Avis de soutenance - doctorat - Gabrielle THIRY

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Ecole doctorale 472
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Soutenue par Gabrielle THIRY

Le corail, le scientifique et la planète: Étude de la science des récifs coralliens à l'heure des crises environnementales

Les récifs coralliens et leur blanchissement sont aujourd'hui un emblème des alarmes environnementales, au croisement entre les enjeux du changement climatique, de la biodiversité et de l'océan, avec leur quasi-disparition annoncée avant la fin du siècle si le réchauffement global dépasse 2°C par rapport à la période préindustrielle. En 2016-2017, les épisodes de blanchissement massif sur la Grande Barrière de Corail australienne ont un retentissement international, et sont interprétés comme annonciateurs de l'effondrement global de ces écosystèmes. Comment et pourquoi les récifs coralliens en sont-ils venus à occuper une place aussi centrale dans l'appréhension des enjeux environnementaux contemporains ? Quel rôle ont joué les scientifiques et comment se positionnent-ils dans ces crises? D'ailleurs, le diagnostic de disparition est-il aussi consensuel? Pour le comprendre, nous avons entrepris une vaste enquête sur la communauté scientifique des récifs coralliens. Cette thèse prend le parti d'une approche plurielle de son objet d'étude, en l'analysant à travers l'espace, le temps, et différentes perspectives de sciences sociales. Dans une première partie, on fait la socio-histoire de cette science, qui plonge ses racines plusieurs siècles en arrière en épousant les enjeux de son temps, d'ordre scientifiques (de la taxonomie et la géologie jusqu'à l'écologie et la génétique ou l'ingénierie) autant que politiques (du colonialisme à la guerre froide jusqu'aux alertes environnementales globales). Les ancrages français et australien de cette science font l'objet d'une analyse spécifique, faisant apparaître des enjeux politiques très différents (notamment d'ordre territorial pour la France et énergétique pour l'Australie). Dans une deuxième partie, une enquête socio-anthropologique sur la communauté scientifique récifale, menée d'une part en station insulaire en Polynésie française et d'autre part au cœur du principal centre de recherche australien au bord de la Grande Barrière de Corail, nous permet d'étudier les spécificités de cette science, liées aux contraintes et opportunités de son objet, de sa géographie et de ses modes d'approches, qui impriment leurs marques sur les dynamiques sociales et les façons de travailler de la communauté. La troisième partie de cette thèse traite des positionnements des scientifiques quant aux profondes perturbations d'origine anthropique subies par les récifs coralliens ces dernières décennies, marqués par des discours de disparition et des travaux sur les transformations de ces écosystèmes, et par différentes visions des actions à engager et plus largement de l'attitude à adopter par rapport à ces crises. On propose finalement une typologie permettant de synthétiser ces positions et d'analyser leurs caractéristiques et dynamiques, articulant considérations scientifiques, sociales et politiques.

The coral, the scientist, and the planet: A study of coral reef science in an era of environmental crises

Coral reefs and their bleaching are a symbol of environmental alarm, at the crossroads between climate change, biodiversity, and ocean issues. Their near-disappearance is predicted before the end of the century if global warming exceeds 2°C compared to pre-industrial levels. In 2016-2017, massive bleaching events on Australia's Great Barrier Reef had international repercussions and were interpreted as harbingers of the global collapse of these ecosystems. How and why have coral reefs come to occupy such a central place in our understanding of contemporary environmental issues? What role have scientists played and how do they position themselves in these crises? Moreover, is the diagnosis of extinction really so unanimous? We undertook an extensive study of the scientific community working on coral reefs. This thesis takes a multifaceted approach to its subject, analyzing it through space, time, and different social science perspectives. The first part presents a socio-history of this science, which has its roots several centuries ago and has embraced the challenges of its time, both scientific (from taxonomy and geology to ecology, genetics, and engineering) and political (from colonialism to the cold war to environmental warnings). The French and Australian integration of this science are the subject of a specific analysis, revealing very different political issues (in particular territorial issues for France and energy issues for Australia). In the second part, a socio-anthropological study of the reef science community, conducted on a field station in French Polynesia and at the main Australian research center by the Great Barrier Reef, allows us to examine the specificities of this science, linked to the constraints and opportunities of its object, its geography, and its approaches, marking the social dynamics and ways of working of the community. The third part of this thesis deals with the positions taken by scientists on the profound anthropogenic disturbances experienced by coral reefs in recent decades, marked by discourses on their disappearance and works on their transformations, as well as by different visions of the actions to be taken and, more broadly, the attitude to be adopted in relation to these crises. Finally, we propose a typology that synthesizes these positions and analyzes their characteristics and dynamics, articulating scientific, social, and political considerations.
Directeur de thèse :
Philippe PORTIER
Unité de recherche :
Groupe sociétés, religions, laïcités
Membres du jury :
  • Directeur de thèse : Philippe PORTIER , Directeur de recherche émérite (EPHE)
  • CoDirecteur de thèse : David LECCHINI
  • Président : Regis FERRIERE , Professeur (Ecole Normale Supérieure)
  • Examinateur : Luc ROUBAN , Directeur de recherche honoraire (Sciences Po, Cevipof)
  • Examinateur : Christophe BONNEUIL , Directeur de recherche (EHESS)
  • Rapporteur : Céline GRANJOU , Directeur de recherche (Inrae, Lessem)
  • Rapporteur : David DUMOULIN , Professeur des universités (Université Sorbonne Nouvelle, IHEAL/CREDA)
Diplôme :
Doctorat Religions et systèmes de pensée
Spécialité de soutenance :
Sociologie