Chantier fouille François Fouriaux à Pompéi

François Fouriaux élabore une nouvelle méthode en archéologie

Rencontre avec François Fouriaux, archéologue topographe-géomaticien, docteur de l’EPHE - PSL lors de la campagne de fouilles estivale de la nécropole romaine de Porta Nocera à Pompéi.

François Fouriaux. Pompéi

Quel est votre parcours ?

Je suis archéologue topographe-géomaticien, ingénieur d’études rattaché au centre Jean Bérard (UAR 3133 CNRS-EFR) à Naples. J’ai soutenu ma thèse le 11 mars 2023 à l’École Pratique des Hautes Études, sous la direction de William Van Andringa. 

Après ma maîtrise d’archéologie en 2005, j’ai travaillé en archéologie préventive dans le service archéologique de la ville de Chartres puis au sein de la société Éveha. 

En 2013, en parallèle de mon emploi, j’ai fait une reprise d’études avec un master 2 à Paris I, puis en 2018 j’ai été engagé comme topographe à l’École française de Rome. 

C’est dans le cadre de ce travail pour l’École française de Rome que j’ai pu collaborer avec William Van Andringa. Au fil des discussions et du travail de recherche conduit ici à Pompéi, je lui ai fait part de mon envie de préparer un doctorat et il a accepté d’être mon directeur de thèse.

 

Quel est le sujet de votre thèse soutenue à l’EPHE - PSL ?

Ma thèse s’intitule « L’espace d’un instant ». Je propose une méthode nouvelle d’analyse microstratigraphique par géostatistique et analyse tridimensionnelle des objets qu’on peut retrouver dans une couche archéologique. Elle porte sur deux cas d’études pompéiens : un espace funéraire de la nécropole du Fondo Pacifico et une tombe située en face de cet espace. La découverte d'une couche d'occupation dans la nécropole de Porta Nocera à Pompéi, remarquable par son état de conservation et son calage chronologique, nous a conduits à mettre en place un protocole de fouille et d'enregistrement tridimensionnel exhaustif de très haute précision. 

L’objectif était de comprendre comment une couche archéologique se constitue, comment un niveau de sol se forme, et de pouvoir détailler les différents gestes qui sont accomplis sur ces niveaux de sol. Cette méthode permet d'observer la chronologie des gestes commémoratifs avec une très haute résolution spatio-temporelle, et ainsi de comprendre les rythmes de fréquentation de l'espace funéraire.

 

Quelle est la particularité de Pompéi par rapport aux autres chantiers que vous avez pu mener ?

La particularité du programme de recherche Porta Nocera à Pompéi, c’est la finesse avec laquelle nous fouillons. Grâce à cette fouille de très haute résolution, nous arrivons à détecter et identifier, percevoir des moments qui sont infimes, et qui, la plupart du temps, sont totalement soit inaperçus, soit pas du tout étudiés. Parce que la plupart du temps l’étude est centrée sur la grande structure, le monument, et finalement laisse de côté la vie de l’espace qui est marquée par ces dépôts de milliers de fragments de céramique, de verre etc. Donc oui, c’est une vraie particularité, un choix de recherche qui est très rarement fait et, ici, on a les moyens de le faire. Pas seulement parce que c’est Pompéi mais parce qu’il y a toute une équipe de recherche menée par William Van Andringa et Henri Duday, et c’est une chance incroyable.

 

Une nouvelle méthode de terrain pour une nouvelle archéologie ?

À mes yeux, c’est vraiment une nouvelle archéologie. Les recherches de William Van Andringa ont poussé vers une nouvelle archéologie, un nouveau paradigme qui n’est pas de s’inscrire dans les grandes périodes historiques et de chercher à confirmer les textes, mais vraiment à observer ce qu’il y a dans le terrain et d’arriver à comprendre la vie de ces espaces, la vie réelle, pas la vie qui correspond à un texte d’Ovide qui décrirait déjà tout ce qu’il y aurait à voir. Donc pour moi, c’est vraiment une nouvelle manière de faire de l’archéologie. 

Techniquement, ce n’est pas un changement radical. En revanche, ce qui est extrêmement nouveau, c’est le changement d’échelle : il s’agit de travailler à l’échelle de l’instant vécu, de geste accompli. Puis en mettant ces instants en série nous pouvons comprendre comment cela peut faire système, quelles sont les originalités des gestes réalisés mais aussi quelles sont les répétitions entre les familles et à travers le temps.

 

C’est un changement d’échelle mais aussi un changement de paradigme dans la pratique archéologique ?

Dans la pratique archéologique, oui. Mais alors, c’est extrêmement difficile de pouvoir le déployer. Pour vous donner une idée, on a fouillé une seule couche archéologique sur un tout petit espace qui fait 24 m2 et 25 cm de profondeur. Et on a mis 4 ans pour faire ça. En réalité 4 mois, 4 campagnes de fouilles d’un mois réalisée chaque année. Mais ce temps très long de la recherche nous l’avons choisi parce qu’on voulait atteindre l’exhaustivité et la compréhension la plus détaillée possible d’une couche archéologique. Et je ne suis pas sûr que ce soit déployé ailleurs à ce niveau de résolution. Mais ça serait vraiment intéressant de pouvoir le faire ailleurs. Il faut des moyens pour faire ça, il faut du temps, il faut des compétences et il faut l’envie de ne pas faire du sensationnel, de ne pas découvrir un bel objet ou de découvrir un nouveau monument. 

Cette méthode nous apporte beaucoup d’informations sur Pompéi. Mais en réalité ça pourrait être fait ailleurs et nous apporter autant d’informations sur la pratique de l’espace dans d’autres contextes. Et il n’y a pas besoin d’avoir un site recouvert par une éruption volcanique pour ça.

 

Des projets ? Revenir l’année prochaine à Pompéi ?

Revenir à Pompéi, oui assurément. Poursuivre les études qu’on a lancées sur Pompéi, et terminer la fouille de l’espace 1J. Publier les résultats de cette recherche passionnante. Et sans aucun doute les comparer avec une série de données plus grande. Et puis déployer la même méthode dans d’autres contextes, d’artisanat par exemple, ou de sanctuaires.

Sur le plan professionnel, je concours au poste d'ingénieur de recherche du CNRS pour lequel je passerai une audition en octobre prochain.

 

 

Note de la rédaction : François Fouriaux a été lauréat du concours d'ingénieur de recherche.

 

© Direction de la Communication / C. David et É. Delage