Véronique DEUR

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
samedi 23 janvier 2021 - 09:00
La représentation du pouvoir en Serbie médiévale : territoire, architecture et image (fin du XIIe siècle - milieu du XIVe siècle)

Véronique DEUR soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de Mme Ioanna RAPTI

  • EPHE en Sorbonne - 17, rue de la Sorbonne, 75005 Paris. Salle : Gaston Paris
  • Jury : Mme Ioanna RAPTI, M. Philippe PLAGNIEUX, Mme Catherine JOLIVET-LEVY, Mme Smilja MARJANOVIĆ-DUŠANIĆ, M. Jannic DURAND, M. Paul MAGDALINO

Résumé

Entre 1196 et 1355, la dynastie royale des Némanides réussit à imposer la Serbie comme une puissance de premier plan dans les Balkans, tant par son expansion territoriale et sa prospérité économique que par son dynamisme architectural. L’empreinte visuelle de l’autorité serbe dans le paysage se trouve éminemment mise en valeur dans la région de Ras, ancien centre historique du pouvoir. En effet, conçues selon les principes de l’architecture romane en vigueur sur la côte adriatique et décorées de superbes fresques selon la tradition byzantine, ces fondations royales témoignent d’un extraordinaire bilinguisme artistique. Cette étude s’attache à réexaminer ce fait culturel singulier sous la triple approche du territoire, de l’architecture et de l’abondante imagerie dynastique qui habite les édifices afin de cerner le système de pensée qui le sous-tend. Elle vise ainsi à montrer que l’implantation géographique des monastères, le recours à un profil architectural déterminé et l’agencement des portraits des fondateurs dans l’espace préliminaire des édifices concourent à la représentation d’un pouvoir envisagé comme providentiel et sacré. Si cet idéal politique s’avère en phase avec les conceptions monarchiques qui s’expriment à la même époque dans les cours occidentales et levantines, avec des retentissements significatifs dans le monde byzantin, l’exemple serbe cultive néanmoins sa spécificité à travers l’affirmation d’une sainteté dynastique qui puise sa légitimité dans une région érigée en Nouvelle Terre promise.

Abstract

Between 1196 and 1355, the royal dynasty of the Nemanids achieved to establish Serbia as a major power in the Balkans, politically, economically and artistically. The visual imprint of royal authority in the landscape is strongly emphasized through prestigious foundations distributed within a limited territory around the old city of Ras. Built according to the principles of Romanesque architecture prevailing on the Adriatic coast and painted with exquisite Byzantine frescoes, these churches testify to an extraordinary artistic bilingualism. In order to shed light on the political thinking underlying such a cultural fact, this study aims to re-examine it through a three-fold approach: territory, architecture and princely imagery. It shows that the location of the monasteries, the use of a specific architectural model and the arrangement of dynastic portraits within the entrance space of the churches supplement each other in testifying to the providential and sacred power of the Serbian kingdom. Although this political ideal meets the royal conceptions in the contemporary Western and Levantine courts, with significant impact in the Byzantine empire, the Serbian paradigm is shaped on the claim of its own holy lineage rooted in a territory viewed as a New Promised Land.