Benjamin FRANÇOIS DUINAT

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
samedi 04 décembre 2021 - 14:00
Autour de la « ligne divisoire ». L'espace frontalier du Pays Basque à l'âge des États-nations (1780-1920)

Benjamin FRANÇOIS DUINAT soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Patrick CABANEL

Co-tutelle avec l'Universidad Complutense de Madrid (ESPAGNE)

  • EPHE - Sorbonne - 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris - Salle Delamarre (D059)
  • Jury : M. Patrick CABANEL, M. Javier MORENO LUZÓN, Mme Corinne MARACHE, M. Pierre KARILA-COHEN, Mme Mme Maitane OSTOLAZA, Mme Marie-Vic OZOUF-MARIGNIER

Résumé

La « ligne divisoire » est une périphrase que les agents des États espagnol et français emploient au moins depuis la deuxième moitié du XVIIIe siècle pour désigner la frontière. Dans une perspective à la fois micro-historique et spatiale, il s’est agi de sonder l’espace frontalier du Pays Basque, à l’âge des États-nations, entre les années 1780 et 1920, autour de deux questionnements complémentaires :d’une part, le phénomène de rupture dans la contiguïté que crée la « ligne divisoire », c’est-à-dire l’apprentissage d’un clivage dans la proximité transformant à la fois le quotidien des populations, la politique des diplomates et l’action des agents d’État, en somme un phénomène envahissant les imaginaires au point de bouleverser les pratiques ; et, d’autre part, la fugitivité des espaces obligeant à souligner combien la frontière, souvent envisagée comme un dispositif fixe, est soumise en réalité à la grande labilité de tout ce qui l’entoure, ce qui appelle des opérations permanentes de maintien et de réactualisation de la division spatiale. Mais l’analyse de la délimitation, la démarcation et la gouvernance de cet espace, n’est en réalité qu’un prétexte nécessaire, destiné à réduire l’opacité du social au ras de la « ligne divisoire » et, ainsi, mettre au jour le puissant habitus frontalier qu’ont forgé au fil du temps les populations du Pays Basque. La conjonction d’au moins trois versants distincts de cet habitus spécifiquement frontalier – les savoir et compétences dans le domaine de la négociation de limites, l’incorporation de la césure géopolitique dans les pratiques et les multiples formes de louvoiement –, est à l’origine d’une sorte de « grammaire générative » de la « ligne divisoire », c’est-à-dire la faculté des individus à produire une infinité de comportements, afin d’user de la discontinuité territoriale, au moyen d’une base réduite de règles issues du droit vernaculaire refondu dans le cadre juridique international.

Abstract

The «dividing line» is a periphrasis that agents of the Spanish and French states have used at least since the second half of the 18th century to designate the border. From both a micro-historical and spatial perspective, the aim was to investigate the border space of the Basque Country in the age of nation-states, between the 1780s and 1920s, around two complementary questions: on the one hand, the phenomenon of rupture in the contiguity created by the «dividing line», i.e. the learning of acleavage in the proximity transforming at the same time the daily life of the populations, the politics of the diplomats and the action of the agents of state, in short a phenomenon invading the imaginary tothe point of upsetting the practices; and, on the other hand, the fugitivity of spaces forces to underline the extent to which the border, often considered as a fixed device, is in reality subject to the great lability of everything that surrounds it, requiring permanent operations of maintenance and updating of the spatial division. But the analysis of the delimitation, demarcation and governance of this space is in reality only a necessary pretext, intended to reduce the opacity of the social to the level of the «dividing line» and, thus, to bring to light the powerful border habitus that the populations of the Basque Country have forged over time. The conjunction of at least three distinct aspects of this specifically border habitus - knowledge and skills in the field of border negotiation, the incorporation of the geopolitical divide into practices, and the multiple forms of hedging - is the cause of a kind of «generative grammar» of the «dividing line», i.e. the ability of individuals to produce an infinite number of behaviours, in order to make use of territorial discontinuity, by means of a reduced base ofrules stemming from the vernacular law recast in the international legal framework.