Salomé DEBOOS

Diplôme :
HDR
Date :
jeudi 24 juin 2021 - 14:00
Devenir anthropologue : formation, transmission et engagement

Salomé DEBOOS présente ses travaux en soutenance en vue de l'obtention de l'Habilitation à diriger des recherches

  • Lieu : Sorbonne - Salle Gaston Paris (D 064), escalier E, 1er étage, 17, rue de la Sorbonne, 75005 Paris / et visioconférence
  • Jury : Mme Sophie Day, Mme Adeline Herrou, M. Hocine Benkheira, Mme Hildegard Diemberger, M. Martijn Van Beek, M. Charles Ramble

Titre du mémoire d’Habilitation : Devenir anthropologue : formation, transmission et engagement.
Le mémoire inédit s'intitule : « Homeland or Religion ? Personal Identity Building in Question - The case of Zangskar, Indian Himalayas” et accompagne le mémoire de synthèse « Devenir anthropologue : formation, transmission et engagement. », et le recueil d'articles publiés ou inédits.

Salomé Deboos mène des recherches dans l’Himalaya indien depuis plus de vingt ans alternant de longs séjours en immersion (18 mois) avec des séjours plus courts (2/3 mois). Ainsi, si comprendre le monde au travers des yeux des zanskarpas était conscientisé dès la fin de sa thèse en 2007, il restait de très nombreuses zones d’ombres, car comprendre l’autre demande du temps et du décentrement. Le fait de changer de statut au fil du temps lui a ouvert d’autres portes au sein de la communauté, lui permettant d’approcher encore et toujours un peu plus l’épaisse complexité et richesse du vécu humain. C’est de cela dont rend compte son inédit, à la fois des espérances et des compréhensions du monde qui pour certains pourraient paraître naïves, notamment lorsque ce maître d’école dit à sa fille que « la nuit le soleil passe sous la terre », ou encore ce juge qui face à une représentation du monde sous forme de globe déclare que par évidence cela est par soucie de commodité, afin que cette représentation de la terre soit mobile et peu encombrante, mais que dans « la réalité la terre est plate ». Enfin, la longue pratique du terrain lui a permis de faire état du fait que les anciens ont le sens de l’Histoire qui s’écrit sous leurs yeux, ils perçoivent ces changements avec ce qu’ils ont de bon sur le plan pragmatique et des commodités et de destructeur sur ce qui circule au sein du groupe, ils le partagent avec la chercheuse, l’étrangère, mais difficilement avec leurs cadets. Le chercheur doit alors se garder d’être instrumenté par son terrain et être le passeur, car il est là pour rendre compte et non arbitrer. Ceci est de son point de vue la limite de l’engagement, être avec, aider à être et à dire, mais ne pas agir à la place ou pour l’autre.
Enfin, ses derniers terrains l’ont amené à une meilleure compréhension des relations entre le local et le global, comment d’un point de vue systémique, ce qui est observable et ce que elle étudie depuis maintenant une vingtaine d’année lui permettent de donner des clés de compréhension aux phénomènes plus globaux et plus proches: le repli identitaire et la consolidation ou renforcement des frontières confessionnelles et religieuses, l’impact de la dématérialisation des échanges sur le construit identitaire et le positionnement de l’humain en tant qu’individu plutôt que personne, et par ricochet la considération évolutive de ce qu’est une déviance avec alors la construction de l’humain prioritairement en tant que personne en ce monde. L’anthropologie prend alors toute sa dimension comparative, et permet une compréhension fine des changements paradigmatiques qui ne cesse de questionner à la fois le chercheur et sa recherche.