Eva ZAHIRI MEHRABADI

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
jeudi 16 décembre 2021 - 14:30
Religion et Politique. Une histoire des idées dans le chiisme iranien depuis le milieu du XXème siècle

Eva ZAHIRI MEHRABADI soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Pierre-Jean LUIZARD

  • EPHE - Fondation Maison des Sciences de L'Homme - 54 Boulevard Raspail, 75006 Paris - salle 009
  • Jury : M. Pierre-Jean LUIZARD, M. Houchang E. CHEHABI, Mme Laurence LOUËR, Mme Constance ARMINJON, M. Jean-Cassien BILLIER, M. Bernard HOURCADE

Résumé

Avec l’instauration du régime de la République islamique en 1979, l’ayatollah Khomeynî institutionnalisa sa doctrine de la « guidance du juriste religieux » (velâyat-e faqîh) dans laquelle les institutions religieuse et étatique furent confondues. Cette nouveauté par rapport à la théologie politique et au droit chiite, ainsi que les changements institutionnels qui en découlèrent, suscitèrent de nombreuses controverses doctrinales et renouvelèrent les réflexions sur l’État. Les termes du débat politique furent posés dès le début du siècle avec la Révolution constitutionnelle (1906-1909) mais la terminologie et les thèmes centraux de la pensée politique se renouvelèrent en profondeur dans les années 1960-1970, à mesure que le clergé se politisait et que l’islam s’idéologisait. Puis, à partir des décennies 1990-2000, les réflexions sur l’État virent leur contenu et leur forme évoluer de nouveau. Une approche critique, qui mettait l’accent sur la dimension spirituelle et individuelle de la foi, émergea dans le chiisme. L’expérience du gouvernement clérical et le renouvellement conjoint des connaissances et des institutions de savoirs, ont en effet amené certains penseurs cléricaux et non cléricaux à questionner la doctrine de l’État iranien. Une variété croissante des conceptions sur la relation entre religion et État peut être observée. L’État fut progressivement envisagé hors du droit islamique et à travers de nouveaux cadres théoriques comme la philosophie, la « nouvelle théologie » ou le droit moderne codifié. Nous explorons ce renouvellement des conceptions et des lieux de débats au prisme de l’histoire des idées. Cela nous permettra de mettre en lumière la diversité et la nouveauté des méthodes, des disciplines et des cadres épistémologiques pour concevoir la relation entre religion et État, et comprendre ces évolutions.

Abstract

Following the establishment of the Islamic Republic regime in 1979 and the institutionalization of ayatollah Khomeini’s doctrine of the guardianship of the Jurist (velâyat-e faqîh), religious and state institutions merged. This unprecedented event in the history of Shiite political theology and law, as well as its ensuing institutional changes, generated numerous doctrinal controversies and renewed thought about the state. The terms of the political debate came up at the beginning of the century with the Constitutional Revolution (1906-1909) but the terminology and the central themes of the political thought were deeply renewed in the 1960s and the 1970s, as the clergy became political and Islam became an ideology. Although the dialectic between religion and politics has long been discussed, a variety of conceptions has emerged in the 1990s and 2000s. The reflection about the state took on a new form and a critical approach emerged, emphasizing the spiritual and individual dimension of faith. The implementation of a clerical government, together with the combined renewal of knowledge and educational institutions, have indeed led some clerics and lay thinkers to question the Iranian state doctrine. The state has been gradually considered through new theoretical frameworks such as philosophy, "new theology" or modern law, in addition to traditional Islamic law. We propose to explore this change of conceptions and platforms for debates through the lens of the history of ideas. This approach will enable us to highlight the diversity and novelty of methods, disciplines and epistemological frameworks regarding the relationship between religion and state, and to understand these developments.