Thomas FAUCHER

Diplôme :
HDR
Date :
mardi 15 décembre 2020 - 09:30
Une archéologie de la monnaie égyptienne

Thomas FAUCHER présente ses travaux en soutenance en vue de l'obtention de l'Habilitation à diriger des recherches

  • Lieu : visioconférence
  • Jury : Mme DUYRAT Frédérique, M. MEADOWS Andrew, M. ANTONY Hostein, M. QUEYREL François, M. LEROUXEL François, M. DE CALLATAY¨François

Jusqu’à présent, les preuves matérielles de la circulation monétaire dans le pays manquaient à l’historien pour reconstruire le cadre de la diffusion de cet outil ; l’échantillon rassemblé dans cette étude vise à pallier cette carence. Le cadre géographique est simple : l’Egypte. Il s’agit ici des limites de l’Egypte moderne mais qui, malgré tout, représentent bien le cœur immuable du pouvoir des Lagides et de la Province de l’Egypte romaine. Le cadre chronologique s’est imposé par l’étude du matériel. Le début de la période ptolémaïque et l’accession du premier lagide au titre de roi offre un point de départ naturel alors que la fin de la dynastie des Antonins fournit le jalon chronologique le plus favorable.
L’objectif de ce volume est de créer un cadre propice à l’étude de la monétarisation du pays. Après avoir étudié l’ensemble des composantes monétaires du pays, nous avons essayé de répondre à ces deux questions : Peut-on caractériser la monétarisation de l’Egypte et en déterminer l’évolution ? Est-il possible de comparer la monétarisation de l’Egypte ptolémaïque et celle de l’Egypte romaine ?
Notre étude s’appuie sur deux socles : le catalogue des monnaies de fouille et celui des trésors. En outre, nous présentons de manière brève en introduction de ces catalogues chaque site pour lesquels nous disposons de matériel numismatique.
Une profonde remise en contexte des échantillons obtenus succède directement aux catalogues. Il s’agit d’abord de resituer les volumes obtenus dans l’étude des monnaies de fouilles et des trésors par rapport aux quantités 1) de monnaies conservées dans les collections, 2) de monnaies sorties des fouilles du pays, 3) de monnaies produites par l’atelier monétaire d’Alexandrie, mais aussi à décrire, aussi précisément que possible, les éléments ayant pu modifier le côté aléatoire de la perte des monnaies et d’estimer la représentativité des monnaies enregistrées dans les différentes publications.
La position d’Alexandrie, « hors d’Egypte », n’est pas sans incidence sur la monétarisation du pays. Dans un pays où la capitale a toujours été, a minima, dans le Delta, ou plus régulièrement le long de la vallée du Nil à Memphis ou à Thèbes, le caractère excentré de la capitale a influé sur la diffusion de la monnaie. Il paraissait judicieux de mener notre enquête en partant de l’étude de trois zones géographiques de l’Egypte : Alexandrie et sa chôra, le Fayoum et la Thébaïde. Ces différentes régions présentent des caractéristiques complémentaires capables de fournir, à leur tour, des visions différentes de l’utilisation de la monnaie. A Alexandrie, toute fraichement créée, l’installation des colons, le développement de la ville et la présence de l’atelier monétaire ont offert des conditions favorables au développement de la monétarisation au tout début de l’époque hellénistique. Le Fayoum est aussi une création nouvelle en ce sens que l’exploitation extensive de ce territoire n’a été rendue possible que par les grands travaux menés par Ptolémée Ier. Cette région dispose en outre de caractéristiques résolument différentes de celles de la capitale lagide. Principalement rurale, cette oasis offre des conditions singulières pour l’implantation de la monnaie même si la présence massive de clérouques, sensibilisés à l’utilisation du numéraire, y a favorisé son utilisation. Enfin, la Thébaïde, image immuable de l’Egypte éternelle, semblait loin de la Capitale, à la fois géographiquement (presque mille kilomètres séparent Alexandrie de Thèbes), mais aussi dans la façon dont la société s’organise.
Il est clair que le basculement de l’Egypte dans la consommation de monnaies se situe au moment des grandes réformes fiscales et monétaires de Ptolémée Philadelphe vers 261. La concomitance de ces réformes ne peut être fortuite et l’obligation pour la plupart des Egyptiens de payer une partie des taxes en numéraire et non en nature a modifié en profondeur l’utilisation de la monnaie. Toutefois, la monétarisation d’une partie du pays s’est faite sur un terreau favorable puisqu’une partie des habitants des villes les plus importantes avait déjà adopté la monnaie. La présence massive de monnaies de la série 2, antérieures aux réformes de Philadelphe, montrent en tous cas qu’il s’agissait d’un outil déjà intégré dans les échanges. L’infusion de la monnaie dans le pays s’est faite au cours de la deuxième moitié du troisième siècle. La continuité de l’utilisation de la monnaie à la toute fin du troisième siècle et au début du deuxième, malgré les changements politiques et comptables, est une preuve suffisante de la monétarisation ou, au moins, du fait que la plupart des Egyptiens vivaient à cette époque avec un outil, la monnaie, qui leur était devenu familier. Le fait que les monnaies de bronze étaient échangées avec la même valeur faciale quelle qu’eût été leur valeur intrinsèque symbolise l’acceptation finale de l’emploi de la monnaie fiduciaire. La monétarisation du pays a atteint un niveau assez élevé déjà avant la période romaine et les données offertes par l’échantillon des monnaies romaines ne donnent pas le sentiment que la monétarisation ait été plus avancée à l’époque romaine. Il est possible toutefois que, en regard des quantités supérieures de monnaies en billon, l’utilisation de cette monnaie en particulier se soit développée notamment à partir de Néron. Pour autant, le matériel numismatique ne permet pas d’avancer que ces monnaies, si elles étaient présentes en quantité plus importante, aient été manipulées par une partie plus grande de la population.
Au début de l’époque romaine, les monnaies d’Auguste et de Tibère ont circulé dans des aires géographiques réduites, suivant un schéma dessiné par le monnayage de Cléopâtre. Les monnaies de Claude se diffusent plus largement, mais peut-être uniquement à la suite des mouvements des troupes en direction du désert Oriental à l’époque de Vespasien. Ensuite, les monnaies d’Hadrien et d’Antonin sont effectivement plus nombreuses, représentées par des grands modules, mais jamais dans les quantités que laissaient imaginer les collections publiques.
La monétarisation engagée à marche forcée sous Ptolémée Philadelphe a touché très tôt la vallée du Nil, aidée par des centres urbains déjà habitués au fait monétaire. Après le troisième siècle aC, la monétarisation a certainement fluctué mais elle ne s’est, ni éteinte, ni étendue ; une remarque qui semble vraie pour la période romaine.