Sultan ÇETINKAYA

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
samedi 13 février 2021 - 14:00
Les Ghazavatname au XVe siècle De l’époque de Murad II à celle de Bayezid II

Sultan ÇETINKAYA soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Nicolas VATIN

  • EPHE - 17 rue de la Sorbonne, escalier E - 75005 Paris. Salle Gaston Paris
  • Jury : M. Nicolas VATIN, M. Olivier BOUQUET, M. Alexandre PAPAS, Mme Juliette DUMAS, M. Benjamin LELLOUCH, M. Marc TOUTAN

Résumé

Les ghazavatname, épopées populaires ottomanes, racontent des ghaza, guerres contre les chrétiens. Les maghazi arabes traitaient des combats de Mahomet, de son gendre et de son oncle. Les ghazavatname en sont les héritiers. Construits autour d’un ghazi, ils forment trois groupes. Certains, consacrés aux ghaza d’un sultan, forment un genre distinct. D’autres célèbrent un vizir ou un commandant. Enfin d’autres se bornent à une conquête. Apparus au XVe siècle, les ghazavatname se multiplient au XVIe, puis leur nombre diminue. On en compte plus de 270. Ce genre a peu été étudié. En dehors de transcriptions en caractères latins et d’études linguistiques, on citera le livre d’A. S. Levent qui, après quelques pages d’introduction, établit une liste des ghazavatname.L’objectif était de répondre à des questions simples, à partir de l’analyse des textes. Qu’est-ce que les ghazavatname ? Quel est leur genre littéraire ? Pourquoi ont-ils été écrits ? À qui et à quoi servaient-ils ? Il fallait définir un corpus. La lecture des ghazavatname publiés m’a convaincue que le genre apparaît sous Murad II (r. 1421-1451) et qu’une nouvelle ère commence après Bayezid II (1451-1512). J’ai donc choisi de me borner à ce premier siècle. Par l’analyse des œuvres et de leurs points communs, j’ai repéré quelques critères qui m’ont paru définir un ghazavatname au XVe siècle : conter les ghaza d’un sultan, d’un bey ou des ghazi ; être le récit d’un ghaza et non une histoire générale ; faire usage d’une langue turque simple, dans le genre épique… Six ghazavatname correspondaient à ces critères. J’en ai comparé les originaux manuscrits aux publications en caractères latins disponibles. J’ai aussi étudié des fetihname, à fin de comparaison. Enfin je me suis efforcée de maîtriser la bibliographie pour replacer ces textes dans leur contexte littéraire et historique. Après une note fournissant des renseignements sur les poètes et leurs ouvrages, le premier chapitre est dédié à des termes importants pour la compréhension des ghazavatname (ghaza, ghazi, djihad, moudjahid, etc.) et à leur évolution jusqu’à leur apparition chez les Turcs de l’Anatolie médiévale. Le deuxième chapitre détermine où et quand les premiers récits de ghaza sont apparus, aborde la naissance de ces ouvrages chez les turcophones d’Anatolie et leur influence sur les ghazavatname, enfin s’efforce de comprendre comment et pourquoi nos six ghazavatname ont été rédigés à cette époque. Après ces chapitres informatifs, deux autres sont consacrés aux études analytiques, comparaisons et commentaires. Chaque ouvrage est analysé dans son contexte historique. J’ai tenté de voir comment ils narrent des événements historiques, s’ils les manipulent et pourquoi. Pour ce faire, j’ai résumé chaque ghazavatname et comparé les informations historiques qu’il fournit avec celles des chroniques contemporaines, ottomanes ou non, et avec les travaux des historiens. Il en ressort qu’un ghazavatname ne vise pas à faire un récit historique, mais à glorifier le ghaza et les ghazi. Il ignore les événements sortant de son sujet étroit. Tout événement historique relaté sert à celui-ci. Un auteur pourra donc manipuler les faits historiques, voire les inventer de toutes pièces. Le dernier chapitre s’attache d’abord à définir le genre. Les ghazavatname sont des épopées artificielles –c’est du moins ma conclusion. Or les chercheurs se sont surtout penchés sur les épopées naturelles, sans accorder une grande attention littéraire à des épopées qui n’étaient pas composées au sein du peuple et étaient rédigées d’une manière artificielle. Il a fallu définir le genre des ghazavatname en les comparant aux épopées naturelles. On repère quelques types de personnages. La vie du héros n’est décrite que pendant la durée du ghaza. Lieux et dates sont conformes aux faits historiques. Enfin, dans ces ouvrages rédigés peu après les faits, le merveilleux apparaît rarement.

Abstract

The Fifteenth Century Ghazavatnames, from Murad II to Bayezid II Ghazavatnames are Ottoman popular epics which narrate the ghazas (wars against Christians). The Arabic maghazis, about the Prophet Muhammad’s wars, plaid a great role in the formation of the ghazavatnames. A ghazi warrior is the centre of the ghazavatnames, which we can classify in three groups. Some, about the ghaza of a sultan, constitute a specific genre. Some others deal with vizier’s or a commander’s ghaza. Lastly, some narrate a single conquest. The ghazavatnames appear in the 15th century; their number rises in the 16th century, and then diminishes. 270 have been listed. This literary genre has not been much studied. Apart from transcriptions in Latin script or linguistic analysis, let’s quote A. S. Levent’s book, where one finds, after an introduction, a list of known ghazavatnames. My aim was to search by the analysis of these texts answers to simple questions: what are the ghazavatnames? What is their literary genre? Why have they been composed? What was their use and for whose benefit? I had to constitute a corpus. The reading of all the published ghazavanames convinced me that the genre appeared under Murad II (r. 1421-1456) and that a new era began after Bayezid II (1481-1512). I chose to limit myself to this first century. By an analysis of the texts and of their common characteristics, I detected some criteria which seemed valid for defining a 15th century ghazavatmane: it narrates the deeds of one sultan, one bey or the ghazis; it only deals with the ghaza, and not with general history; it uses a simple Turkish language, in an epic form; it is a mesnevi poem (but this criterion can be discussed). Six ghazavatmanes fit to these criteria. I compared the manuscript originals with existing publications in Latin script. I also studied, for comparisons, works of the fetihname genre. I used the historical bibliography with the aim of putting the texts in their historical context. After some general information about the poets and their works, a first chapter deals with terms which are important to understand the ghazavatnames (ghaza, ghazi, jihad, mujahid, etc.), and with their changes till they appear among the Anatolian Turks. A second chapter is about where and when appeared the first ghaza narratives, and then deals with their appearance among the Turkish speaking populations of Anatolia and their impact on the ghazavatnames. Then it tries to understand how and why our six ghazavatnames were written in that precise time. After these informative chapters, two chapters are devoted to analytic studies, comparisons, and comments. Each work is analysed in its historical context. I tried to see how the ghazavatnames relate historical events, if they manipulate them, and if so, why. I proceeded by making an abstract of each of them and then comparing them to contemporaneous historical Ottoman and non-Ottoman chronicles, and with the historians’ works. It appears that the aim of a ghazavatname was not to offer a historical narrative, but to glorify the ghaza and the ghazis. Historical events that are not linked to this restricted topic have no place in a ghazavatname; its author may manipulate historical facts, or even invent them. The last chapter first tries to define the genre. While the ghazavatnames are of the artificial epic genre (for such is my conclusion), scholars have mainly worked on natural epics. As the artificial epics were not composed within the people but were written in an artificial way, they attracted few literary interest. It is by a comparison with the natural epics that I tried to define the ghazavatname genre. Some types of heroes can be identified. The hero’s life is only described during the time of the ghaza. The place and time of the events are in conformity with the historical facts. Lastly, as the events described are not very ancient, the marvellous is rarely to be found.