Avis de soutenance - doctorat - Geoffroy CLAIN
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Ecole doctorale 472
EPHE, site de la Sorbonne, place du Panthéon, Paris 75005
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Soutenue par
Geoffroy CLAIN
LA LOGISTIQUE DES ARMEES REPUBLICAINES DE LA DECLARATION DE GUERRE AUX TRAITES DE 1797, EVOLUTION DES SOUTIENS, REVOLUTION DE LA MANŒUVRE
Il s'est agi dans la présente étude de mesurer de quelle manière le soutien matériel des armées modifia la manœuvre militaire. Si la logistique a joué un rôle déterminant dans le cours des évènements militaires de la jeune République, elle a été largement prise en main par le pouvoir politique. Cependant, derrière une volonté d'apparat et des succès manifestes, il ne semble pas y avoir de linéarité absolue dans l'application des processus de soutien depuis l'échelon politique jusqu'aux troupes au contact.
La reprise des frontières entre 1793 et 1794, passage de la défensive à l'offensive des armées révolutionnaires, se caractérise comme la période la plus féconde en changements. Si important soit cet instant, la logistique s'inscrit dans un cadre plus grand (préparation amont, soutien direct et régénération après le combat) qui oblige à observer le soutien des armées sur une période allant de la fin des années 1780 (période de transformation de l'armée royale) jusqu'au traité de Campo-Formio en 1797 (qui clôt la séquence des guerres de la première coalition). La logistique apparait aussi comme un champ complémentaire aux approches sociétales ou économiques.
En 1792, sur le plan strictement militaire, l'armée s'appuie sur une organisation héritée de la guerre de Sept Ans et des réformes des années 1770-1780. Réformes que connaissent mal ou dans une moindre mesure les armées Coalisées. Rapidement la logistique doit suivre la manœuvre opérative et se concevoir avec de nouvelles structures. C'est un véritable défi pour un pouvoir qui se réforme lui-même. Une réaction « centralisée » est donc initiée. Sur le terrain, ces évolutions portent difficilement leurs fruits.
Pour autant, au prisme des résultats logistiques, apparait clairement le fait que les Coalisés ne peuvent percer les lignes de défenses françaises. Leur politique de sièges ne leur était d'aucune utilité car elle n'entamait pas la force logistique de la République. Les mécanismes de réquisition, effort de toute la nation, s'avèrent efficaces pour tenir. De plus, les réserves françaises en approvisionnements demeurent suffisantes.
Dans ce contexte, les levées de 1793 s'érigent comme la césure entre deux modes de fonctionnement. Celui hérité de l'armée royale, et celui d'une armée de masse, qui bientôt passera en mode offensif sur à peu près tous les fronts. Logistiquement, les chiffres en jeux deviennent inédits, ils obligent la mise en place de structures robustes pour assurer les soutiens militaires, en central un ministère puis des Commissions, en province et aux armées par le biais des représentants, émanation de cette politique, appuyés par un effort industriel conséquent et aux ramifications multiples. Soutien crucial des troupes, les capacités sanitaires caractérisent cet effort.
Plus tard, les difficultés rencontrées par les armées pour s'approvisionner, ainsi que le choix politique d'étendre le conflit, mène au déploiement d'une « guerre expéditionnaire », au-delà du Rhin et des Alpes. Les résultats sont toutefois minces. Les armées déployées en Allemagne montrent leurs limites. Le poids de leur logistique étant un trop lourd à porter à l'extérieur. La victoire en Italie, même si elle inaugure des manœuvres sur les lignes arrières et un emploi efficient de la logistique, est surtout permise par l'apport de numéraire.
Ainsi, la réorganisation administrative de l'après-Thermidor et du Directoire se montre novatrice mais aux gains limités. Les armées sont dépendantes de la nouvelle Commission des approvisionnements. Le manque de fonds empêche les fournisseurs de tenir leurs engagements, l'approvisionnement des places fortes est très médiocre, forçant les armées à vivre au jour le jour.
En somme, à tous les niveaux de conception militaire des dispositifs nouveaux se sont agrégés aux plus anciens, ouvrant la voie à des armées qui déploieront des effectifs encore plus conséquents sous le Consulat et l'Empire.
Supplies in the french republicans armies (1792-1797), logistics evolutions, manouver revolution
The purpose of this study was to assess how the material support of armies altered military maneuver. Although logistics played a decisive role in the course of military events during the early Republic, it was largely taken over by the political authorities. However, behind a desire for display and clear successes, there does not appear to have been any absolute linearity in the implementation of support processes from the political level down to the troops in contact with the enemy.
The recovery of the frontiers between 1793 and 1794, marking the shift of the revolutionary armies from the defensive to the offensive, stands out as the most fertile period in terms of change. Important though this moment was, logistics must be understood within a broader framework (upstream preparation, direct support, and post-combat regeneration), which requires the support of armies to be examined over a period extending from the late 1780s (the period of transformation of the royal army) to the Treaty of Campo Formio in 1797 (which brought the sequence of the Wars of the First Coalition to a close). Logistics also appears as a field complementary to societal or economic approaches.
In 1792, from a strictly military point of view, the army relied on an organization inherited from the Seven Years' War and from the reforms of the 1770s and 1780s. These reforms were poorly understood, or understood to a lesser extent, by the Coalition armies. Logistics quickly had to keep pace with operational maneuver and be rethought through new structures. This was a real challenge for a government that was itself in the process of reforming. A “centralized” response was therefore initiated. In the field, however, these developments bore fruit only with difficulty.
Even so, when viewed through the prism of logistical results, it clearly appears that the Coalition forces were unable to break through the French defensive lines. Their siege policy was of no use to them, since it did not undermine the logistical strength of the Republic. The requisition mechanisms, reflecting the effort of the entire nation, proved effective in holding firm. Moreover, French reserves of supplies remained sufficient.
In this context, the levies of 1793 stand as the dividing line between two modes of operation: that inherited from the royal army, and that of a mass army, which would soon shift to an offensive posture on almost all fronts. In logistical terms, the figures involved became unprecedented, requiring the establishment of robust structures to ensure military support: centrally, a ministry and then Commissions; in the provinces and with the armies, through representatives who were an outgrowth of this policy, backed by a considerable industrial effort with many ramifications. A crucial element in troop support, medical capabilities were a defining feature of this effort.
Later, the difficulties encountered by the armies in obtaining supplies, together with the political choice to expand the conflict, led to the deployment of an “expeditionary war” beyond the Rhine and the Alps. The results, however, were limited. The armies deployed in Germany revealed their shortcomings, the weight of their logistics being too heavy a burden to sustain abroad. Victory in Italy, even though it inaugurated maneuvers on rear lines and an efficient use of logistics, was above all made possible by the influx of cash.
Thus, the administrative reorganization of the post-Thermidor period and the Directory proved innovative, but with limited gains. The armies were dependent on the new Commission for Supplies. The lack of funds prevented suppliers from fulfilling their commitments, the provisioning of strongholds was very poor, and the armies were forced to live from day to day.
In sum, at every level of military planning, new arrangements were grafted onto older ones, paving the way for armies that would deploy even larger numbers under the Consulate and the Empire.
Directeur de thèse :
Martin MOTTE
Unité de recherche :
Histoire de l'art, des représentations et de l'administration en Europe
Membres du jury :
- Directeur de thèse : Martin MOTTE
- Rapporteur : Bernard GAINOT , Maître de conférences (IHMC)
- Rapporteur : Paul CHOPELIN , Maître de conférences (Lyon III)
- Examinateur : Jean-François BRUN , Professeur (Université de Saint-Etienne)
- Examinateur : Emilie D'ORGEIX
- Président : Jacques-Olivier BOUDON , Professeur des universités (Paris I)
Diplôme :
Doctorat Histoire, textes, documents
Spécialité de soutenance :
Histoire militaire, défense et sécurité