Avis de soutenance - doctorat - Emma PAUL

Informations pratiques
Ecole doctorale 472
Laboratoire de Biologie Marine,
Bâtiment U, Porte C, 5ème étage
CP160/15,
50, avenue FD Roosevelt
B-1050 Brussels
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Soutenue par Emma PAUL

Influence de la perte d'habitat sur les réseaux trophiques des écosystèmes coralliens

Depuis la “Grande Accélération” en 1950, point de départ de l'Anthropocène, l'influence des activités humaines sur l'ensemble des biomes a été sans précédent. L'augmentation de gaz à effet de serre dans l'atmosphère agit de manière concomitante avec le réchauffement climatique à l'échelle globale pour déstabiliser tous les composants de notre planète (atmosphère, océans, zones côtières, terres). Ces composants sont cependant en constante interaction via de complexes processus, rétroactions et seuils limites. Ces changements entraînent entre autres une modification de la circulation atmosphérique et thermohaline, des événements climatiques plus fréquents et intenses, des sécheresses et des inondations, la fonte des glaces, l'élévation du niveau de la mer et l'acidification des océans. En ajoutant les activités humaines destructives menées sur l'ensemble des biomes à des fins diverses, la principale conséquence pour les écosystèmes est la perte d'habitat. Dans ce contexte, de nombreuses études ont cherché à évaluer l'influence de ces changements sur la biodiversité de notre planète, démontrant les conséquences désastreuses des activités humaines et l'actuelle 6ème extinction de masse. Cependant, ces études se sont concentrées sur la diversité des espèces et ont négligé un autre élément clé de la biodiversité : les interactions écologiques. Ces interactions entre espèces sont tout autant menacées que la biodiversité spécifique. Elles sont pourtant cruciales puisqu'elles régulent le fonctionnement des écosystèmes et déterminent leur stabilité, en équilibrant et en atténuant les perturbations. Les réseaux d'interactions écologiques ont donc émergé comme un puissant outil pour étudier les écosystèmes, permettant de mieux comprendre leurs processus et leur structure globale. Les récifs coralliens, qui comptent parmi les écosystèmes les plus complexes et les plus diversifiés de la planète, sont également parmi les plus sensibles et les plus menacés par les changements climatiques. L'augmentation de la température de la surface de la mer ainsi que la hausse des concentrations de CO2 favorisent les évènements massifs de blanchissement des colonies ainsi que leur bioérosion, entraînant à terme une diminution de la complexité structurelle des récifs. En retour, cette perte d'habitat modifie les réseaux trophiques des récifs coralliens et compromet le fonctionnement de ces écosystèmes. Tandis que certaines études ont cherché à reconstituer les réseaux trophiques des récifs coralliens à partir d'observations empiriques ou de modèles théoriques, nous nous appuyons ici sur les travaux de Parravicini et al. (2020) pour inférer les interactions trophiques en combinant la précision des données empiriques visuelles sur le contenu stomacal avec la puissance prédictive des algorithmes de machine learning. Ce doctorat vise donc à évaluer l'influence de la perte d'habitat sur les écosystèmes des récifs coralliens à différentes échelles, en assemblant les réseaux trophiques des récifs coralliens en suivant cette nouvelle approche. Tout d'abord, nous nous intéressons la distribution spatiale des réseaux trophiques à travers différentes zones biogéographiques grâce à plusieurs variables topologiques ainsi que des flux d'énergie, puis nous évaluons l'influence de facteurs de stress induits par les activités humaines sur la structure et le fonctionnement du réseau trophique des récifs. Nous évaluons ensuite les variations temporelles de la topologie du réseau trophique des récifs coralliens sur une série temporelle de 19 ans à Moorea, en Polynésie française, en incluant les principales perturbations qui y ont favorisé la perte d'habitat. Enfin, nous nous concentrons sur un élément clé des réseaux trophiques des récifs coralliens, les invertébrés benthiques mobiles, et observons les changements communautaires dans diverses conditions d'habitat sur trois îles polynésiennes (Moorea, Tahiti et Tetiaroa).

Influence of habitat loss on coral reef trophic networks

Since the “Great Acceleration” in 1950, starting point of the Anthropocene Epoch, the influence of human activities over all biomes have been unprecedented. The sharp increase of greenhouse gas released in the atmosphere acts jointly with the concomitant rise of temperature at the global scale to destabilise every components of the Earth system (atmosphere, oceans, coastlines, lands). These components are however in constant interaction through complex processes, feedback and thresholds and, as a result, these changes lead to altered atmospheric and thermohaline circulation, more frequent and intense climatic events, droughts and floods, ice melting, sea level rising and ocean acidification, among others. Along with the destructive activities performed by human societies on all biomes for various land-use purposes, the main consequence for ecosystems is habitat loss at the global scale. In this context, a tremendous scientific effort has aimed to evaluate the influ- ence of such changes on Earth biodiversity, eventually demonstrating the disastrous consequences of human activities and evidencing the ongoing 6th mass extinction. However, studies have focused mainly on species diversity, and neglected another key component of biodiversity: ecological interactions. These interactions among species, through predation, parasitism or symbiosis for instance, are as much threatened as species biodiversity. They are however crucial as they determine ecosystem stability, by balancing and dampening perturbations, and drive ecosystem functioning. The study of network of ecological interactions has thus emerged as a key tool to study ecosystems, providing a better understanding of their processes and their overarching structure promoting stability. Tropical coral reefs, being among the most complex, hyperdiverse ecosystems on Earth, are also among the most sensitive and threatened by global changes. Rising sea surface temperatures and increased CO concentrations promote mass bleaching events and the bioerosion of coral reef colonies, ultimately leading to a substantial decrease of reef structural complexity. In turn, this loss of habitat profoundly alter coral reef trophic networks and jeopardise the functioning of these ecosystems. While some studies have aimed to reconstruct coral reef trophic network from empiric observations or from theoretical models, we capitalise here on the work of Par- 2 ravicini et al. (2020) to infer trophic interactions by combining the accuracy of empiric visual gut content data and the predictive power of machine learning algorithms. This PhD thesis therefore aims to evaluate the influence of habitat loss on coral reef ecosystems over different scales, by assembling coral reef trophic networks following this new approach. First, we evaluate the spatial distribution of key topology metrics and energy fluxes across a global biogeographical range and assess the influence of various human- induced stressors on coral reef trophic network structure and functioning. Then, we assess the temporal variations of coral reef trophic network topology over a 19-years time series in the island of Mo'orea, French Polynesia, including large perturbations promoting habitat loss, such as a tropical cyclone and bleaching events. Eventually, we focus on a key component of coral reefs trophic networks, benthic, mobile inverte- brates, and observe the community changes in various habitat conditions among three Polynesian islands (Mo'orea, Tahiti and Tetiaroa).
Directeur de thèse :
Valeriano PARRAVICINI
Cotutelle :
Université libre de Bruxelles (BELGIQUE)
Unité de recherche :
Centre de recherches insulaires et observatoire de l'environnement
Membres du jury :
  • Directeur de thèse : Valeriano PARRAVICINI
  • CoDirecteur de thèse : Bruno DANIS , Professeur (Université Libre de Bruxelles)
  • Examinateur : Nathalie GYPENS , Professeur (Université Libre de Bruxelles)
  • Examinateur : Philippe DUBOIS , Professeur des universités (Université Libre de Bruxelles)
  • Examinateur : Stéphanie MANEL , Directeur d'études (CEFE, EPHE-PSL)
  • Rapporteur : Elisa THEBAULT , Chargé de recherche (CNRS, Sorbonne Université)
  • Rapporteur : Sébastien VILLEGER , Directeur de recherche (CNRS, MARBEC, Université de Montpellier)
Diplôme :
Doctorat Systèmes intégrés, environnement et biodiversité
Spécialité de soutenance :
Océanologie biologique et environnement marin