Aude DURAND

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
samedi 23 octobre 2021 - 13:30
Pratiques religieuses des gens de métier en Italie romaine : miroir et vecteur d'une identité socio-professionnelle

Aude DURAND soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. William VAN ANDRINGA

  • INHA - 2, rue Vivienne - 75002 Paris. Salle Vasari.
  • Jury : M. William VAN ANDRINGA, Mme Françoise VAN HAEPEREN, M. Nicolas TRAN, Mme Valérie HUET, M. Miko FLOHR, M. Yann RIVIÈRE

Résumé

Cette enquête vise à préciser l'hétérogénéité des « statuts de travail », tels que définis par J. Andreau, à travers le prisme des pratiques religieuses des gens de métier en Italie romaine. Centrée sur les cités du Vésuve et sur Ostie, l'étude de la topographie religieuse, à l'échelle des espaces de travail et à l'échelle du tissu urbain, permet d'analyser la manière dont les métiers dessinent le paysage d'une cité, révélant des modes d'habiter et de travailler disparates, ainsi qu'une implication variable des élites locales et des institutions dans la vie économique. D'une économie gérée par le paterfamilias à une économie hors norme, liée au ravitaillement de Rome, les structures socio-professionnelles sont métamorphosées, les pratiques religieuses aussi. Les parallèles qu'offrent l'épigraphie et quelques dossiers archéologiques bien documentés permettent d'élargir la comparaison, dans l'espace et dans le temps, à l'ensemble de la péninsule italique, mettant en lumière des traditions locales, à l'image de cadres socio-politiques mouvants. Cette enquête anthropologique interroge la manière dont les rites s'intègrent à l'environnement et à la pratique quotidienne du métier et finalement questionne ce qui, dans la cité, fait la force des liens communautaires : est-ce le noyau familial, la vie de quartier ou encore les activités au sein d'une association professionnelle ? De la tutelle divine aux patronages humains, la pietas des gens de métier exprime clairement la multiplicité des enjeux de la religion romaine, au coeur des pratiques sociales. Les artisans et les marchands cherchent certes à protéger leurs intérêts économiques, mais c'est aussi leur existence civique qui est en jeu : festivités cultuelles, aménagements religieux et actes de dévotion participent à une construction mémorielle des communautés de travail et des groupes professionnels. C'est dès lors sa position sur l'échelle des hiérarchies socio-professionnelles ou sa proximité avec les sphères du pouvoir que l'on peut revendiquer, qu'elle soit réelle ou fantasmée.

Abstract

This investigation aims to clarify the heterogeneity of "work statuses", as defined by J. Andreau, through the prism of the religious practices of tradespeople in Roman Italy. Focusing on Vesuvian cities and Ostia, the study of the religious topography, on a scale of work spaces and on a scale of the urban fabric, makes it possible to analyse the way in which trades shape the landscape of a city, revealing disparate ways of living and working, as well as a variable involvement of local elites and institutions in the economic life. From an economy managed by the paterfamilias to an outstanding economy, linked to the supply of Rome, the socioprofessional structures are transformed, so are the religious practices. The parallels offered by epigraphy and a few well-documented archaeological files make it possible to broaden the comparison, in space and time, to the whole of the Italian peninsula, bringing to light local traditions, in the image of changing socio-political frameworks. This anthropological investigation questions the way in which rites are integrated into the environment and the daily practice of a trade and finally questions what, in the city, makes the strength of the community links: is it the family nucleus, the life in the neighbourhood or the activities within a professional association? From divine tutelage to human patronage, the pietas of tradespeople clearly expresses the multiplicity of issues at stake in the Roman religion, at the heart of social practices. Craftsmen and merchants certainly sought to protect their economic interests, but their civic existence was also at stake: cultic festivities, religious arrangements and acts of devotion participated in the memorial construction of work communities and professional groups. It is therefore their own position on the scale of socio-professional hierarchies or their own proximity to the spheres of power that can be claimed, whether real or imagined.