Bilal ANNAN

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
samedi 21 mai 2022 - 14:00
La mort pour miroir : le portrait funéraire au Proche-Orient, d'Alexandre à Pompée.

Bilal ANNAN soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. François QUEYREL

  • Institut National d'Histoire de l'Art - 2, rue Vivienne - 75002 Paris. Salle : Vasari (à confirmer)
  • Jury : M. François QUEYREL, M. François VILLENEUVE, M. Jean-Baptiste YON, Mme Pascale BALLET, Mme Lidewijde DE JONG

Résumé

Cette thèse traite de la question du portrait funéraire en Syrie hellénistique, sous ses diverses formes et dans ses rapports aux rites de commémoration antiques, depuis la mort d’Alexandre (323 av. n. è.) jusqu’à l’annexion de la Syrie à la République romaine par Pompée (64 av. n. è.). L’étude a pour cadre l’ensemble de la Syrie hellénistique, bien que les portraits funéraires ne soient principalement attestés à cette époque, à quelques exceptions près, que dans les nécropoles des cités établies sur la côte syro-palestinienne (cette particularité de la distribution géographique appelant elle-même un éclaircissement). Si le portrait funéraire est entendu comme toute représentation du défunt (ou des parents endeuillés) décorant ou exposée dans un espace funéraire, sans qu’il soit nécessaire à la qualification de portrait de déceler dans l’image le souci d’une ressemblance ou d’une fidélité physionomique au modèle, le portrait funéraire le plus rudimentaire ou schématique suffit alors pour constituer un support de la mémoire du défunt, l’épitaphe, en nommant et situant généalogiquement et socialement le mort, venant pallier à ce que cette représentation pouvait comporter de générique. Un examen préliminaire des antécédents archéologiques de cette pratique commémorative dans la Syrie de l’âge du Fer jusqu’à l’époque achéménide tardive nous permet de mieux apprécier ce que cette coutume funéraire doit aux apports culturels des colons gréco-macédoniens qui s’installent en Syrie dans les fondations lagides et séleucides à la haute époque hellénistique. Notre enquête s’efforce toutefois de pointer les permanences iconographiques dans les modes d’autoreprésentation aristocratique au cours de la seconde moitié du Ier millénaire av. n. è. : l’iconographie religieuse ou cynégétique continue ainsi de puiser ses inspirations dans le répertoire achéménide, tandis qu’apparaissent de nouvelles formes d’autoreprésentation, propres à la koinè hellénistique, et qui reflètent les transformations inhérentes aux modes de gouvernement des cités proche-orientales. On voit aussi émerger à partir de la basse époque hellénistique un intérêt marqué pour la représentation des femmes, des enfants et des adolescents, ces catégories de la population ayant été jusque-là tues ou minorées dans le domaine du portrait funéraire. Hommes, femmes et enfants étaient du reste figurés dans des attitudes corporelles qui ont « incarné » pendant plusieurs siècles des valeurs sociales perçues comme désirables et emblématiques des citoyens « beaux et bons » (kaloi kai agathoi). L’étude de ces portraits funéraires, examinés à travers un prisme iconographique élargi à la Méditerranée hellénophone tout entière, et en tant que constructions sociales traduisant une idéologie civique singulièrement rigide, nous permet ainsi d’esquisser une histoire duelle, du goût et des mentalités antiques, appréhendée à une échelle tant intime (c’est une individu particulier qui est représenté) que collective (c’est toute la communauté civique qui, idéalement, est appelée à perpétuer le souvenir du défunt). L’intérêt de cette thèse réside notamment en la diversité des supports et techniques artistiques qui y sont traités, puisque nous avons considéré tout à la fois et, surtout, confrontés comme participant d’une même culture visuelle, les reliefs rupestres, la statuaire, la peinture murale, les stèles à reliefs et les stèles peintes. La thèse est agrémentée de quatre annexes qui traitent respectivement du contexte archéologique des nécropoles phéniciennes d’époque achéménide, du lexique propre au portrait et des métiers liés à l’industrie funéraire tels qu’ils se trouvent reflétés dans le corpus épigraphique de la Syrie romaine, et enfin de la statuaire mythologique en marbre documentée dans les différentes provinces du Proche-Orient impérial.

Abstract

The aim of this dissertation is the study of funerary portraiture in the Hellenistic Near East, in its diverse aspects and in its relation to ancient commemorative rituals, from the death of Alexander the Great (323 BCE) to the annexation of Syria to the Roman Republic by Pompeius Magnus (64 BCE). The study widens its scope to include all of Hellenistic Syria, although such artefacts have on the whole been found in the coastal cities of Syria-Palestine (and this peculiar geographical distribution in itself calls for an explanation). If one defines a funerary portrait as any image of the deceased (or the bereaved) decorating or erected in a funerary precinct, regardless of any intent of verisimilitude, then even the most rudimentary portrait may stand as a symbolic substitute for the deceased, and act as an agent for the perpetuation of his or her memory. In this regard, the epitaph that often accompanied the funerary portraits and detailed the deceased’s anthroponyms, lineage and social ranks, contributed to their further identification, thus compensating for the portraits’ generic character. A preliminary overview of the archaeological antecedents of this commemorative practice in Iron Age Syria down to the Late Achaemenid period enriches our understanding of what this funerary custom owes to the cultural input of the Graeco-Macedonian settlers that moved into the newly founded Seleucid and Ptolemaic cities across Syria. This overview also brings into focus the survival of some modes of aristocratic self-fashioning well into the second half of the first millennium BCE: one may observe, for instance, in depictions of priests or in hunting scenes, iconographic characteristics that can be traced back to the Achaemenid aulic and satrapic repertoire. One also notices the concomitant emergence of novel forms of self-representation that belonged to the Hellenistic visual koine, and that were in part determined by new modes of civic governance. Another trend that is salient in this corpus is a then newly-found interest in the commemoration, through portraiture, of women, children and adolescents, i.e. demographic categories that had been hitherto largely absent from the funerary repertoire. Men, women and children were also depicted in a number of longstanding attitudes that embodied social values that were perceived as desirable and emblematic of the kaloi kai agathoi, the noble and good citizens. The portraits can thus be analysed as social constructs stemming from a rather rigid civic ideology that ascribed age- and gender-specific roles to each individual. When contrasted with similar corpora emanating from diverse parts of the Greek-speaking Mediterranean world, the study of these portraits opens the path to a delineation of a history of taste and offers a glimpse into ancient communal worldviews. The interest of our investigation also lies, perhaps, in the typological and technical variety of the material under study, since it gathers and, most importantly, confronts funerary portraits that belong to artistic categories (rock-cut reliefs, sculpture in the round, wall painting, high- and low-reliefs and painted stelae) that are too often studied independently from one another despite their belonging in Antiquity to a shared visual culture and to a common physical environment, i.e. the necropolis. Finally, four appendices complement this study, that seek to approach ancient portraiture and visual culture from different angles : the first addresses the archaeological exploration of the necropoleis of Achaemenid Phoenicia ; the second is devoted to an examination of the Greek and Latin vocabulary pertaining to portraits and (divine) statues in the Imperial Near East ; the third considers the epigraphic testimonies to the professional categories that made up the “funerary industry” in Graeco- Roman Syria, and the fourth deals with the marble mythological statuary documented across the Imperial Near East.