Avis de soutenance - doctorat - Pauline RAYMOND
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Ecole doctorale 472
Collège de France
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Pauline RAYMOND
Développer l'intégration de la paléoprotéomique (ZooMS) et de la zooarchéologie pour étudier les pratiques cannibales des Néandertaliens
Les Néandertaliens, qui ont occupé l'Europe avant l'arrivée d'Homo sapiens, sont connus par leur aspect morphologique et génétique. Leurs comportements sont compris à travers des témoignages indirects, tels que les restes des animaux qu'ils ont chassés et consommés. L'archéozoologie permet d'identifier taxonomiquement ces restes à partir de traits morphologiques. Elle est complémentaire de la taphonomie, l'étude des traces laissées sur la surface osseuse, notamment par les outils lors du traitement des carcasses par les hommes. La forte fragmentation des vestiges paléolithiques limite l'identification fondée sur les critères morphologiques. La méthode biomoléculaire ZooMS (Zooarchéologie par Spectrométrie de Masse), récemment développée, permet de déterminer leur attribution taxonomique à partir des variations biochimiques de la protéine de collagène. Tandis que la préservation du collagène est challengeante dans les contextes archéologiques anciens, cette thèse propose une nouvelle application de ZooMS pour l'étude de restes altérés, notamment brûlés. Ce travail démontre le potentiel innovant de la spectrométrie de masse MALDI-FTICR pour analyser des vestiges dégradés au niveau moléculaire. Cette thèse vise également à développer l'intégration de ZooMS aux données archéozoologiques et taphonomiques. Je m'intéresse plus particulièrement à l'étude des comportements de subsistance des Néandertaliens et notamment le cannibalisme. Mon travail porte sur deux sites majeurs, l'Abri Moula et Les Pradelles, analysés par une approche multidisciplinaire combinant la paléoprotéomique, l'archéozoologie et la taphonomie. Leurs occupations, distinctes sur le plan chronologique et environnemental — vers 100 ka dans un climat tempéré pour l'Abri Moula et vers 55 ka dans un contexte froid pour Les Pradelles — se caractérisent aussi par des spectres fauniques différents. Ces deux sites partagent néanmoins la particularité d'avoir livré des restes néandertaliens indiquant des pratiques cannibales. L'approche multidisciplinaire a permis d'intégrer des vestiges très fragmentés à l'analyse, offrant ainsi une vision plus complète de l'exploitation des ressources animales et humaines par les Néandertaliens. Elle met en évidence des dynamiques d'occupation différenciées, l'abondance des traces de boucherie sur la faune — notamment sur les carnivores à l'Abri Moula — témoignant de la diversité des stratégies de subsistance. L'apport de ZooMS permet ainsi de réévaluer la représentation taxonomique, les traitements différentiels des taxons et de leurs parties squelettiques, notamment aux Pradelles, où les os spongieux semblent l'objet d'un traitement distinct entre le renne et les bovidés et équidés. Appliquée plus spécifiquement à l'étude du cannibalisme néandertalien, l'approche ZooMS a permis d'identifier 53 nouveaux restes, non déterminables morphologiquement, sur les deux sites, dont plusieurs portent des traces de boucherie à l'Abri Moula. En combinant deux études de cas, cette thèse met en évidence à la fois des schémas communs et des expressions propres du cannibalisme néandertalien. Les données ZooMS apportent de nouvelles perspectives sur la chronologie des événements cannibales sur les deux sites et élargit le potentiel de l'analyse taphonomique à des assemblages très fragmentés. Ce travail révèle notamment une sélection des éléments squelettiques néandertaliens, avec une surreprésentation du crâne importante à l'Abri Moula et un traitement intensif des épiphyses d'os longs aux Pradelles. Combiner les données ZooMS et archéozoologiques permet aussi d'attester de la consommation d'individus très jeunes à l'Abri Moula. Le cadre méthodologique développé dans cette thèse établit ZooMS comme un outil central pour la reconstitution des pratiques de subsistance et de cannibalisme des Néandertaliens, et peut désormais être appliqué plus largement à un éventail de questions sur les interactions passées entre entre humains et animaux.
Advancing the integration of palaeoproteomics (ZooMS) and zooarchaeology to study Neandertal cannibalistic practices
Neandertals, who inhabited Europe before the arrival of Homo sapiens, are known through their morphological and genetic aspects. Their behaviour is understood through indirect evidence, such as the animal remains they hunted and consumed. Zooarchaeology allows for the taxonomic identification of these remains based on morphological traits. It complements taphonomy, the study of traces left on bone surfaces, particularly by tools during the processing of carcasses by humans. The high fragmentation of Palaeolithic remains limits identification based on morphological criteria. The recently developed biomolecular method ZooMS (Zooarchaeology by Mass Spectrometry) allows for the taxonomic identification based on biochemical variations in collagen protein. While the preservation of collagen is challenging in ancient archaeological contexts, this thesis proposes a new application of ZooMS for the study of altered remains, particularly burnt bones. This dissertation demonstrates the innovative potential of MALDI-FTICR mass spectrometry for analyzing degraded remains. This thesis also aims to develop the integration of ZooMS with zooarchaeological and taphonomic data. I am particularly interested in the study of Neandertal subsistence behaviours, especially cannibalism. My work focuses on two major sites, Abri Moula and Les Pradelles, analysed using a multidisciplinary approach combining paleoproteomics, zooarchaeology, and taphonomy. The sites occupations, distinct chronologically and environmentally—around 100 ka in a temperate climate for Abri Moula and around 55 ka in a cold context for Les Pradelles—are also characterised by different faunal spectra. These two sites nevertheless have both yielded Neandertal remains indicating cannibalistic practices. The multidisciplinary approach allowed for the integration of highly fragmented remains into the analysis, thus offering a more comprehensive view of Neandertal exploitation of animal and human resources. It highlights differentiated occupation patterns at both sites, the abundance of butchery marks on fauna—particularly on carnivores at Abri Moula—attesting to the diversity of subsistence strategies. The contribution of ZooMS also allows for a reassessment of taxonomic representation and the differential treatment of taxa and their skeletal parts, notably at Les Pradelles, where spongy bones appear to have been treated differently between reindeer, bovids and equids. Applied more specifically to the study of Neandertal cannibalism, the ZooMS approach enabled the identification of 53 new remains, morphologically indeterminate, at the two sites, several of which display butchery marks at Abri Moula. By combining two case studies, this thesis highlights both common patterns and unique expressions of Neandertal cannibalism. ZooMS data provide new insights into the chronology of cannibalistic events and expand the potential of taphonomic analysis to include highly fragmented assemblages. This work notably reveals a selection of Neandertal skeletal elements, with a significant overrepresentation of cranium fragments at Abri Moula and intensive processing of long bone epiphyses at Les Pradelles. Combining ZooMS and zooarchaeological data also confirms the consumption of very young individuals at Abri Moula. The methodological framework developed in this thesis establishes ZooMS as a central tool for reconstructing Neandertal subsistence and cannibalism practices and can now be applied more broadly to a range of questions concerning past human-animal interactions.
Directeur de thèse :
Jean-Jacques HUBLIN
Unité de recherche :
Anthropologie et histoire des mondes antiques (ANHIMA) - UMR 8210
Membres du jury :
- Directeur de thèse : Jean-Jacques HUBLIN , Professeur (EPHE PARIS)
- Rapporteur : Matthew COLLINS , Professeur (University of Copenhaguen)
- Rapporteur : Britt STARKOVICH , Directeur de recherche (Université de Tubingen)
- Co-encadrant de thèse : Karen RUEBENS , Directeur de recherche (Université de Reading)
- Co-encadrant de thèse : Geoff M. SMITH , Ingénieur de recherche (Université de Reading)
- Examinateur : Camille DAUJEARD , Chargé de recherche (Muséum National d'Histoire Naturelle (Paris))
- Examinateur : Samantha BROWN , Ingénieur de recherche (CENIEH)
- Examinateur : Palmira SALADIé , Associate professor (IPHES-CERCA)
Diplôme :
Doctorat Histoire, textes, documents
Spécialité de soutenance :
Quaternaire : géologie, paléontologie humaine, préhistoire