Pierre BAUDRY

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
mardi 12 janvier 2021 - 11:00
L’Europe devient-elle allemande ? La politique européenne de Merkel et de la CDU/CSU (1998-2018)

 Soutenance en visioconférence

Pierre BAUDRY soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Philippe PORTIER

  • Jury : M. Philippe PORTIER, M. Hans STARK, M. Daniel BOURMAUD, M. Thierry BALZACQ, Mme Patricia COMMUN, Mme Sylvie TOSCER-ANGOT

Résumé

La présente thèse de doctorat porte sur la politique européenne des démocrates-chrétiens allemands et d’Angela Merkel pendant la crise de l’euro. Nous cherchons dans la présente étude à comprendre les facteurs de long terme qui expliquent l’attitude de l’Allemagne pendant la crise économique de 2007/2008 et la crise de la monnaie unique qui a suivi à partir de 2010. Dans quelle mesure peut-on affirmer que l’Allemagne n’a pas assumé ses responsabilités en Europe durant la crise de l’euro ? Estce que la politique d’austérité imposée à la Grèce n’est pas un exemple de l’apparente intransigeance allemande face aux pays du Sud de l’Europe pourtant en difficulté durant la crise de l’euro ? L’hypothèse que nous explorons consiste à partir du concept de dilemme de la mondialisation. Par cette notion, nous entendons le fait que les Etats-nations engagés dans la mondialisation sont confrontés à un dilemme. Soit ils acceptent un degré toujours plus important d’intégration économique et politique au plan international et obtiennent un accès aux marchés internationaux et bénéficient des avantages de la coopération internationale. Soit les Etats rejettent la coopération internationale et ils cherchent à maintenir l’essentiel de la décision politique au niveau de l’Etat nation : ils peuvent espérer maintenir les institutions démocratiques nationales au risque de l’isolement international. L’hypothèse directrice de la présente thèse est ainsi la suivante : la politique européenne de l’Allemagne pendant la crise de l’euro n’est pas caractérisée par une stratégie « austéritaire » unilatérale ou par la volonté de soumettre la Grèce à une politique « ordolibérale » brutale. Elle consiste plutôt à limiter le coût politique et économique de l’intégration européenne sans mettre en danger l’avenir de l’euro. Elle repose ainsi en des compromis entre le rejet des aides à la Grèce et à la zone euro et la volonté de sauver l’euro afin de limiter le coût de la mondialisation. Dans un premier temps, nous cherchons à montrer que la politique allemande va depuis les années 1990 dans le sens d’une adaptation grandissante à la mondialisation. Il y a un ainsi une volonté de s’adapter à la mondialisation au sein de la CDU/CSU, mais aussi au sein du SPD dès les années 1990 et qui aboutit aux réformes libérales sous le chancelier Gerhard Schröder. Mais dans un deuxième temps, nous avançons que le dilemme de la mondialisation aboutit à un décalage grandissant entre cette adaptation à la mondialisation et le coût qu’elle induit au plan national. Le premier signal majeur d’un rejet de ces politiques de démantelement de l’Etat social tient à l’apparition en 2007 d’un parti populiste de gauche, Die Linke. Enfin, dans la dernière partie de la thèse, nous voulons montrer que le paysage politique allemand change ainsi dès les années 2000 et on constate l’apparition de nouveaux partis « populistes » (Die Linke, Alternative für Deutschland), le recul des partis traditionnels (SPD, CDU/CSU) et le progrès des Verts. Ceci correspond au plan de la politique interne à l’expression d’un nouveau clivage entre les « souverainistes » qui rejettent l’intégration européenne et la mondialisation et les « cosmopolites » partisans de l’ouverture économique et de l’intégration dans la mondialisation. Le dilemme de la mondialisation travaille ainsi en profondeur l’Allemagne contemporaine, et ce sans doute plus que le projet de soumettre la Grèce à un projet ordolibéral autoritaire.

Abstract

This doctoral thesis examines the European policy of the German Christian Democrats and Angela Merkel during the euro crisis. I seek to understand the long-term factors that explain Germany's attitude during the economic 2008 crisis and the euro crisis. To what extent can can I say that Germany did not assume its responsibilities in Europe during the euro crisis? Is not the austerity policy imposed on Greece an example of the apparent German intransigence vis-à-vis countries in southern Europe which were in difficulty during the euro crisis? My hypothesis is based on the concept of the dilemma of globalization. By this notion I mean the fact that nation states engaged in globalization face a dilemma. Either they accept an ever greater degree of international economic and political integration and gain access to international markets and enjoy the benefits of international cooperation. Either states reject international cooperation and seek to maintain the bulk of political decision-making at nation state level: they hope to maintain national democratic institutions at the risk of international isolation. My central contention is thus the following: the European policy of Germany during the euro crisis is not characterized by a unilateral "austerity" strategy or by the will to submit Greece to a policy. It is actually about limiting the political and economic cost of European integration without endangering the future of the euro. To demonstrate that hypothesis, I first seek to show that German policy aims at adapting Germany to the globalization. But secondly, I argue that the dilemma of globalization results in a growing gap between this adaptation to globalization and the cost it entails at the national level. Finally, in the last part of the thesis, I want to show that the German political landscape thus changed from the 2000s due to the emergence of new “populist” parties (Die Linke, Alternative für Deutschland), the decline of traditional parties. (SPD, CDU/CSU) and the progress of the Greens. This corresponds to a new cleavage between the “sovereignists” who reject European integration and globalization and the “cosmopolitans” supporters of economic openness and integration into globalization. The dilemma of globalization thus works in depth in contemporary Germany, and undoubtedly more than the project to subject Greece to an ordoliberal authoritarian project.