Pierre CHARREY

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
vendredi 16 avril 2021 - 13:30
Le poids et la croix. Instruments de mesure et représentations du pouvoir dans le commerce byzantin (IVe - VIIIe siècle)

Pierre CHARREY soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de Mme Ioanna RAPTI

  • INHA, 2 rue Vivienne, 75002 Paris - Salle Vasari et en visioconférence
  • Jury : Mme Ioanna RAPTI, M. Charles DOYEN, Mme Brigitte PITARAKIS, M. Dominique PIERI, M. Antony HOSTEIN, Mme Cécile MORRISSON, M. Jannic DURAND

Résumé

Cette thèse porte sur la culture matérielle de l'Empire romain tardif et a pour objet la plus importante standardisation des poids de balance de l'histoire méditerranéenne. Du IVe au VIIIe siècle, sur les côtes de l’Empire romain et au cœur des cités, changeurs, percepteurs, marchands de long cours ou orfèvres, tous faisaient usage de balances et de poids normalisés, supports d’un répertoire homogène d’images variées (croix glorieuse, bustes d’empereurs, monogrammes, allégories civiques). Les matériaux précieux mobilisés (argent, cuivre, verre), les représentations politiques et religieuses, comme les inscriptions gravées au sein de manufactures impériales, constituaient autant de références à l’univers visuel des populations urbaines. Acteurs à part entière d’un œkoumène à la fois romain et chrétien, ces poids, produits et contrôlés par l’administration impériale, signifiaient aux citoyens leur appartenance à une même communauté politique, tissée de signes, d’objets et de gestes. Ce sont les enjeux culturels de cette révolution métrologique méconnue que notre travail cherche à mettre en lumière. Prenant comme assise une étude rigoureuse des contextes archéologiques et de quelques collections publiques, nous avons choisi de tenir à distance les travaux de la métrologie classique au profit d’une approche constructiviste de la mesure antique. Typochronologie, cartes de répartition, prosopographie, analyses technologiques comme iconologiques, sont autant d’outils employés afin de produire une première synthèse problématisée sur ce matériel. Largement sous-estimée dans l'historiographie récente, l’étude sémiotique du décor impérial et chrétien de ces instruments paramonétaires nous a particulièrement intéressé. Il apparaît en effet que l’esthétique de ces poids pouvait jouer un rôle significatif dans leur réception au sein l’espace marchand. Intégrée à un « dispositif » de contrôle comprenant techniques, discours et personnels spécialisés, l’apparence de ’instrument permettait de sceller le consentement à l’impôt au cœur d’un commerce densément monétarisé et centré sur Constantinople. Qu’il s’agisse de lourds contrepoids à l’effigie de Rome personnifiée ou de sceaux de verre destinés à la pesée de la monnaie d’or, ces petits monuments byzantins permettent de révéler un phénomène singulier de production des représentations politiques entre Antiquité et Moyen-âge.

Abstract

This PhD dissertation deals with the material culture of the Late Roman Empire and the most important standardization of scale weights in Mediterranean history. From the 4th to 8th centuries, along the coasts of the Roman Empire and at the heart of the cities, money changers, tax collectors, longdistance merchants and goldsmiths, all used normalized weights and measures. These unparalleled instruments soon became media for a homogenous repertoire of images (glorious crosses, busts of emperors, monograms, civic allegories). The precious materials (silver, copper, glass) and the political or religious representations, such as the inscriptions engraved in imperial factories, incapsulate an array of references to the visual culture of urban populations. Actors of an ecumene that was both Roman and Christian, those imperially produced weights signified to citizens their inclusion in the same political community, interwoven with signs, objects, and gestures. It is the cultural implications of this little-known metrological revolution that this work seeks to uncover. My study attempts to combine rigorous investigation of archaeological contexts and exhaustive analysis of a few public collections. Building on this body of empirical data, I chose to deconstruct the classical metrological method, favoring instead a constructivist approach to Late Antique measure. Typochronology, distribution maps, prosopography, and both technological and iconological analysis are all employed in order to produce the first comprehensive overview of this outstanding material. Largely overlooked in recent historiography, the semiotic study of the imperial and Christian decoration of these paramonetary instruments has been at the center of my work. Indeed, the aesthetic of the weights itself could play a significant role in their reception in the commercial realm. Integrated into a control “dispositif” comprising of techniques, discourses and specialized personnel, the appearance of the instrument could seal the general acceptance of tax payments in the heart of a densely monetarized trade network, centered around Constantinople. Whether heavy steelyard weights depicting Rome personified or glass seals intended for weighing gold coins, these small Byzantine monuments bring to light a unique phenomenon in the production of political representations between Antiquity and Middle-ages.