Bazhen ZEREN

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
mercredi 30 juin 2021 - 15:00
Une étude comparative du Klu ’bum : sources tibétaines Bonpo pour la compréhension du culte des klu (esprits serpents)

Bazhen ZEREN soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Charles RAMBLE

  • En visioconférence
  • Jury : M. Charles RAMBLE, M. Daniel BEROUNSKÝ, M. Marc DES JARDINS, M. Matthew KAPSTEIN, Mme Donatella ROSSI, Mme Alice TRAVERS

Résumé

Selon certaines traditions littéraires tibétaines quatre principaux types de divinités résident dans l'environnement naturel, notamment dans l'eau (klu), sur les montagnes (gnyan), sur la terre (sa bdag) et dans la roche (gtod). Bien que les klu tibétains soient généralement considérés comme correspondant aux nāga indiens, ils en diffèrent de façon importante à plusieurs égards. Par exemple, les klu ne se manifestent pas en tant que serpents, comme les nāga, mais prennent la forme de diverses créatures, notamment des grenouilles et des marmottes. S'il existe dans la religion Bon une multitude de textes liés aux klu, cette thèse en examine les trois oeuvres les plus représentatives. Le premier (et le plus connu) est le « Cent mille klu » en trois volumes, classés en blanc, noir et panaché (et donc abrégé en Klu ’bum WBV). On pense qu'il daterait du 10ème siècle de notre ère, et constitue l'un des premiers exemples connus de ce que l’on appelle les textestrésor. Rolf Stein a montré que ces textes partagent de nombreuses similitudes avec les manuscrits de Dunhuang qui leurs sont antérieurs et que, bien qu’ils aient été augmentés d’ajouts bouddhistes au fil du temps, ont conservé une grande partie des éléments bonpo plus anciens. Le second texte, BLB, est l’un des « Fourfold Corpus » (« Bum bzhi »), dans lequel chaque corpus est consacré à l’une des quatre classes de divinités énumérées ci-dessus. Ces deux premiers textes appartiennent au canon Bon. Le troisième est un manuscrit récemment découvert et intitulé « Phen yul rgyas pa’i klu ’bum » (ci-après PLB), qui est en fait une version d’une partie de BLB présentant un certain nombre de différences significatives. Cette thèse commence par examiner comment le royaume des klu est présenté en se concentrant sur le Klu ’bum WBV, qui contient des mythes sur la relation entre les klu et l'origine du cosmos, l'ordre des castes au sein de leur royaume et leurs interactions avec les humains. Il examine ensuite les divers facteurs (humains ou autres) qui causent des dommages aux klu, et compare différentes versions du Klu ’bum WBV. Le second texte (BLB) propose une introduction plus détaillée au royaume des klu, en référence aux légendes concernant leur ascendance, la structuration hiérarchique de leur société, leur apparence physique et leur couleur, leur caractère - qu'ils soient beinveillants ou malfaisants - et l’offrande rituelle de mandala qui devrait leur être faite. Enfin, la thèse examine en détail les structures mythiques et rituelles dans le PLB et les compare avec d’autres versions dans le BLB. Cette comparaison révèle certains traits distinctifs du PLB qu’on ne retrouve pas dans le Klu ’bum WBV comme des mythes cosmogoniques, incluant celui de l’oviparité, dans le récit de la relation entre Sangs po ’bum khri et Chu lcam rgyal mo, dont les klu seraient issus. Sont également explorés les différents ensembles rituels qui, plutôt que d'apaiser les klu avec la création d'un mandala tantrique, nécessitent la création d'une véritable « maison » pour eux. De cette comparaison des textes il ressort que le culte des klu était probablement un culte tibétain indigène, transformé sous l'influence du bouddhisme. Cette hypothèse semble être confirmée par les différentes représentations de personnages célèbres de la littérature Bonpo. Ainsi, la figure de Ston pa Gshen rab, qui est parfois présentée dans Klu ’bum WBV comme le fondateur divin du Bon, ou, à d'autres occasions, plutôt comme un prêtre, est presque entièrement absent de la PLB, où il n'apparaît qu'à la fin, comme une figure sacerdotale nommée soit Gshen rab ston pa, Gshen rab mi bo ou Pha Gshen rab (Père Gshen rab)— cette dernière désignation se trouvant également dans les manuscrits antérieurs de Dunhuang.

Abstract

Four main types of divinities are believed to dwell in the Tibetan natural environment, notably in water (klu), on mountains (gnyan), on the earth (sa bdag) and in the rock (gtod). Although the Tibetan klu are generally considered to correspond to the Indian nāga, the two differ in a number of signficant respects. For example, the klu in Tibetan literature are not restricted to manifestations as snakes, as the nāga are, but take the form of various creatures including frogs and marmots. While there are a multitude of texts of the Bon religion related to klu, this thesis examines the three most representative works. The first (and best known) is the “Hundred thousand klu” in three volumes, classified as White, Black and Variegated (and therefore abbreviated as Klu ’bum WBV). It is believed to date from the 10th century CE, and is therefore one of the earliest known examples of the so-called Treasure texts. Rolf Stein’s comparison of the earlier Dunhuang manuscripts with these texts shows that they share many similarities, and that while the latter had accreted Buddhist additions over time, they still preserved much of the more ancient Bon elements intact. The second, BLB, is one of the ‘Fourfold Corpus’ (’Bum bzhiʼ), in which each corpus is devoted to one of the four classes of divinities listed above. Both are found in the Bon canon. The third is a recently discovered manuscript entitled ’Phen yul rgyas pa’i klu ’bum (hereafter PLB), which is in fact a version of a part of BLB that features a number of significant differences. This thesis begins by examining how the realm of klu is presented by focusing on Klu ’bum WBV, which contains myths that describe the relationship between the klu and the origin of the cosmos, as well as the caste-like ordering of the klu realm and the interaction between humans and klu. It then considers the various (human or other) factors that cause harm to the klu, and compares different versions of Klu ’bum WBV. The second text (BLB) offers a more detailed introduction to the klu realm, with reference to legends concerning the klu’s ancestry, the hierarchical structuring of their society, their physical appearance and colour, their character – whether they are benign or malevolent – and the mandala ritual offering that should be made to them. Finally, the thesis examines in detail the mythic and ritual structures in PLB in comparison with their respective versions in BLB. A variety of distinctive features that appear in PLB will also be highlighted, by comparing them with Klu ’bum WBV; among these are cosmogonic myths, including that of oviparity, as demonstrated by the tale of the relationship between Sangs po ’bum khri and Chu lcam rgyal mo, who were said to have produced klu as offspring. Also explored are the different ritual sets which, rather than appeasing the klu with the creation of a tantric mandala, involve the making of an actual ‘house’ for them. A comparison of the texts suggests that the worship of the klu may have been an indigenous Tibetan cult that was transformed under the influence of Buddhism. The possibility of such a transformation may also be seen in the differening representations of famous characters from Bonpo literature, most notably the figure of Ston pa Gshen rab, who is sometimes presented in Klu ’bum WBV as the divine founder of Bon and on other occasions more like a priest, whereas he is almost entirely absent from PLB, appearing only at the end as a priestly figure named either Gshen rab ston pa, Gshen rab mi bo or Pha Gshen rab (Father Gshen rab). This latter name can also be found in the Dunhuang manuscripts.