Jean-Yves BARNAGAUD

Diplôme :
HDR
Date :
mardi 14 juin 2022 - 09:00
Qu’est-ce qu’un oiseau ? Éléments de biogéographie fonctionnelle des vertébrés, entre écologie des communautés et naturalisme numérique

Jean-Yves BARNAGAUD présente ses travaux en soutenance en vue de l'obtention de l'Habilitation à diriger des recherches

  • Lieu : Maison des Sciences de l’Homme, salle 1, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris et en visioconférence
  • Jury : Claudie Doums, Philippe Huneman, Christophe Thébaud, Laurence Hubert-Moy, Pierre-Yves Henry, Valeriano Parravicini

Répondre à une question de biogéographie ou d’écologie des communautés par la modélisation statistique implique d’extraire le signal pertinent d’un environnement complexe et multivarié, d’en réduire la dimensionnalité et de le classifier de manière intelligible sans toutefois le dénaturer. Dans ce mémoire, je m’interroge sur cette méthode d’inférence qui fait appel à deux lectures des patrons écologiques : celle du naturaliste de terrain, reposant sur l’expérience sensorielle d’une immersion sur le terrain, et celle du biogéographe, c’est-à-dire de l’écologie du long terme, des abstractions et des grandes étendues spatiales. La modélisation statistique de patrons écologiques a cependant besoin d’un traducteur. J’en exploite un : le trait écologique, caractéristique choisie pour exprimer qualitativement ou quantitativement une certaine composante de la relation entre une espèce et son environnement. Le corpus de travaux de recherche que je présente ici a pour objet premier de décrire, et éventuellement d’expliquer, les variations compositionnelles des assemblages d’oiseaux à de multiples échelles spatiales : j’essaie d’y montrer la pertinence du trait écologique comme navette dans le va-et-vient sur le gradient qui va de l’approche naturaliste sensible à l’inférence statistique de l’écologie quantitative. Je montre aussi que son utilisation permet de naviguer entre échelles, des grands patrons macroécologiques de diversité des espèces aux variations de composition des communautés locales entre habitats. Au-delà du support théorique à l’exploration d’hypothèses biogéographiques et macroévolutives, qui forment le centre biologique de mes travaux, j’envisage enfin le trait comme un support de communication qui permet au naturaliste et à l’écologue de se comprendre dans une démarche commune, qu’elle ait pour objectif un résultat de recherche fondamentale, la mise en place d’une politique publique pour l’environnement ou une action de formation. En découlent un cadre de perspectives qui reposent sur la complémentarité entre trois attendus : la précision de l’observation de terrain, la généralité du modèle et le réalisme inhérent à la recherche de processus écologiques. A la question « qu’est-ce qu’un oiseau ?», je propose ainsi une réponse dans laquelle l’oiseau, associé par ses traits à son lieu de vie et son histoire, incarne une synthèse entre deux prismes de lecture de la complexité des processus écologiques, théorique et sensoriel.