Avis de soutenance - doctorat - Adoración GUZMÁN GARCíA
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Adoración GUZMÁN GARCíA
L'influence de l'identité et des normes sociales sur les comportements alimentaires des jeunes adultes
Les choix alimentaires des jeunes adultes sont influencés par de nombreux facteurs, comme le goût, la santé, la disponibilité, le prix ou le contexte social. Cette période de la vie est aussi marquée par l'importance des normes sociales, des questions d'identité et des attentes de genre. Dans de nombreux contextes occidentaux, la viande est associée à la masculinité, tandis que les légumes et les aliments plus légers sont associés à la féminité. Ces associations peuvent influencer les préférences alimentaires et avoir des implications pour la santé publique et la durabilité. Bien que leurs origines soient largement sociales et culturelles, de nombreux jeunes pensent que les hommes devraient effectivement manger plus de viande que les femmes, souvent en invoquant des raisons naturelles ou inhérentes. Cette thèse examine comment les normes alimentaires genrées acquièrent une force prescriptive, en étudiant l'interaction entre la formulation linguistique et les heuristiques cognitives. Elle s'intéresse à trois formes de langage — les énoncés génériques, quantifiés et comparatifs — ainsi qu'à l'heuristique d'inhérence, c'est-à-dire la tendance à expliquer les régularités observées par des caractéristiques inhérentes aux entités concernées, par exemple « les hommes n'aiment simplement pas les légumes », plutôt que par des facteurs externes ou contextuels, comme l'influence du marketing.
À travers plusieurs études empiriques, cette thèse développe et teste un nouveau paradigme. Les résultats montrent que les explications inhérentes jouent un rôle central dans l'approbation des stéréotypes alimentaires. Lorsque les participants expliquent les associations entre les hommes et la viande, ou entre les femmes et les légumes, par des caractéristiques internes du groupe de genre, ils sont plus susceptibles d'approuver l'association et de résister à l'idée que l'autre genre puisse consommer le même aliment. À l'inverse, les explications extrinsèques, liées par exemple au goût personnel, à la socialisation ou au contexte, sont associées à des jugements plus flexibles. Les études montrent aussi que la formulation linguistique influence l'interprétation des associations alimentaires genrées. Les énoncés génériques tendent à augmenter l'approbation des stéréotypes de genre par rapport aux énoncés quantifiés ou comparatifs, mais les différentes formes linguistiques orientent aussi l'attention vers différents types d'explications. Les génériques peuvent favoriser un raisonnement plus général sur les humains et la santé, tandis que les énoncés comparatifs rendent le contraste entre femmes et hommes plus saillant et suscitent des explications plus directement centrées sur les différences entre les genres.
Enfin, les études d'intervention examinent si le fait de cibler les explications inhérentes peut réduire l'approbation des normes alimentaires genrées. Dans des interventions en ligne et sur le terrain, les résultats suggèrent que de courts textes présentant des explications externes au fait que les hommes mangent plus de viande que les femmes, par exemple le rôle du statut social ou du marketing, peuvent réduire le recours au raisonnement inhérent et, dans certains contextes, affaiblir l'approbation de l'association viande--masculinité. Même si les effets sur les attitudes, la motivation et le comportement restent plus limités, ces résultats indiquent que remettre en question les explications inhérentes constitue une piste prometteuse pour promouvoir des identités alimentaires plus flexibles et informer les interventions de santé publique en faveur de régimes plus sains et plus durables. Dans l'ensemble, cette thèse montre que les normes alimentaires genrées sont maintenues non seulement par l'exposition répétée à des différences de consommation entre femmes et hommes, mais aussi par la manière dont ces différences sont formulées et expliquées.
The influence of identity and social norms on young adults' eating behaviors
Food choices among young adults are shaped by multiple factors, including taste, health, availability, price, and social context. Yet this period of life is also one in which social norms, identity concerns, and gender expectations are especially salient. In many Western contexts, meat is associated with masculinity, whereas vegetables and lighter foods are associated with femininity. These associations influence individuals' food preferences in ways that may have implications for health and sustainability. Even though the origins of these associations are largely social and cultural, many young people believe that men should indeed eat more meat than women, often by appealing to natural and inherent underlying reasons. This dissertation examines how gendered food norms acquire prescriptive force, focusing on the interaction between linguistic framing and cognitive heuristics. It considers three forms of language (i.e. generic statements, quantified statements, and comparative statements) and the inherence heuristic, a cognitive tendency to explain observed patterns by appealing to inherent features of the entities involved (e.g. "men just don't like vegetables") rather than to external or contextual factors (e.g. the influence of marketing).
Across empirical studies, this thesis develops and tests a novel paradigm and finds that inherent explanations play a central role in the endorsement of food stereotypes. When participants explain associations between men and meat, or between women and vegetables, by appealing to internal characteristics of the gender group, they are more likely to endorse the association and to resist the idea that the opposite gender should consume the same food. By contrast, extrinsic explanations, such as personal taste, socialization, or contextual factors, are associated with more flexible judgments. The studies also show that linguistic framing shapes how gendered food associations are interpreted. Generic statements tend to increase endorsement of gender stereotypes compared with quantified and comparative statements, but different linguistic forms also guide attention toward different kinds of explanations. Generic language appears to promote broader kind-based reasoning, sometimes leading participants to justify associations through health-based explanations about humans in general. Comparative statements, by contrast, make gender contrast more salient and may elicit explanations focused more directly on differences between men and women. Thus, linguistic framing shapes how these associations are explained and the extent to which they are endorsed.
Finally, the intervention studies examine whether targeting inherent explanations can reduce endorsement of gendered food norms. Across online and field interventions, the results suggest that reading brief essays providing external explanations for the regularity that men eat more meat than women (e.g. meat as a marker of social status or the influence of marketing) can reduce reliance on inherent reasoning and, in some contexts, weaken endorsement of the meat–masculinity association. Although effects on attitudes, motivation, and behavior are more limited, these findings indicate that challenging inherent explanations is a promising avenue for promoting more flexible food-related identities and for informing public health interventions aimed at healthier and more sustainable diets. Together, these findings suggest that gendered food norms are maintained not only by repeated exposure to gendered patterns of consumption, but also by the ways in which these patterns are linguistically framed and explained. By identifying the linguistic and cognitive processes that contribute to the endorsement of gendered food norms, this work advances our understanding of gendered food choices as a social and psychological phenomenon and offers new perspectives for interventions aimed at reducing gendered barriers to healthier and more sustainable dietary change.
Directeur de thèse :
Jérémie LAFRAIRE
Unité de recherche :
Cognitions humaine et artificielle
Membres du jury :
- Directeur de thèse : Jérémie LAFRAIRE , Chargé de recherche (EPHE-PSL)
- Rapporteur : Vera HOORENS , Professor (KU Leuven)
- Rapporteur : Stefan HERZOG , Directeur de recherche (Max Planck Institute for Human Development)
- Examinateur : Samia HESNI , Associate professor (Darmouth University)
Diplôme :
Doctorat Systèmes intégrés, environnement et biodiversité
Spécialité de soutenance :
Sciences cognitives