Avis de soutenance - doctorat - Manon GIBOT
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Ecole doctorale 472
EPHE - Maison des Sciences de l'Homme
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Soutenue par
Manon GIBOT
Un cœur en guerre : un espace agonal dans le stoïcisme impérial et sa réception chrétienne.
La présente étude retrace l'élaboration d'une forme d'intériorité peu étudiée, mais récurrente dans les corpus philosophiques et théologiques de l'Antiquité grecque et latine : celle du cœur humain. Celui-ci n'est pas abordé comme un concept isolé, mais à travers le réseau de relations qu'il entretient avec la guerre. Cet angle d'approche met au jour les mécanismes qui structurent l'intériorité antique : ni substance ni sujet, le cœur apparaît comme un lieu de tensions et de conflits. L'enquête se concentre sur un moment décisif de la formation de ce « cœur en guerre », celui de sa cristallisation philosophico-théologique, depuis le stoïcisme impérial – à travers Épictète, Marc Aurèle et Sénèque – jusqu'à sa réélaboration par les premiers auteurs chrétiens, en particulier Origène et Augustin. Ce parcours historique montre que le cœur, souvent perçu comme une notion strictement théologique issue des Écritures, s'inscrit dans un héritage philosophique et culturel commun, que les auteurs chrétiens réinterprètent à l'aune des mêmes autorités bibliques. Le lien entre le cœur et la guerre constitue dès lors un objet épistémologique fécond pour interroger les frontières entre philosophie et religion, les relations entre l'âme et le corps, ainsi que leur historicité. Loin d'être désincarnée, l'intériorité antique se révèle dans sa dimension organique et sa complexité. Cette recherche poursuit trois objectifs. Elle entend d'abord restituer au cœur une place centrale dans l'histoire de la pensée, aux côtés de l'âme, de l'esprit ou du sujet, en l'appréhendant dans son ambivalence : à la fois un organe corporel et partie de l'âme, il constitue un point de jonction entre les deux. Elle montre ensuite que la guerre intérieure qui le traverse ne relève pas d'une simple métaphore, mais d'une structure essentielle de l'anthropologie antique. La guerre possède en effet un pouvoir performatif : elle mobilise le cœur pour sa défense, l'attaque de ses adversaires, le rapprochement de ses alliés et la restauration d'une paix. Elle exerce également une fonction révélatrice, en rappelant à l'être humain sa condition belliqueuse. Enfin, cette recherche examine les différences de vocabulaire entre grec et latin, afin de déterminer dans quelle mesure la langue influe, au sein d'une même tradition philosophique et religieuse, les descriptions de l'intériorité, pensée d'emblée comme porteuse de conflits.
Heart at war : a space of struggle in imperial Stoicism and its Christian reception.
This PhD dissertation examines the development of a form of interiority that has received relatively little scholarly attention despite its recurring presence in Greek and Latin philosophical and theological writings: the human heart. Rather than treating the heart as an isolated concept, it examines it through the network of relationships it maintains with war. This perspective brings to light the dynamics that shape ancient interiority: neither a substance nor a subject, the heart emerges as a site of tension and conflict. The study focuses on a decisive stage in the formation of this “heart at war”, namely its philosophical and theological crystallisation, from Imperial Stoicism – through Epictetus, Marcus Aurelius, and Seneca – to its reappropriation by early Christian authors, with particular attention to Origen and Augustine. This historical trajectory demonstrates that the heart, often regarded as a purely theological notion derived from Scripture, is in fact rooted in a shared philosophical and cultural heritage that Christian thinkers reinterpret through the same biblical authorities. The relationship between the heart and war provides a productive lens through which to examine the boundaries between philosophy and religion, the relations between soul and body, and the historical formation of interiority itself. Far from being disembodied, the full organic complexity of ancient interiority is revealed. This dissertation pursues three main objectives. First, it seeks to restore the heart to a central place in the history of thought alongside the soul, the mind, and the subject, by embracing its fundamental ambivalence: at once bodily organ and a part of the soul, it serves as a point of articulation between the two. Second, it argues that the inner war that traverses the heart is not merely metaphorical, but constitutes a fundamental structure of ancient anthropology. War possesses a performative force: it mobilises the heart to defend itself, confront its enemies, grow closer to its allies, and seek the restoration of inner peace. At the same time, it fulfils a revelatory function by reminding human beings of the fundamentally conflictual nature of their condition. Finally, the PhD dissertation examines the differences between Greek and Latin vocabularies in order to determine whether, within the same philosophical school and religious tradition, language shapes distinct representations of interiority, conceived from the outset as structured by conflict.
Directeur de thèse :
Olivier BOULNOIS
Unité de recherche :
Laboratoire d'études sur les monothéismes (LEM) - UMR 8584
Membres du jury :
- Directeur de thèse : Olivier BOULNOIS
- Rapporteur : Jean-Christophe COURTIL , Maître de conférences (Université Toulouse)
- Examinateur : Frédérique ILDEFONSE , Directeur de recherche (CNRS)
- CoDirecteur de thèse : Andrei TIMOTIN
- Rapporteur : Huian GEORGIANA , Professeur des universités (Université de Berne)
Diplôme :
Doctorat Religions et systèmes de pensée
Spécialité de soutenance :
Philosophie, textes et savoirs