Paola PIZZI

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
lundi 06 juin 2022 - 09:00
La non-violence comme moyen de changement en islam : la contribution de Ǧawdat Saʿīd.

Paola PIZZI soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Dominique AVON et M. Francesco ZAPPA

Co-tutelle avec Sapienza Università di Roma (ITALIE)

  • Edificio "Marco Polo" - Dipartimento "Istituto Italiano di Studi Orientali" (ISO) Circonvallazione Tiburtina, 400185 Roma - Italie. Salle : Sala riunioni 1
  • Jury : M. Dominique AVON, M. Francesco ZAPPA, Mme Constance ARMINJON, Mme Gloria Samuela PAGANI, Mme Daniela PIOPPI, M. Michel YOUNÈS

Résumé

Cette thèse vise à contribuer à un thème encore peu représenté dans les études académiques, à savoir celui de la non-violence en islam. S'il est vrai que les soi-disant "printemps arabes" auxquels nous assistons depuis 2011,caractérisés par la mobilisation essentiellement pacifique de millions de personnes dans toute la région arabo-islamique du Moyen-Orient, ont ouvert une brèche sur cette question, laissant échapper un scénario qui interroge fortement un certain récit qui voudrait attribuer à la lutte violente un caractère d'inhérence aux principes doctrinaux de l'Islam - comme référent identitaire majoritaire - et d'abord à celui du jihad, d'autre part, cependant,la non-violence n'a pas encore obtenu un véritable droit de cité parmi les courants de pensée de l'islam contemporain : un manque de reconnaissance qui reflète aussi une situation intérieure. En fait, on sait très peu de choses sur ses principaux représentants, dont on parle souvent en se référant à des pratiques exogènes de non-violence : c'est ainsi que des militants non-violents comme les Indiens Abul Kalam Azad et Abdul Ghaffar Khan sont définis comme les « Gandhi des musulmans », même au sein du monde arabo-islamique, ce qui suggère implicitement l'idée perçue que la non-violence ne peut avoir un caractère islamique pleinement endogène. C'est avec ce même nom que l'on définit aussi souvent un penseur qui peut être considéré comme un des principaux théoriciens contemporains de la non-violence en islam, à savoir le prédicateur et théologien syrien Jawdat Sa'id,dont le vaste travail fait l'objet d'analyse de notre recherche. Encore peu connu, et encore moins étudié, même si le déclenchement de la révolution en Syrie en mars 2011 a mis en lumière son rôle d'inspirateur du mouvement non-violent dans ce pays, Jawdat Sa'id (1931-2022) est l'auteur de dizaines d’ouvrages en arabe, pour la plupart non traduits, qui insistent sur la nécessité d'adopter la non-violence comme modus operandi de l'action islamique en vue d’une réforme de la société, mais aussi des individus. D'abord adepte de la salafiyyah, Sa'id se rapprochera plus tard de l'islamisme, et notamment de sa principale organisation, celle des Frères musulmans, dont il ne deviendra cependant jamais membre. Au centre de notre travail se trouve donc une analyse de la réflexion de Sa'idsur la question du jihad dans l'islam à travers ses principaux ouvrages : d'une position initiale de dénonciation ouverte de la compréhension biaisée, de la part des musulmans, du sens et des finalités du jihad, dont le champ d'application est drastiquement réduit par lui, Sa'id arrivera par la suite à une position de non-violence radicale qui,tout en continuant à admettre le jihad comme une « institution doctrinale » inaliénable, annule cependant sa viabilité comme moyen de résoudre les conflits politiques, sociaux ou idéologiques à la fois dans le monde islamique et ailleurs. La présente recherche vise à démontrer que l'approche épistémologique adoptée par l'auteur est déterminante pour conduire progressivement sa réflexion vers un réexamen radical non seulement des conditions du jihad, mais aussi de certaines catégories doctrinales, théologiques et dogmatiques essentielles, telles que le tawhid, la fin de la prophétie ou le principe d'abrogation (naskh). La centralité de la question épistémologique nous a conduit à plaider en faveur de l'appartenance de Jawdat Sa'id à un phénomène plus large,celui des nombreux intellectuels musulmans contemporains qui ont poussé leur réflexion sur l'islam et ses sources au-delà des paradigmes interprétatifs traditionnels, et qui se sont efforcés d'intégrer les sciences humaines, jugées par ailleurs « incompatibles » avec une exégèse correcte. De ce vaste courant de réforme épistémologique, qui vise à l’affirmation d'un nouvel humanisme islamique, Jawdat Sa'id doit être considéré comme faisant partie intégrante, et sa théorie de la non-violence comme l'une des expressions de cette réforme.

Abstract

This thesis aims at contributing to a theme that is still little represented in academic studies, namely that of non-violence in Islam. While it is true that the so-called "Arab Springs" which we have witnessed since 2011, characterized by the essentially peaceful mobilization of millions of people throughout the Arab-Islamic Middle East region, have opened a breach on this issue, leaking out a scenario that strongly questions a certain narrative that would like to attribute to the violent struggle a character of inherence to the doctrinal principles of Islam - as a majority identity referent - and first of all to that of jihad, on the other hand, however, it must be said that non-violence has not yet obtained a real right of citizenship among the currents of thought of contemporary Islam: a lack of recognition not only from the outside, but which also reflects an internal situation. In fact, very little is known about its main exponents, who are often spoken of by referring to exogenous practices of non-violence: this is how non-violent activists like the Indians Abul Kalam Azad and Abdul Ghaffar Khan are defined as the "Gandhi of Muslims”, even within the Arab-Islamic world, a definition that implicitly suggests the perceived idea that non-violence cannot have a fully endogenous Islamic character. It is with this same name that a thinker is also often defined who can be considered one of the leading contemporary theorists of non-violence in Islam, namely the Syrian preacher and theologian Jawdat Sa'id, whose vast work is the object of analysis of our research. Still little known, and even less studied, although the outbreak of the revolution in Syria in March 2011 turned the spotlight on his role in inspiring the non-violent movement in that country, Jawdat Sa'id (1931-2022) is the author of dozens of works in Arabic, mostly untranslated, which insist on the need to adopt non-violence as a modus operandi of Islamic action aimed at reforming society, but also at the interior of the individual. Initially a follower of the salafiyyah, Sa'id will later approach Islamism, and in particular to its main organization, that of the Muslim Brotherhood, of which however he will never become a member. At the center of our work there is therefore an analysis of Sa'id's reflection on the question of jihad in Islam through his main works: from an initial position of open denunciation of the distorted understanding, on the part of Muslims, of the meaning and purposes of jihad, whose field of application is drastically reduced by him, Sa'id will subsequently arrive at a position of radical non-violence which, while continuing to admit the jihad as an inalienable “doctrinal institution”, however, cancels its suitability as a means of resolving political, social or ideological disputes both within the Islamic world and globally. The present research aims to demonstrate that the epistemological approach adopted by the author is in fact decisive in progressively leading his reflection towards a radical re-examination not only of the conditions of jihad, but also of some essential doctrinal, theological and dogmatic categories, such as the tawhidd, the end of prophecy or the principle of repeal (naskh). The centrality of the epistemological question, as it emerged in the course of our research, led us to argue in favour of Jawdat Sa'id's belonging to a wider phenomenon, that of the many contemporary Muslim intellectuals who have pushed their reflection on Islam and its sources beyond traditional interpretative paradigms, and who have endeavoured to integrate new sciences considered otherwise "incompatible" with correct exegesis, such as linguistics, semiotics, history, psychology, sociology, etc. Of this vast current of epistemological reform, among whose objectives we can identify the affirmation of a new Islamic humanism, Jawdat Sa'id must be considered an integral part, and his theory of non-violence one of the expressions of this reform.