Dominique LE CORRE

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
samedi 06 février 2021 - 14:00
Pietro Paolini 'un peintre étrange et de noble inspiration'

Dominique LE CORRE soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Michel HOCHMANN

  • EPHE - 17 rue de la Sorbonne, escalier E - 75005 Paris. Salle : Gaston Paris
  • Jury : M. Michel HOCHMANN, Mme Elena FUMAGALLI, M. Olivier BONFAIT, M. Stefan ALB, M. Jean-Pierre CUZIN

Résumé

La thèse établit une nouvelle monographie de Pietro Paolini (1603-1681), le peintre le plus fameux de Lucques au XVIIe siècle, longtemps oublié et encore mal connu. Elle consiste d’abord en une refonte complète du catalogue, prenant en compte les recherches menées depuis la première monographie de 1987. Basée sur une vingtaine d’œuvres documentées et sur le connosseurship, elle aboutit à un corpus largement renouvelé d’environ cent vingt œuvres, permettant de tracer l’évolution stylistique de l’artiste. Elle distingue trois périodes : les débuts à Rome dans les années 1620, le retour à Lucques et les années 1630-1645, puis la production tardive et l’intervention de l'atelier. La monographie, qui situe résolument le peintre dans le cercle des caravagesques, illustre l’évolution très rapide de ce mouvement dans les années 1620 et le rôle pionnier de Paolini vers un caravagisme ennobli. Les découvertes récentes incitent à revoir complètement la nature de ses relations avec Angelo Caroselli, longtemps considéré comme son premier maitre. L’influence de Caravage et de Valentin de Boulogne sur l’artiste s’appuie sur des comparaisons formelles d’œuvres telles que Les Tricheurs. La thèse illustre aussi l’importance du néovénétianisme apparu dans les années 1620 à travers l’œuvre de Paolini, mettant en évidence, au-delà des références à Véronèse, l’influence de Dosso Dossi et de Lorenzo Lotto. Ses jeunes garçons au visage ovale, aux pommettes hautes et au regard ambigu qui portent des tenues Renaissance et transmettent un message, témoignent du giorgionisme du peintre. Après le retour à Lucques, les thèmes évoluent vers des allégories complexes imposant un effort de déchiffrement dont raffolaient les lettrés. La création de la première académie de peinture à Lucques, dans les années 1650, montre à l’échelon provincial l’importance renouvelée de l’apprentissage traditionnel basé sur la copie d’antiques auquel Paolini associe la couleur ; la monographie démonte aussi le mode opératoire de l’atelier dans la production d’innombrables scènes campagnardes. Paolini fut l’inventeur de motifs iconographiques extrêmement originaux dans le domaine de la musique ; la représentation de Luthiers appliqués à leur tâche et la paire du Joueur de luth et du Joueur de piva connurent une grande fortune. Dans le vaste ensemble de tableaux tardifs de qualité très hétérogène qui lui sont attribués, certains rapprochements ont permis de faire parfois la part entre ce qui lui revient et ce qui revient à son atelier. La thèse s’est enfin intéressée à la personnalité étrange et difficile à classer du peintre, très proche du milieu des lettrés de Lucques. Son goût pour l’étrange, sa manière particulière de déformer l’espace peuvent mettre mal à l’aise comme le regard intense, parfois inquiet, que nous adressent certains personnages dont il fit le portrait. Elle démontre le talent de Pietro Paolini qui possède une extraordinaire capacité à transmettre l’expression des sentiments par le regard.

Abstract

This thesis consists in a new monography of Pietro Paolini (1603-1681), the most famous painter from Lucca in the seventeenth century and almost forgotten for decades. It offers a fully updated version of the catalogue considering the research conducted since the monography published in 1987. Based on archives when available and on connoisseurship, it establishes a corpus of 120 works significantly different from the former one. It individualizes three time-intervals: the first years in Rome in the 1620’s, the return to Lucca in the 1630’s-1640’ s and the late period with the workshop. The monography settles the painter in the Caravaggesque circle ; it illustrates the transformations of the movement that occurred at a rapid pace in the 1620’s and focuses on the pioneer role of Paolini towards a Caravaggism « ennobled ». The relationship with Angelo Caroselli, frequently mentioned as his master, is reconsidered according to recent discoveries. The influence of Caravaggio and Valentin de Boulogne is based on the comparison of some specific works such as The Cardsharps. The monography focuses also on the neovenetianism emerged in the 1620’s, pointing out the strong influence of Dosso Dossi and Lorenzo Lotto on the painter from Lucca. His teenagers with an ovoid face in a Rinascimento setting who address an ambiguous gaze to the spectator attest his neogiorgionism. Back to Lucca, the theme moves towards complex allegories demanding to decipher the codes, a favourite pursuit for the aristocracy. The setting of the first academy in Lucca in the 1650’s demonstrates that the classical apprenticeship training remained based on copy of antiques to which Paolini adds colour making. The monography describes the process used by the workshop to produce large amounts of countryside scenes. Paolini invented new iconographic patterns to depict music; the Luth makers and the pair of the Luth player and the Piva player achieved a great success. Among the large and heterogeneous set of late paintings, some comparative studies allowed us to separate late works by Paolini from works by the workshop. The thesis finally focuses on the odd character of the artist, tightly linked to the literate community in Lucca. His taste for the bizarre and his way of distorting the space make the spectator feel uncomfortable. The intense glance addressed by the portrayed figures to the spectator demonstrate the talent of Pietro Paolini in expressing feelings and delivering messages.