Karina BENAZECH

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
lundi 13 juin 2022 - 14:00
Education, Bible et soupérisme en Irlande, 1800-1853: L’Irish Society for Promoting the Education of the Native IrishThrough the Medium of their Own Language

Karina BENAZECH soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Patrick CABANEL et M. Peter GRAY

  • EPHE- Maison des Sciences de l'Homme - 54 Boulevard Raspail - 75006 Paris - salle 01
  • Jury : M. Patrick CABANEL, M. Peter GRAY, Mme Clotide PRUNIER, Mme Géraldine VAUGHAN, M. Sébastien FATH, M. Bertrand VAN RUYMBEKE, M. Denis PELLETIER

Résumé

Dans le contexte particulier de la domination sociale et politique des protestants en Irlande, les actions caritatives de l'Église anglicane pendant la Grande Famine (1845-1851) sont perçues par les catholiques, non comme une assistance désintéressée, mais comme une tentative de corruption des âmes ou "Souperism" (que nous traduisons par le néologisme "soupérisme"). Notre sujet s'inscrit dans le courant des recherches qui, jusqu'ici, se sont penchées sur les implications culturelles et politiques de cette guerre des âmes, mais examine des aspects négligés du contexte d'apparition de ces accusations. À partir de l’étude de l’Irish Society for Promoting the Education of the Native Irish through the Medium of their Own Language, première société à être accusée de soupérisme, cette thèse étudie comment l’utilisation de la Bible vernaculaire vient bouleverser le rapport à la langue irlandaise et la territorialité religieuse, avant de se retrouver en compétition avec le mouvement pour l’émancipation des catholiques et le nationalisme irlandais dans la prise en compte des besoins des populations irlandophones. Cette recherche originale, alliant histoire et sociologie des religions, analyse pour la première fois de façon approfondie les objectifs initiaux et les stratégies mises en place par cette mission protestante, ainsi que les implications sociales, religieuses et politiques de la conversion religieuse en Irlande, en tentant de retrouver les voix des convertis eux-mêmes. Elle démontre comment le rêve d’irlandité partagée aux origines de l’Irish Society se révèlera certes un échec sur le plan de l’évangélisation, car il contribue, à l’inverse et parmi bien d’autres facteurs,au renforcement du nationalisme catholique en Irlande. Cependant, il préparera le terrain au renouveau du nationalisme culturel de la fin du siècle. En définitive, c’est l’impossible sécularisation de l’identité nationale irlandaise qui ressort comme la victime collatérale du phénomène du soupérisme, alors que la langue irlandaise,elle, aura pu être préservée.

Abstract

In the particular context of the Protestant ascendency in Ireland, the charity displayed by members of the Anglican Church during the Great Irish Famine (1845-1851) was perceived by Catholics not as genuine relief, but as an attempt to corrupt souls – or “Souperism”. This thesis comes within the framework of preceding research that has so far examined the cultural and political implications of this war for souls. It studies overlooked aspects of the context in which these charges emerged. By focusing on the Society for Promoting the Education of the Native Irish through the Medium of their Own Language - the first society targeted by accusations of souperism - this dissertation analyses how the use of the vernacular Bible came to disrupt the attitude towards the Irish language and religious territoriality and competed with the movement for Catholic emancipation and Irish nationalism to answer the needs of the Irish-speaking population. This original research, combining history and sociology of religion, is the first to offer an in-depth analysis of the initial objectives and strategies put in place by this protestant mission, as well as the social, religious and political implications of religious conversion in Ireland, by attempting to find a place for the converts' very voices. It shows how the dream of a shared Irishness at the origins of the Irish Society would prove to be a failure in terms of evangelization, as it conversely contributed, among many other factors, to the catholicisation of Irish nationalism. However, it would pave the way for the revival of cultural nationalism at the end of the century. In the end, it is the impossible secularisation of Irish national identity that stands out as the collateral victim of the phenomenon of souperism, while contributing to the preservation of the Irish language.