both inadequate and powerful. The appendix contains a transcription and commentary on the glosses to Augustine's De Dialectica preserved in the manuscript Paris, Bibliothèque nationale de France, lat. 12949, coming from Auxerre and dated to the ninth–tenth centuries. This school manuscript provides concrete evidence of how the three arts of the trivium and their connection to language are made explicit. It also clearly reflects John Scotus's teaching on the subject.
Directeur de thèse :
Julie BRUMBERG-CHAUMONT
Cotutelle :
Scuola Alti Studi Fondazione Collegio San Carlo (ITALIE)
Unité de recherche :
Laboratoire d'études sur les monothéismes
Membres du jury :
- Directeur de thèse : Julie BRUMBERG-CHAUMONT , Directeur de recherche (EPHE PSL/CNRS/LEM)
- Directeur de thèse : Giovanni CATAPANO , Full professor (Università degli Studi di Padova, FISPPA)
- Président : Luisa VALENTE , Full professor (Università La Sapienza di Roma, Dipartimento di Filosofia)
- Rapporteur : Irene CAIAZZO , Directeur de recherche (EPHE-PSL/CNRS/LEM)
- Examinateur : Cédric GIRAUD , Full professor (Université de Genève, Département des Langues et Littératures françaises et latines médiévales)
- Examinateur : Anne GRONDEUX , Directeur de recherche (CNRS/HTL)
Diplôme :
Doctorat Religions et systèmes de pensée
Spécialité de soutenance :
Philosophie, textes et savoirs