Benjamin RINGARD

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
lundi 01 mars 2021 - 16:00
Pratiques funéraires en Chine sous les Han (202 av. J.-C. - 220 de notre ère) dans la région de Chang’an (Shaanxi)

Benjamin RINGARD soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Alain THOTE

  • Visioconférence
  • Jury : M. Alain THOTE, M. Enno GIELE, M. Donald HARPER, Mme Marianne BUJARD, M. Stéphane FEUILLAS, M. Marc KALINOWSKI

Résumé

Avec l’objectif d’établir une synthèse des résultats de l’archéologie funéraire Han dans la région de Chang’an, nous avons réuni le plus exhaustivement possible les articles et rapports de fouilles publiés des années 1950 à 2016. Ces documents nous ont permis de créer une base de données comprenant près de 600 cimetières, 7 000 tombes, et plus de 55 000 objets, qui servent de support à notre analyse des pratiques funéraires Han. Cette dynastie, dans le prolongement direct de l’éphémère dynastie des Qin, a consolidé les bases d’un grand empire. Cette période fut le théâtre de transformations profondes et durables de nombreux aspects de la société. Parmi ces changements, l’évolution des pratiques funéraires peut être mise en évidence grâce à la préférence des archéologues chinois pour l’étude des sépultures. Chang’an, la capitale de l’empire pendant les deux premiers siècles des Han, fut au cœur des innovations funéraires. La structuration de l’espace funéraire régional s’organisait selon deux groupes sociaux. En simplifiant quelque peu, les tombes de l’élite étaient installées à proximité des mausolées des empereurs, tandis que les petites sépultures de la classe moyenne furent surtout construites dans la banlieue de Chang’an. Si les grands mausolées impériaux se standardisèrent au cours du temps, ce furent surtout les transformations des modestes tombes de la classe moyenne qui bouleversèrent le paysage funéraire Han. On peut même évoquer une véritable révolution des pratiques tant elles s’opposent aux usages jusque-là dominants. La tombe devint un espace qu’il était possible de rouvrir pour déposer de nouveaux défunts, ce n’était plus un lieu scellé pour l’éternité. D’abord rouverte pour réunir des couples, la sépulture évolua ensuite, à partir du début de notre ère, en caveau familial. Cette mutation des pratiques s’accompagna notamment de modifications dans la structure des tombes et dans les matériaux de construction. L’usage de la brique, qui s’imposa au début du Ier s. av. J.-C., permit de bâtir plus grand et de manière plus pérenne. Des chambres supplémentaires furent plus tard ajoutées pour accueillir de nouveaux occupants. Ces différentes chambres n’étaient pas toujours édifiées au même moment. Les difficultés économiques de la région sous les Han orientaux amenèrent à procéder en plusieurs phases de construction pour échelonner le coût de la sépulture. Les problèmes qu’éprouvait la classe moyenne sont d’ailleurs visibles dans de multiples facettes des pratiques funéraires, dans le choix de matériaux de construction moins onéreux, dans un mobilier réduit, et en surchargeant les espaces par le nombre de morts, etc. La réouverture des sépultures induisit également une évolution des pratiques rituelles. Pour ajouter de nouveaux morts, les vivants ont dû s’aventurer dans un espace autrefois réservé aux seuls défunts. D’une certaine manière, ils pénétraient dans le monde des morts, ou s’en rapprochaient dangereusement tout du moins. Cette proximité inédite provoqua le développement de rites de fermeture destinés à confiner la sépulture. Ceux-ci sont particulièrement visibles dans la présence de vases portant des inscriptions apotropaïques déposés à partir du milieu du Ier s. Mais ces rituels existaient déjà sous des formes plus discrètes dans le dépôt de vaisselle du banquet, et peut-être même encore antérieurement à travers le mobilier placé à l’entrée de la tombe. L’espace entre l’entrée de la chambre funéraire et le cercueil accueillait en effet des vases copiant les vases rituels utilisés lors du culte aux ancêtres et ayant pu d’une certaine manière avoir servi à confiner la sépulture. Quoi qu’il en soit, l’entrée de la tombe s’est progressivement désolidarisée de la chambre funéraire proprement dite pour former une antichambre qui formera par la suite le cœur de la construction des caveaux. La tombe fut alors bâtie en distinguant l’espace privé, les chambres funéraires, et l’espace public, l’antichambre.

Abstract

Our work aims to analyze Han’s funerary archeology practices in the Chang’an area. We have gathered as exhaustively as possible, articles and excavation reports published from the 1950s to 2016. These documents have enabled us to create a database containing nearly 600 cemeteries, 7,000 tombs, and more than 55,000 objects. This dynasty was a direct extension of the short-lived Qin dynasty and consolidated the foundations of a great empire. This period experienced profound and lasting transformations in many aspects of society. Among these changes, the funerary practices evolution can be highlighted due to the preference of Chinese archaeologists for the study of burials. The city of Chang'an, capital of the empire during the first two centuries of the Han, was at the heart of funerary innovations. The regional funerary space structure was organized according to two social groups. To some extent, the tombs of the elite were located near the emperors' mausoleums, while the small middle class tombs were mostly built in the suburbs of Chang'an. While the large imperial mausoleums became standardized over time, it was the transformation of the modest middle-class tombs that changed the Han burial landscape. We could even talk about a real revolution in practices, as they were in complete opposition to the customs, which until then, were dominant. The tomb became a space that could be reopened to add new deceased, it was no longer sealed for eternity. Initially reopened to reunite couples, the tombs then evolved, from the beginning of our era, into family vaults. This change was followed by modifications in the structure of the tombs and in the materials. Bricks use, which was developed at the beginning of the first century BC, made it possible to build bigger and more durable tombs. Additional rooms were later added to bury new occupants. These different rooms were not always built at the same time. The economic difficulties of the area under the Eastern Han led to several phases of construction to stagger the cost of burial. The economic problem experienced by the middle class was visible in many aspects of funeral practices. For instance, the middle class chose less expensive building materials, they reduced the amount of funeral furniture, and/or overloaded the tomb spaces with corpses, etc. The reopening of burials also led to an evolution in ritual practices. In order to add new deceased, the living had to venture into a space formerly reserved to the dead. In a way, they entered the world of dead, or at least came dangerously close to it. This unprecedented proximity provoked the development of closing rites intended to confine the burial. These are particularly visible in the presence of vases bearing apotropaic inscriptions deposited from the middle of the first century onwards. But these rituals already existed in more discreet forms in the banqueting tableware deposit, and perhaps even earlier through the furniture placed at the tomb's entrance. The space between the entrance to the burial chamber and the coffin were filled with vases that copied the ritual vases used in ancestor worship which may in some way have been used to confine the tomb. Regardless, the entrance to the tomb gradually became separated from the burial chamber itself form an antechamber. That would later become the heart of the construction of the burial vaults. The tomb was then built in order to distinguish between the private space, the burial chambers, the public space, and the antechamber.