Katarzyna ZAJDA

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
lundi 29 mars 2021 - 14:00
Entre guérison et initiation : les interactions rituelles entre les chamans shuars (amazonie équatorienne) et leurs clients occidentaux

Katarzyna ZAJDA soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Michael HOUSEMAN

  • Visioconférence - https://global.gotomeeting.com/join/297072549
  • Jury : M. Michael HOUSEMAN, M. Gregory DELAPLACE, Mme Anne-Marie LOSONCZY, Mme Andrea-Luz GUTIERREZ-CHOQUEVILCA, M. Julien BONHOMME, M. Patrick DESHAYES, Mme Sara LE MENESTREL

Résumé

Cette thèse porte sur des « malentendus productifs » au cœur des rituels « néochamaniques » unissant chamans shuars et clients occidentaux. Elle se fonde sur un travail de terrain mené entre 2007 et 2012 en Europe (cérémonies de guérison où la plante hallucinogène d’ayahuasca joue le rôle central) et entre 20132014 chez les Shuar de l’Amazonie équatorienne (quête d’arutam et rite collectif natemamu associés par les Shuar à des contextes d’acquisition de pouvoir). En l’absence d’un système de représentations partagées et devant la nécessité d’un discours explicatif, le chamane occupe dans ces rituels une position paradoxale. De son point de vue, l’efficacité de son intervention est sous-tendue par l’obligation traditionnelle de se taire ; le vécu rituel fait partie d’un savoir non partageable et devrait donc rester secret. Mais pour les membres de l’assistance, cette efficacité dépend, au contraire, de l’aptitude qu’aurait le chamane à expliquer les expériences qu’ils y éprouvent. En même temps, les Occidentaux occupent une position aussi paradoxale, puisque pour eux le chaman doit chercher non pas simplement à révéler des secrets à ses clients mais à les révéler de tel façon qui leur permet d’avoir une expérience d’autorévélation. L’étude se focalise sur trois axes : (1) les conditions qui président à la rencontre entre chamans shuar et clients occidentaux, (2) les dispositifs rituels qui leur fournissent aux uns et aux autres les conditions d’une modification du rapport à soi, et (3) les interactions ordinaires (non rituelles) qui font émerger des nouvelles formes d’agir et interagir. L’hypothèse qui préside à ce travail est que le même rituel peut être vu à la fois comme un rituel chamanique et comme un rituel néo-chamanique en fonction du regard qu’on porte sur lui, et que le malentendu productif qui s’y met en place repose sur une interdépendance entre ces deux modes de participation fondés sur des logiques propres. La rencontre permet à chacun de se voir du point de vu d’un autre : elle permet au chaman de « nous souvenir de qui nous sommes », et à l’adepte néo-chamanique de « devenir soi-même. »

Abstract

This thesis focuses on ‘productive misunderstandings’ at the heart of neo-shamanic rituals between Shuar shamans and Western clients. It is based on fieldwork conducted between 2007 and 2012 in Europe (of healing ceremonies using ayahuasca) and between 2013-2014 among the Shuar of the Ecuadorian Amazon (of the arutam quest and natemamu ritual associated by the Shuar with power acquisition). In the absence of a shared system of representations and the need for explanatory discourse, both the shaman and his clients occupy paradoxical positions. From the shaman’s point of view, the effectiveness of his interventions depends on a traditional obligation to remain silent; the ritual experience is part of a non-shareable knowledge and should therefore remain secret. However, his effectiveness for the Western clients depends on the shaman's ability to explain their ceremonial experiences to them. At the same time, the Westerners also work within a paradox, since for them, the shaman must not simply reveal meanings from the ceremony but reveal them in such a way that allows the participants to view the experience as self-revelation. This study focuses on three areas: (1) the conditions that govern the encounter between Shuar shamans and Western clients, (2) the ritual dispositive that provides conditions for modifying their relationship with themselves, and (3) the ordinary (nonritual) interactions that give rise to new forms of action and interaction. The hypothesis underlying this work is that the same ritual can be seen as both a shamanic and a neo-shamanic ritual depending on the point of view and that a productive misunderstanding is established, based on an interdependence between these two modes of participation each with its own logic. The ritual interaction allows each participant to see himself from the point of view of another; it allows the shaman to ‘remember who we are’, and the neo-shamanic adept to ‘become himself’.