Maxime DELPIERRE

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
mardi 07 juin 2022 - 14:00
La formation de l'avicennisme iranien et l'oeuvre de Nasîr al-dîn al-Tûsî : Etude du Commentaire de al-Ishârât wa l-tanbîhât

Maxime DELPIERRE soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Christian JAMBET

  • EPHE - Maison des Sciences de l'homme au 54, boulevard Raspail, 75006 Paris - salle 15
  • Jury : M. Christian JAMBET, Mme Meryem SEBTI, Mme Olga LIZZINI, M. Muhammad-Ali AMIR-MOEZZI, M. Mathieu TERRIER

Résumé

Le Ḥall mushkilāt al-Ishārāt de Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī peut être considéré comme une œuvre fondamentale sous au moins trois rapports. D’abord, comme commentaire d’une œuvre singulière d’Ibn Sīnā, le Kitāb al-Ishārāt wa l-tanbīhāt, œuvre ésotérique qui est le produit d’une nouvelle orientation de la pensée de son auteur, au point qu’on a pu parler d’une philosophie « gnostique », voire « mystique », et qui marque un tournant pour la philosophie en islam en configurant une nouvelle « image de la pensée » comme ʿirfān. Ensuite, comme œuvre elle-même singulière au sein de la tradition interprétative de l’œuvre d’Avicenne, qui s’est constituée par la pratique du commentaire des Ishārāt, pour former une nouvelle figure de l’avicennisme qu’on a pu appeler « avicennisme iranien » en raison de son assimilation par certains courants philosophiques, théologiques et mystiques : les shīʿismes ismaélien et duodécimain, la philosophie « illuminative » et le soufisme akbarien. L’apport du commentaire de Ṭūsī à cette tradition peut être apprécié à la lumière de son double rapport à l’œuvre avicennienne d’une part et au grand commentaire de Fakhr al-dīn al-Rāzī d’autre part. En effet, l’héritage d’Avicenne est disputé et, à cet égard, la controverse avec Rāzī, auteur d’une synthèse théologico-philosophique originale que l’on peut considérer comme un « ashʿarisme avicennisant », est décisive. Le commentaire de Ṭūsī paraît fondamental enfin par sa place singulière au sein du corpus de ce philosophe shī‘ite qui a non seulement toujours défendu Avicenne contre ses adversaires, comme en témoigne son autre ouvrage polémique, Maṣāriʿ al-muṣāriʿ, mais conçu le projet d’une théologie rationnelle shīʿite sur des bases philosophiques, trouvant sa dernière expression dans le premier grand traité canonique de théologie dogmatique duodécimaine, Tajrīd al-iʿtiqād. Ce traité, par une fortune pareille à celle des Ishārāt, est destiné à devenir la vulgate de ce courant religieux. Derrière ses allégeances politiques et religieuses apparemment erratiques, notre auteur cherche à fonder un système organique dans lequel philosophie et religion sont dans une étroite dépendance réciproque, dans lequel avicennisme et shīʿisme se rencontrent pour se féconder l’un l’autre.

Abstract

Ḥall mushkilāt al-Ishārāt, by Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī, can be considered a fundamental work in at least three respects. First, as a commentary on a singular work of Ibn Sīnā, Kitāb al-Ishārāt wa l-tanbīhāt, an esoteric work which is the result of a new orientation of his thought, to the point that it could be called a "gnostic" or even a "mystical" philosophy, which marks a turning point for philosophy in the Islamic world by configuring a new "image of thought" as ʿirfān. Second, as a work that is itself singular within the interpretive tradition of Avicenna's work, which was constituted through the practice of commentary on the Ishārāt, to form a new figure of Avicennism that could be called "Iranian Avicennism" because of its assimilation by certain philosophical, theological, and mystical currents: Ismaili and Twelver shīʿism, "Illuminative" philosophy, and Akbarian sufism. The contribution of Ṭūsī’s commentary to this tradition can be appreciated in light of its double relationship to the Avicennian work on the one hand and to the great commentary of Fakhr al-dīn al-Rāzī on the other. Indeed, Avicenna’s legacy has been disputed and, in this respect, the controversy with Rāzī, the author of an original theologico-philosophical synthesis that can be considered an "Avicenizing Ashʿarism," is decisive. Ṭūsī’s commentary seems finally fundamental because of its singular place within the corpus of this Shīʿi philosopher who not only always defended Avicenna against his opponents, as his other polemical work, Maṣāriʿ al-muṣāriʿ, proves it, but conceived the project of a Shīʿi rational theology based on philosophical grounds, which finds its final expression in the first great canonical treatise of Twelver Shīʿi dogmatic theology, Tajrīd al-iʿtiqād. This treatise, through a fortune similar to that of the Ishārāt, shall become the vulgate of this religious current. Behind his seemingly erratic political and religious allegiances, our author attempts to build an organic system in which philosophy and religion stand in close mutual dependence, and in which Avicennism and Shīʿism meet to fertilize each other.