Beatriz PAÑEDA MURCIA

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Systèmes intégrés, environnement et biodiversité
Date :
lundi 31 mai 2021 - 11:00
Cohabitations divines dans des sanctuaires du monde gréco-romain

Fabrizio PETORELLA soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction Mme Nicole BELAYCHE et M. Jaime ALVAR EZQUERRA

Co-tutelle avec l'université Carlos III de Madrid (ESPAGNE)

  • Universidad Carlos III de Madrid, Campus de Getafe Rue Madrid, 126 – 28903 Getafe, Madrid, Espagne. Salle : multifonction de la bibliothèque de Sciences humaines
  • Jury : Mme Nicole BELAYCHE, M. Jaime ALVAR EZQUERRA, Mme Corinne BONNET, Mme Françoise VAN HAEPEREN, M. Juan Manuel CORTÉS COPETE

Résumé

Ce mémoire de thèse vise à contribuer à approfondir nos connaissances sur le fonctionnement du polythéisme antique en examinant l’un de ses modus operandi fondamentaux : la cohabitation des dieux dans des sanctuaires. La notion de « cohabitation » est ici comprise dans un sens large, comme le partage permanent ou temporaire d’enceintes sacrées, de bâtiments cultuels et de structures sacrificielles par deux ou plusieurs divinités, installées dans l’espace cultuel au moyen de leurs effigies, ou simplement présentifiées sur l’autel au moment du sacrifice, ou dans le lieu de culte pour le temps d’une dédicace. Ce phénomène est abordé ici sous l’angle de ses manifestations linguistiques, c’est-àdire à travers l’analyse du lexique grec spécifique employé dans l’Antiquité pour caractériser un dieu ou un groupe de dieux comme le ou les co-habitant(s) d’un autre ou d’autres. Cette terminologie est attestée par des sources littéraires, épigraphiques et papyrologiques depuis le Ve siècle avant notre ère jusqu’à l’Antiquité tardive. Cela impose à la recherche un cadre chronologique et géographique assez ample, pour permettre de dessiner une vision large des cohabitations divines à travers la Méditerranée « post-classique », hellénistique et romaine. Le lexique grec concerné peut être divisé en deux grandes classes selon les catégories grammaticales et les significations des différents termes. Le premier groupe est formé par des verbes qui appartiennent à la sphère sémantique des rituels de fondation ou de consécration. Ce sont des mots construits par l’ajout du préfixe συν- (signifiant « avec », « ensemble » ou « en même temps ») au verbe ἱδρύειν et ses dérivés, et au verbe καθιεροῦν : συνιδρύειν, συγκαθιδρύειν, συναφιδρύομαι et συγκαθιέρουν. Ils expriment tous l’implantation de plusieurs divinités ensemble dans le même lieu de culte. Plus nombreux sont les termes du deuxième groupe lexical qui expriment le partage d’un espace sacré : à savoir des adjectifs formés par l’ajout des préfixes συν- (« avec »), ὁμο- (« le même »), ἐν- (« dans », « à l'intérieur ») ou παρά (« à côté de ») àdes noms de lieux de culte et de structures rituelles, notamment τέμενος (« enceinte »), ναός (« temple », « cella », « niche »), ἕδρα (« demeure », « trône »), θρόνος (« trône »), ἑστία (« foyer », « autel », « lieu de culte ») et βωμός (« autel »). Il s’agit de : ἐντεμένιος/ον, ὁμοτεμένιος/ον, σύνναος/ ον, ὁμόναος/ον, σύνθρονος/ον, ὁμόθρονος/ον, πάρεδρος/ον, σύνεδρος/ον, συνέστῐος/ον, ὁμέστιος/ον, σύμβωμος/ον, ὁμοβώμιος/ὁμόβωμος/ον. La plupart de ces adjectifs sont principalement appliqués au terme générique θεοί (« dieux »), toujours au pluriel, formant ainsi les désignations collectives et anonymes de groupements divins (θεοὶ σύμβωμοι/ὁμόβωμοι, θεοὶ σύνναοι/ὁμόναοι, συνεστίοι θεοί et θεοὶ ἐντεμενίοι). Malgré la relative richesse de cette terminologie, son usage dans l’Antiquité n’était qu’occasionnel et circonstanciel, circonscrit à des zones géographiques et culturelles et à des contextes cultuels précis, de sorte qu’il ne rend compte que d’une seule partie du phénomène de la cohabitation dans la Méditerranée antique. Ceci nous conduit à nous interroger sur les circonstances particulières qui sous-tendaient l’emploi de ces termes, et donc sur les spécificités des sanctuaires et des cultes où ils étaient employés. L’étude est divisée en trois parties, qui réunissent douze chapitres. Les deux premières parties regroupent l’analyse des contextes historiques, socioculturels et religieux dans lesquels chaque terme lexical est utilisé, les dieux auxquels chaque mot se réfère ou se rapporte et l’agencement spatial auquel il renvoie dans chaque cas, ainsi que sa fonction dans les situations rhétoriques particulières dans lesquelles il apparaît. La troisième partie s’arrête sur une étude de cas de cohabitations divines qui vise à réfléchir sur le phénomène par delà la seule approche terminologique : la gens Isiaca et les dieux partageant ses sanctuaires.

Abstract

This study sets out to gain a better understanding of the workings of ancient polytheism by exploring one of its fundamental modus operandi: the cohabitation of gods in sanctuaries. Cohabitation is broadly understood as the permanent or temporary sharing of sacred precincts, cultic buildings, and sacrificial structures by two or more deities, rendered present through their effigies, or merely presentified on the altar at the moment of sacrifice, or in the cult place for the time of a dedication. This phenomenon is tackled from the angle of its linguistic expression through the analysis of the specific Greek lexicon used in Antiquity to qualify a god or a group of gods as the co-inhabitant(s) of another or others. The study of this terminology, attested by literary, epigraphic and papyrological sources from Classical times to Late Antiquity, imposes a large chronological and geographical framework that allows us to gain a wide vision of the problem across the Late Classical, Hellenistic and Roman Mediterranean. The Greek lexicon of divine cohabitations under examination may be divided in two main classes according to the grammatical categories and the semantics of the different terms. The first group is formed by verbs pertaining to the semantic area of the foundation or consecration rituals. They are derived words constructed through the addition of the prefix συν-, meaning “with”, “together” or “at the same time”, to the verb ἱδρύειν and its derivatives, and to the verb καθιεροῦν: συνιδρύειν, συγκαθιδρύειν, συναφιδρύομαι, and συγκαθιέρουν. They all express the enshrinement of several deities together. More numerous is the second group of lexical terms expressing the sharing of a sacred place, which is constituted by adjectives constructed through the addition of the prefixes συν- (“with”), ὁμο- (“the same”), ἐν- (“in”, “within”), or παρά (“alongside of”) to nouns of cult sites and ritual structures, namely τέμενος (“precinct”), ναός (“temple”, “cella”, “niche”), ἕδρα (“abode”, “throne”), θρόνος (“throne”), ἑστία (“hearth”, “altar”, or “shrine”), and βωμός (“altar”): ἐντεμένιος, -ον, ὁμοτεμένιος, -ον, σύνναος, -ον, ὁμόναος, -ον, σύνθρονος, -ον, ὁμόθρονος, -ον, πάρεδρος, -ον, σύνεδρος, -ον, συνέστῐος, -ον, ὁμέστιος, ον, σύμβωμος, -ον, ὁμοβώμιος/ὁμόβωμος, -ον. Most of these adjectives are mainly applied to the generic term θεοί (“gods”), always in its plural form, thus forming the collective and anonymous designations of divine groupings θεοὶ σύμβωμοι/ὁμόβωμοι, θεοὶ σύνναοι, συνεστίοι θεοί and θεοὶ ἐντεμενίοι. In spite of the relative richness of this terminology, its use in Antiquity was only occasional and circumstantial, limited to specific geographical and cultural areas and cultic contexts, in such a way that it does not account for the commonality of the phenomenon of cult-site-sharing in the ancient Mediterranean. This leads us to wonder about the specific circumstances informing the use of these terms, and hence about the particularities of the sanctuaries and cults were they were employed. Thestudy is divided in three parts, comprising a total of twelve chapters. The first two parts are dedicated to the analysis of the specific historical, sociocultural and religious contexts in which each lexical term is used, the gods it refers or relates to and the spatial arrangement it conveys in each case, and its function in the particular rhetorical situations in which it occurs. The third part presents a case study on divine cohabitations that aims at reflecting upon this phenomenon beyond the specialized terminology: the gens Isiaca and its cult-site-sharing gods.