Athanaric HUARD

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Section des sciences historiques et philologiques
Domaine de recherche :
Date :
vendredi 21 janvier 2022 - 14:00
Recherches sur les textes de méditation en tokharien

Athanaric HUARD soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de Monsieur GEORGES-JEAN PINAUL

Soutenance prévue le vendredi 21 janvier 2022 à 14h
Lieu :   EPHE, Maison des sciences de l'homme, 54 Boulevard Raspail, 75006 Paris Salle : 1, niveau -1

Composition du jury proposé :

  • M. Georges-Jean PINAULT - EPHE Paris - Directeur de thèse
  • M. Vincent ELTSCHINGER - EPHE Paris - Examinateur
  • Mme Melanie MALZAHN - Université de Vienne - Rapporteure
  • M. Michaël PEYROT - Universiteit Leiden - Examinateur
  • M. Richard G. SALOMON  - University of Washington - Examinateur
  • Mme Nalini BALBIR - Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 - Examinatrice
  • M. Nobuyoshi YAMABE - Waseda University - Rapporteur

Résumé 

Cette thèse se propose d’explorer un corpus de textes tokhariens relatifs à la méditation bouddhique. Le point de départ est un travail d’édition, de traduction, et de commentaire de textes tokhariens. Ce faisant, on a essayé dans la mesure du possible de comprendre la construction de ces textes en recherchant des parallèles ou en les comparant avec des textes traitant de thèmes similaires. Cette méthode nécessite parfois une recherche historique pour comprendre comment certains thèmes ont évolué dans la littérature bouddhique. La compréhension du contexte et les parallèles identifiés permettent en retour de progresser dans la connaissance des langues tokhariennes, en identifiant de nouveaux mots ou en corrigeant la traduction de certains mots déjà identifiés. Le travail se concentre sur trois ensembles principaux : 1) trois fragments continus de l’Udānālaṅkāra, le commentaire de l’Udānavarga, adaptant un discours du Madhyama-āgama, le « Discours sur les pensées » (Niàn jīng 念經), sur l’élimination des mauvaises pensées (vitarka), 2) trois feuillets successifs d’un texte de méditation sur la mort (maraṇasmṛti), dont une partie est extraite de la Yogācārabhūmi de Saṅgharakṣa, 3) et enfin un corpus de textes appartenant à une version locale du Yogalehrbuch, un manuel de méditation sanskrit retrouvé à Kizil. Le texte sur l’élimination des vitarka présente des similarités intéressantes avec un thème traité par Aśvaghoṣa (2e siècle de notre ère) dans le Saundarananda, qu’a repris Kumārajīva dans un manuel de méditation. La Yogācārabhūmi de Saṅgharakṣa, un manuel de méditation des premiers siècles de notre ère, n’est préservée qu’en chinois : la version tokharienne, plus proche du texte sanskrit, permet de mieux comprendre le texte source et comment il a été conçu en combinant la liste canonique des vents qu’on trouve dans l’analyse du corps en éléments (dhātu) et des descriptions physiologiques empruntées à la littérature médicale. Le Yogalehrbuch représente un tournant dans l’histoire des textes de méditation bouddhique, car le contenu habituel des exercices de méditation y est remplacé par un grand nombre d’images que le yogin doit se représenter mentalement. Les textes tokhariens permettent d’interpréter un des motifs principaux du texte, la consécration rituelle du yogin (abhiṣeka), comme une transposition symbolique de son entrée en recueillement (dhyāna), d’après le schéma des huit libérations (vimokṣa). Ils développent certains aspects du texte sanskrit, comme l’activation du pouvoir de l’œil divin par le yogin ou la manipulation de la matière subtile. Enfin, ils fournissent des éléments pour interpréter la pratique que suppose ce type de texte de méditation.

Summary : 

his thesis explores a corpus of Tocharian texts related to Buddhist meditation. These texts are edited, translated and thoroughly commented by comparing them with parallels texts or texts dealing with similar topics. This method sometimes requires historical research to understand how certain themes have evolved in Buddhist literature. The comprehension of the background and the identification of parallels in turn allow for progress in knowledge of Tocharian languages, by identifying new words or correcting the translation of words already identified. The thesis focuses on three main sets: 1) three continuous fragments of the Udānālaṅkāra, the commentary on the Udānavarga, adapting a discourse of the Madhyama-āgama, the “Discourse on Thoughts” (Niàn jīng 念經, MĀ 102) on the elimination of evil thoughts (vitarka), 2) three successive leaves of a meditation text on death (maraṇasmṛti), part of which is taken from Saṅgharakṣa’s Yogācārabhūmi, and 3) a corpus of texts belonging to a local version of the Yogalehrbuch, a Sanskrit meditation manual found in Kizil. The text on the elimination of vitarka bears interesting similarities to a topic treated by Aśvaghoṣa (2th century CE) in the Saundarananda, which Kumārajīva took up in a meditation manual. Saṅgharakṣa’s Yogācārabhūmi, a meditation manual from the first centuries CE, is preserved only in Chinese: the Tocharian version, which is closer to the Sanskrit text, enables a better understanding of the source text. In particular, I study how it was conceived by combining the winds of canonical texts found in the analysis of the body elements (dhātu) and physiological descriptions borrowed from the medical literature. The Yogalehrbuch reflects a turning point in the history of Buddhist meditation texts, since the usual content of meditation exercises is replaced by a large number of images that the yogin has to mentally picture. The Tocharian texts allow the main motif of the text, the ritual consecration of the yogin (abhiṣeka), to be interpreted as a symbolic transposition of his entry into meditation (dhyāna), according to the pattern of the eight liberations (vimokṣa). They elaborate on certain aspects of the Sanskrit text, such as the activation of the power of the divine eye or the manipulation of subtle matter. Finally, they provide clues for interpreting the practice involved in this type of meditation text.