Cécile CAPOT

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
vendredi 24 juin 2022 - 14:00
La bibliothèque et les archives de l’École française d’Extrême-Orient : de la constitution à la crise de la décolonisation (1898-1959)

Cécile CAPOT soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Andrew HARDY et Mme Christine NOUGARET

  • Maison de l'Asie - 22, avenue du Président Wilson - 75116 Paris. Salle : Grand salon
  • Jury : M. Andrew HARDY, Mme Christine NOUGARET, Mme Phuong Ngoc NGUYEN, Mme Emmanuelle CHAPRON, Mme Sophie COEURÉ, M. François GUILLEMOT

Résumé

En 1898, le besoin des orientalistes français de se doter d’une bibliothèque et d’une institution relais en Asie afin de collecter et d’étudier in situ les sources aboutit à la création de la Mission archéologique permanente de l’Indochine. Rebaptisée École française d’Extrême-Orient (EFEO) en 1900 et rapidement installée à Hanoi, l’institution naît dans le contexte politique de la colonisation française et dans celui du renouvellement de la méthode scientifique. Le travail de l’EFEO, fondée et longtemps dirigée par le chartiste Louis Finot (1864-1935), puis la décolonisation, ont façonné de nouveaux paysages documentaires en Indochine et de nouveaux rapports à l’écrit. L’étude du rôle scientifique, social et politique de la bibliothèque, à diverses échelles et au bénéfice de divers acteurs, converge vers un constat : la bibliothèque est un outil de légitimité, que ce soit pour l’institution, ses agents, le pouvoir français et les jeunes États en formation. À travers l’étude de cas de la bibliothèque et des archives de l’EFEO, ces travaux conduisent ainsi à se demander comment la France gagne et essaie de maintenir sa légitimité politique et scientifique en Indochine. La première partie de la thèse se rapporte à la construction de l’EFEO et de la bibliothèque. Elle se penche sur les logiques de constitution des collections et les stratégies mises en place pour y parvenir. Elle traite de la place et de la vocation de l’École dans l’environnement administratif, culturel et scientifique en Indochine, ainsi que de sa place dans la ville d’Hanoi et dans la société coloniale. Après la conquête militaire, l’EFEO, organe de l’administration, s’inscrit dans une politique de conquête des populations qui passe par la culture, l’éducation et la science. Au sein de cette politique de consolidation du nouveau pouvoir, l’institution n’est pas qu’un outil de l’administration : elle fait, elle aussi, de la politique, dans son domaine d’activité, la science, et la quête des documents sert un certain pouvoir. La seconde partie propose une vue de la bibliothèque et des archives de l’intérieur, en examinant son administration – de ses acteurs (personnel et usagers) à la gestion des documents. Elle rend compte du travail intellectuel réalisé à la bibliothèque, des relations (non uniquement verticales) entre les chercheurs et les agents asiatiques, auxiliaires de ces derniers. Cette partie pose aussi la question du rapport aux documents bibliographiques et aux archives, pour les chercheurs, l’institution et le public extérieur. La troisième partie se penche sur la gestion de la bibliothèque et des archives en temps de crise et met en relief les enjeux politiques et diplomatiques qui s’attachent aux documents en période de turbulences. Durant les temps troublés que traverse l’EFEO, de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Indochine à son départ définitif d’Hanoi en 1959, les collections se muent en patrimoine. Elles revêtent un enjeu identitaire pour les territoires en quête d’indépendance. Du côté français, le maintien de la bibliothèque permet celui de l’institution et donc celui des tractations politiques. Si les collections sont plusieurs fois disputées et manifestent la rupture entre la France et le Vietnam, elles sont aussi source de continuité. Elles symbolisent une permanence institutionnelle, notamment à l’arrivée du siège à Paris où certaines d’entre elles sont rapatriées, ainsi que la possibilité d’une perpétuation scientifique au Vietnam, où une partie de la bibliothèque est transférée et où demeurent ses anciens bibliothécaires. Des remises en perspectives bibliothéconomiques et archivistiques traversent enfin toute la thèse. Qu’apporte à l’histoire des bibliothèques et des archives l’étude de l’EFEO, institution éloignée de la métropole, où se formalisent les pratiques professionnelles et dont le coeur de métier est la recherche ? Quel rôle a-t-elle joué dans la diffusion de ces techniques professionnelles en Indochine ?

Abstract

In 1898, the orientalists’ need to collect and study materials in situ led to the creation of the French School of
Asian Studies (EFEO). This institute is founded in Hanoi in a context of colonization and of renewal of the scientific
methods. The work carried out by the EFEO, directed for a long time by the "archiviste paléographe" Louis Finot
(1864-1935), followed by the decolonization of Indochina, have contributed to creating new documentary
landscapes, as well as a new approach of the written word. From the end of the Second World War until its
departure from Hanoi in 1959, the EFEO is in crisis. The study of its scientific, social and political role at that time
demonstrates the library’s key role as a provider of legitimacy, for the institution, its agents, the French state and
emerging new states. Through the case study of the EFEO’s library and archives, this work leads us to wonder how
France acquired its political and scientific legitimacy in Indochina. The first part of this thesis deals with the
construction of the EFEO and its library. It studies the way the collections were created on the underlying logic and
the strategies at play. It also focuses on the new institution’s place in Indochina’s administrative, cultural and
scientific environment, as well as in the city of Hanoi, and in colonial society. After the military conquest, the EFEO,
as an organ of the colonial administration, is part of a political effort to conquer the population through culture,
education and science. In this effort to consolidate the new regime in power, the institution is far from a simple
tool: it also has a political agenda, in its field of expertise – science – and the quest for documents can serve a
certain power. The second part offers an inside view of the library and archives, by studying its administration,
from the people involved (staff and patrons) to its documentary practices. It gives an account of the intellectual
work carried out in the library, and of the nuanced relations between researchers and their Asian auxiliaries. It also
questions the researchers’, but also the institution’s and the public’s relation to the archives and bibliographical
documents. The third part focuses on the library and archives’ management in times of crisis, and highlights the
political and diplomatic issues at stake regarding the documents. During the troubled times from the Second World
War’s bombings in Indochina to the EFEO’s final departure from Hanoi in 1959, its collections turn patrimonial.
They are invested with identity concerns by the territories seeking their independence. On the French side, keeping
the library means keeping part of the institution in place, and therefore the possibility of political negotiations.
Although the EFEO’s collections and library are subject to several disputes, and a manifestation of the rift between
France and Vietnam, they are also a source of continuity. They are a symbol of institutional permanence, notably at
the arrival of the collections moving to Paris with the new headquarters, and the possibility of a scientific continuity
in Vietnam, where part of the library is transferred, and where some of the previous librarians remain. Finally, this
thesis is an opportunity to put libraries and archives in perspective. What does the history of the library of the
EFEO, an institution far from France, where professional practices are formalized, and whose central concern is
research, contribute to the history of libraries and archives? How much did it contribute to the dissemination of these professional techniques in Indochina?