Luis RUEDA GALAN

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
vendredi 10 septembre 2021 - 11:00
Les mosquées christianisées de Castille (1200-1350). Art et transculturalité

Luis RUEDA GALAN soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de Mme Sabine FROMMEL et M. Pedro GALERA ANDREU

Co-tutelle avec l'université de Jaén (ESPAGNE)

  • Campus Las Lagunillas s/n, Universidad de Jaén 23071, Jaén (Espagne). Salle : Sala de grados
  • Jury : Mme Teresa LAGUNA PAÚL, M. Eckhard LEUSCHNER, Mme María Elena DÍEZ JORGE, Mme Isabelle SAINT-MARTIN, Mme Mercedes SIMAL LÓPEZ, Mme Sabine FROMMEL

Résumé

L'effondrement progressif de l'État almohade dans les années qui ont suivi la bataille de Las Navas de Tolosa (1212), a signifié une accélération importante du processus d'expansion territoriale des royaumes chrétiens de la péninsule ibérique, qui a été progressivement remis aux mains des conquérants, principalement dans ceux de la couronne castillane-léonaise, une grande quantité de territoire et de population dans un espace de temps relativement court. En un peu plus de vingt ans, de l'occupation de Baeza en 1226 à la conquête de Séville en 1248, la Castille s'était emparée de la quasi-totalité de la vallée du Guadalquivir, et avec lui, dans une partie importante des villes les plus peuplées et les plus stratégiquement précieuses de l’al-Andalus almohade : Baeza et Séville elles-mêmes, mais aussi Córdoba, Jaén, Carmona ou Úbeda. A partir de 1264, déjà dans le cadre du conflit avec Grenade et de la Révolte des mudéjares, Alphonse X s'emparera de Murcie et de la région du Guadalete, puis toute la moitié sud de la péninsule tombe sous son contrôle à l'exception du royaume nasride naissant. Au cours de la conquête, les pouvoirs castillanes se trouvaient sans doute dans le dilemme de savoir quoi en faire avec le territoire et la population, comment les assumer efficacement et durablement, bref, comment les intégrer. Mais assumer le contrôle du territoire, après celui de la population elle-même, avoir le contrôle physique de ses villes, celui de ses bâtiments, était essentiel. S'approprier une grande mosquée a représenté un acte d'une importance énorme, au-delà de simples implications religieuses, car ce n'était pas seulement un pôle autour duquel se développait l'essentiel de la vie commerciale de la ville, mais aussi d'être doté pour sa subsistance - d'une manière presque analogue à celle d'une cathédrale chrétienne - des revenus tirés des donations des awqaf, qui étaient très souvent constituées de biens immobiliers et de terres, et enfin, de la symbolique et religieuse. Cette étude porte sur le phénomène de christianisation des mosquées andalouses dans ce contexte historique et social. Il est devisé en trois chapitres. Le premier comprend une étude monographique sur la conversion de six grandes églises de la moitié sud de la Péninsule, parmi lesquelles la mosquée-cathédrale de Cordoue et la cathédrale de Séville. Le second chapitre porte sur une série d’opérations, qu’elles soient de nature symbolique ou plus pragmatiques, à travers de lesquelles ont été converties les mosquées en façon presque systématique. En premier lieu, des opérations rituels permettant la resignification symbolique de l’espace : les cérémonies de purification des mosquées et de dédicace des nouvelles églises, l’emploi des reliques pour christianiser les mosquées à travers de ses propriétés thaumaturgiques. Mais aussi autres de nature architecturale et pragmatique : changements d’orientation, la transformation des alentours du mihrab, la conversion des minarets en tours-clocher, la conversion de la cour de la mosquée en cloître, ou l’emploi des images sacrées pour resignifier les intérieures des mosquées, parmi d’autres. Le troisième chapitre est consacré à étudier comment tout cet héritage artistique et culturel des mosquées d’Al-Andalus a été assimilé par les élites castillanes.

Abstract

The gradual collapse of the Almohad state in the years following the Battle of Las Navas de Tolosa (1212), entailed a significant acceleration of the process of territorial expansion of the Christian kingdoms of the Iberian Peninsula, which gradually put under the control of the conquerors, mainly the Castilian-Leonese crown, a large amount of territory and population in a relatively short space of time. In just over twenty years, from the occupation of Baeza in 1226 to the conquest of Seville in 1248, Castile had seized almost all of the Guadalquivir valley, and with it, a significant part of the most populated and strategically valuable cities of Almohad al-Andalus: Baeza and Seville themselves, but also Córdoba, Jaén, Carmona or Úbeda. From 1264, already in the context of the conflict with Granada and the Mudejar Revolt, Alfonso X seized Murcia and the region of the Guadalete River, falling then under his rule the entire southern half of the peninsula except for the nascent Nasrid kingdom. During the conquest, the Castilian powers undoubtedly found themselves in the dilemma of knowing what to do with the territory and the population, how to assume them effectively and durably, in short, how to integrate them. But to assume control of the territory, after that of the population itself, to have physical control of its cities, that of its buildings, was essential. The seizure of a great mosque represented an act of enormous importance, beyond mere religious implications, because it was not only a pole around which the main part of the commercial life of an Andalusi city developed, but also because they were endowed for its subsistence - in a manner almost analogous to that of a Christian cathedral - with income from the donations of the awqaf, which very often consisted of real estate and land, and finally, symbolism and religion. This study focuses on the phenomenon of Christianization of Andalusian mosques in this historical and social context. It is divided in three chapters. The first one includes a monographic study on the conversion of six great mosques into churches in the southern half of the Peninsula, including some as significant as the Mosque-Cathedral of Cordoba and the Cathedral of Seville. The second chapter deals with a series of operations, whether symbolic or more pragmatic in nature, through which mosques have been converted almost systematically. In the first place, ritual operations allowing the symbolic resignification of space: the purification ceremonies of mosques and the dedication of new churches or the use of relics to Christianize mosques through their thaumaturgical properties. But also, others of an architectural and pragmatic nature: changes in orientation, the transformation of the surroundings of the mihrab, the conversion of the minarets into bell towers, the conversion of the courtyard of the mosque into a cloister, or the use of sacred images to resignify the interiors of mosques, among others. The third chapter is devoted to studying how all this artistic and cultural heritage of the mosques of Al-Andalus was assimilated by the Castilian elites.