Diane-Sophie GIRIN

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
lundi 22 novembre 2021 - 14:00
Des écoles comme les autres ? L’enseignement privé musulman de niveau élémentaire, entre recherche de distinction et quête de respectabilisation

Diane-Sophie GIRIN soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Philippe PORTIER

  • EPHE - Maison des Sciences de l'Homme, 54 bd Raspail,75006 Paris - Salle Mutualisée
  • Jury : M. Philippe PORTIER, Mme Valérie AMIRAUX, M. Benjamin MOIGNARD, Mme Kimberly A. ARKIN, M. Franck FRÉGOSI

Résumé

Depuis environ cinq ans, les controverses sur l’enseignement musulman se succèdent dans les agendasmédiatiques, politiques et législatifs. Les écoles musulmanes, transformées en véritable problème public à résoudre, se retrouvent prises dans une tension entre la volonté d’être perçues comme des écoles « comme les autres » tout en s’efforçant d’affirmer une spécificité. Selon un oxymore très parlant, elles veulent être « différentes, comme tout le monde ! ». C’est cette tension que notre thèse cherche à analyser. Après avoir historicisé la catégorie école musulmane et sa construction comme problème public, cette thèse se penche sur la diversité interne au sein des établissements musulmans.À partir d’une enquête par entretiens et par observations auprès de onze établissements privés musulmans de niveau élémentaire situés en France métropolitaine, elle s’intéresse à la manière dont les écoles sont traversées par deux mouvements, le premier de respectabilisation, le second de distinction. Cette tension transparait aussi bien dans les choix quotidiens opérés en classe par les enseignantes que dans les orientations des établissements à moyen et long terme. Opter pour un réglage en faveur de la distinction, voire de l’irrespectabilité se révèle coûteux pour les écoles musulmanes, d’autant plus après le passage de la loi Gatel (2018) et de la loi renforçant le respect desprincipes de la République (2021). À l’inverse, prendre le parti de la respectabilisation en vue d’obtenir un passage sous contrat avec l’État ne signifie pas que l’entreprise soit toujours couronnée de succès.Pour des raisons tout autant politiques qu’économiques, la contractualisation des écoles musulmanes est aujourd’hui à l’arrêt.

Abstract

For the past five years or so, controversies about Muslim schools have been on the media, political and legislative agendas. Initially seen as a solution to the "problem" of veiled pupils in school, they are now seen as an additional issue to be resolved. Transformed into a public problem to be solved, Muslims chools find themselves caught in a tension between the desire to be perceived as “regular” schools while striving to assert a specificity. In a very telling oxymoron, they want to be "different, like everyone else!” It is this tension that our thesis seeks to analyze. After historicizing the category of Muslim school and its construction as a public problem, this thesis looks at the internal diversity within the category. Based on interviews and observations of eleven private Muslim elementary schools located in metropolitan France, this study is part of the field of school ethnography. It examines the way in which schools are crossed by two movements, the first of respectabilization, the second of distinction. This tension can be seen in the daily choices made by teachers in the classroom as well as in the long term orientations of the schools. Opting for a setting in favor of distinction, or even disrespectability, is proving costly for Muslim schools, all the more so after the passage of new legislation that specifically addresses the regulation of private education, like the Gatel law (2018) and the law reinforcing respect for the principles of the Republic (2021). Conversely, taking the side of respectabilization in order to obtain subsidization from the state does not mean that the endeavor is always successful. For political as well as economic reasons, the “contractualisation” of Muslim schools has come to a halt.