Alessandra BOSSONE

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
samedi 21 novembre 2020 - 14:00
Le Dictionnaire des régionalismes du français médiéval (DRFM). Principes méthodologiques, résultats et perspectives

 Soutenance en visioconférence

Alessandra BOSSONE  soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Martin-Dietrich GLESSGEN et M. Jean-Daniel MORERO

Co-tutelle avec l'Université de Neuchâtel (SUISSE)

  • Jury : M. Martin-Dietrich GLESSGEN, M. Jean-Paul CHAUVEAU, Mme Hélène CARLES, M. Jean-Daniel MOREROD, M. Frédéric DUVAL, M. Yan GREUB

Résumé

L’espace linguistique d’oïl connaît au Moyen Âge une variation importante sur toute son étendue. Notre thèse se concentre sur la variation diatopique, et en même temps diachronique, d’une aire délimitée du domaine d’oïl. En particulier, elle examine le lexique régional propre à l’aire orientale comprenant les régions de la Lorraine, de la Champagne, de la Bourgogne et de la Franche-Comté. L’étude lexicologique prend appui sur le vocabulaire traité dans le cadre du Dictionnaire des régionalismes du français médiéval (DRFM), projet auquel nous avons participé. Ce dictionnaire réunit quelques 390 régionalismes anciens, identifiés à partir d’un corpus de textes documentaires des 13e et 14e siècles : les Documents linguistiques galloromans. À cette source primaire, a été ajoutée la documentation disponible dans la lexicographie de référence du français médiéval. La première partie de notre thèse s’interroge sur la méthodologie mise en place pour l’identification des régionalismes, ainsi que sur les modalités du traitement lexicologique. En effet, les connaissances concernant la régionalité médiévale sont, à l’heure actuelle, encore peu systématisées, bien que l’identification des mots régionaux dans les textes anciens soit désormais pratiquée par les linguistes et les éditeurs. La partie interprétative de l’étude consiste en une analyse approfondie du vocabulaire régional des quatre régions étudiées, ainsi que des relations qui les lient avec les autres aires du domaine linguistique. Le modèle de description que nous avons élaboré considère le lexique en relation avec les différents paramètres variationnels, notamment la diatopie, la diachronie et la diaphasie. La dimension diatopique constitue le noyau de notre étude. Les mots régionaux sont traités sur la base de leur diffusion dans l’espace. En particulier, il nous a semblé efficace de distinguer trois catégories de régionalismes plus ou moins marqués diatopiquement : les mots ayant une diffusion très restreinte, moyenne et plus large. Pour chaque ensemble, nous avons pu identifier plusieurs solidarités géolinguistiques existant à l’intérieur du domaine oïlique. La plupart des trajectoires géolinguistiques concerne la moitié oïlique orientale ; néanmoins, dans quelques cas, nous avons signalé des diffusions de type macroscopique décrivant des aires plus vastes. Par ailleurs, étant donné que la diffusion des régionalismes peut parfois dépasser les frontières linguistiques, nous avons systématiquement considéré la présence des variables dans les autres langues galloromanes. L’interprétation des trajectoires géolinguistiques se réalise dans une perspective diachronique, qui suit l’histoire des lexèmes depuis leur première occurrence dans les textes français ou latins jusqu’aux attestations dialectales modernes. Concernant les mécanismes de formations du lexique régional, nous avons pu voir que la plupart des régionalismes analysés illustrent des innovations formelles ou sémantiques d’époque romane. Le lexique d’origine latine est également présent, bien que dans un pourcentage plus faible. La dernière section de l’étude traite le lexique régional selon le paramètre de la diaphasie. Le corpus sur lequel nous nous basons réunit des occurrences tirées de textes de genres différents. Pour cette raison, le vocabulaire est scindé en deux grands ensembles : les mots présents dans les seuls textes documentaires et ceux partagés avec d’autres genres textuels. À partir de cette première classification, nous avons cherché à identifier les régionalismes les plus spécifiques sur l’axe diaphasique. Pour conclure, notre travail a apporté quelques résultats concrets. En premier lieu, il nous a permis de mieux appréhender le lexique d’une aire donnée du domaine oïlique. Deuxièmement, l’étude a mis en lumière certains aspects méthodologiques restés souvent implicites dans la recherche lexicologique, qui pourront être appliqués à l’étude d’autres aires géographiques.

Abstract

In the Middle Ages, the oïl language varied considerably. This thesis focuses on the diatopic, and at the same time diachronic, variation in a bounded area of the French linguistic space. In particular, it examines the regional lexicon specific to the eastern area including the regions of Lorraine, Champagne, Burgundy and Franche-Comté. The lexicological study is based on the vocabulary that is covered in the Dictionnaire des régionalismes du français médiéval (Dictionary of medieval French regionalisms), a project we have participated in. This dictionary brings together some 390 ancient regionalisms, identified from a corpus of documentary texts from the 13th and 14th centuries: les Documents linguistiques galloromans (Gallo-romance language documents). Additional documentation available in the reference lexicography of medieval French was added to this primary source. The first part of the thesis examines the methodology put in place for the identification of regionalisms, as well as the modalities of lexical processing. In fact, knowledge about medieval regionality is, to this day, still poorly systematized, although the identification of regional words in ancient texts is now practiced by linguists and philologists. The interpretive part of the study consists of an in-depth analysis of the regional vocabulary of the four regions studied, as well as their relationships with other regions of the same linguistic area. The descriptive model that was developed considers the lexicon in relation to the various variational parameters, more specifically diatopic, diachronic and diaphasic variation. The diatopic dimension constitutes the core of the study. Regional words are processed based on their distribution in space. In particular, it seemed efficient to distinguish three categories of regionalisms more or less marked diatopically: words with a very restricted, medium or wider distribution. For each set, we were able to identify several geolinguistic commonalities existing within the oïl area. Most of the geolinguistic trajectories concern the eastern half of the oïl area; however, in a few cases, we have reported macroscopic diffusions describing larger areas. Moreover, given that the diffusion of regionalisms can sometimes go beyond linguistic borders, we systematically considered the presence of these variables in other Gallo-Romance languages. The interpretation of geolinguistic trajectories is carried out from a diachronic perspective, which follows the history of lexemes from their first occurrence in French or Latin texts to modern dialect attestations. Regarding regional lexicon formation mechanisms, we have seen that most of the regionalisms examined illustrate formal or semantic innovations from the Romance period. The Latin lexicon is also present, although in a lower percentage. The last part of the study examines the regional lexicon from a diaphasic perspective. The corpus on which this is based brings together occurrences taken from different textual genres. For this reason, the vocabulary is split into two main sets: words present in documentary texts only and those shared with other textual genres. From this first classification, we sought to identify the most specific regionalisms on the diaphasic axis. In conclusion, this work has brought some concrete results. First, it allowed us to better understand the lexicon of a specific oïl area. Second, the study shed light on certain methodological aspects that have often remained implicit in lexical research and can be applied to the study of other geographical areas.