Maria Pina GARAGUSO

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
lundi 29 mars 2021 - 10:00
Les services à boire dans les mobiliers funéraires indigènes de la Basilicate et des Pouilles (VII-IV siècle avant J.-C.)

Maria Pina GARAGUSO soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Stéphane VERGER

Co-tutelle avec l'Università degli Studi di Napoli Federico II (ITALIE)

  • Visioconférence
  • Jury : M. Stéphane VERGER, M. Raimon GRAELLS I FABREGAT, M. Massimo OSANNA, M. Angelo BOTTINI, M. Luca CERCHIAI, Mme Claude POUZADOUX, Mme Martine DENOYELLE

Résumé

Le but de notre recherche est de comprendre si les populations autochtones qui occupaient les régions actuelles des Pouilles et de la Basilicate, dans un horizon chronologique compris entre le VIIe et le IVe siècles avant JC, eurent accès à des pratiques liées au symposium grec et comment elles les auraient assimilées et retravaillées, en portant une attention particulière à l'utilisation d’une vaisselle spécifique. Dans la grande variabilité des données collectées dans le corpus qui nous a permis de rassembler 4039 contextes funéraires sur 127 sites étudiés, des échantillons ont été sélectionnés sur une base de critères qui varient dans le temps et dans l'espace mais qui sont cependant marqués par des caractéristiques homogènes. C’est ainsi qu’a vu le jour un modèle comparatif pouvant être applicable à d’autres contextes n’ayant pas autant d’indices interprétatifs. L’objectif premier a été celui d'esquisser un cadre diachronique de la diffusion d'objets grecs explicitement liés au symposium et de vérifier la façon dont ces objets ont été intégrés dans le répertoire indigène. L'identification de la récurrence ou de l'absence de matériaux dans chacun des contextes, tout comme la présence de certaines formes de céramiques et d’objets particuliers liés à des pratiques sociales spécifiques nous ont permis, d’une part, de proposer des modèles interprétatifs concernant les coutumes funéraires adoptées par les populations indigènes et, d’autre part, d’émettre des hypothèses à propos de l’usage dans la réalité sociale des récipients examinés. En général, les mobiliers funéraires de la fin du VIIe et du début du VIe siècles avant JC nous renvoyant à des formes à boire grecques ne diffèrent pas formellement de celles qui, au contraire, se limitent aux formes à boire indigènes. La coupe d'importation enrichit les biens possédés par les défunts et souligne leur capacité matérielle et idéologique, sans pour autant affecter à nouveau le système de consommation autochtone; cela est principalement dû au fait qu'elle ne semble pas impliquer l'ensemble de la communauté. Ce qui précède plaide en faveur de l'interprétation d'une consommation exclusive et individuelle de la boisson pour cette première période examinée. La consommation individuelle proposée pour les tombes du début du VIe siècle avant JC semble suivie d’une consommation collective hiérarchisée et documentée dans les contextes de la fin du siècle. Cela est démontré par l'adoption du cratère grec et par la présence d'un marker territorial (nestoris nord-lucanienne, cratère-kantharos œnotrien, olla-cratère peucète) qui semble confirmer, d'une part, une longue tradition de consommation de vin local, et d'autre part, que les formes céramiques indigènes étaient polyfonctionnelles et adaptables selon les besoins. Ce n’est qu’au début du Vème siècle avant JC que le phénomène d'intégration de la vaisselle importée semble avoir pris fin, puisque les mobiliers d’élites rendent désormais le service d'importation complet, centré sur le cratère de tradition grecque ou de réélaboration locale, et sur l'instrumentum pour la préparation du vin selon les coutumes helléniques. Il en découle une raréfaction des formes locales pour contenir (le vin). Au IVème siècle avant JC la grande quantité de données récupérées ne permet pas d'identifier un système de gestion des ustensiles et de la vaisselle liés au vin qui soit commun à toutes les populations italiques de la zone examinée, mais seulement d'indiquer des lignes de tendance, sans préférence pour un modèle en particulier. L'absence de récidives spécifiques est évidente, non seulement de façon générale, mais également en limitant le champ d'analyse aux contextes individuels. D'après les déductions archéologiques, le phénomène serait étroitement lié à la disponibilité économique du groupe social et au rôle que le défunt occupait dans la communauté.

Abstract

The aim of this research is to understand the practices linked with the Greek symposium performed by local populations from the modern regions of Apulia and Basilicata between the VII and IV centuries BC. In particular, this research focuses on the analysis of a specific assemblage in order to explain how this practice was assimilated and modified within the local habits/culture of the population through the analysis of vessels retrieved from a series of funerary contexts. The analysis resulted in the creation of a corpus, represented a high variety of data and composed by a total of 4039 funerary contexts from 127 sites. The collection of this data resulted in the selection of a series of case studies, dated to various periods and coming from different geographical areas and selected according to consistent criteria. This selection aimed at the creation of a model that may be employed to analyze other contexts that lack of all the interpretative data used in this study. The first aim of this research was to diachronically identify the spread of Greek objects directly and specifically connected with the symposium, and to understand how these objects were integrated within the local assemblage. The identification of the presence or absence of objects linked to specific contexts and presence of specific pottery shapes and objects linked to particular social practices allowed to put forward a series of interpretative models related to the funerary habits adopted by the local population and to suggest how the vessels recovered in these contexts were actively used. Generally, the funerary assemblages dated to the end of the VII-beginning of the VI century BC, which includes Greek drinking vessels, are not much dissimilar from the assemblages that include exclusively local drinking vessels. The imported drinking vessel (bowl) is an addition to the goods owned by the deceased. This vessel underlines the material and ideological role of its owner, without implying any change in the local drinking habits, as the consumption does not seem to involve the community. The results of this analysis suggest, at least for the first period under examination in this research, that the consumption of liquids was singular and exclusive. The singular consumption of the liquids associated with the tombs dated to the beginning of the VI century BC is followed, during the end of the VI century BC, by the introduction of a hierarchized communal consumption. The adoption of a communal drinking habit is highlighted by the adoption of the Greek crater and by the presence of territorial markers (north-Lucanian nestoris, Enotrian craterkantaros, Peucetians crater-olla), which on one hand confirms the long-lasting tradition of local wine consumption, and on the other hand underlines how the local shapes were multi-functional and could be adapted according to various needs. The integration of the imported vessels can be defined as concluded only at the beginning of the V century BC. During this period, the elite funerary assemblage consists of complete imported sets based on the traditional Greek crater or on its local imitation and on the instumentum used for the preparation of the wine according to the Greek recipe. As a result of this phenomenon, local shapes used to contain the liquids are rarely used. The large amount of data available for the IV century BC does not allow to define a model for the interpretation of utensils and vessels connected to wine preparation and consumption and widespread among the italic populations under study, but only to define general tendencies. The analysis of the data underlines the lack of specific occurrences, not only at a general level but also within single contexts. This phenomenon, according to the available archaeological evidence, is connected to the economic means of the deceased and to the role the it played within the society.